Par Narain Jasodanand

La question parlementaire B/27 d’Adrien Duval adressée à Richard Duval, le 17 mars, et la réponse fournie par le ministre du Tourisme ont de quoi étonner. Premièrement, par l’acharnement des deux sur José Arunasalom, le président suspendu de la Tourism Authority (TA) et, deuxièmement, par une certaine complicité entre l’oncle et le neveu.

Était-ce parce que les deux Duval visaient indirectement Paul Bérenger, leur ennemi commun, qui avait condamné la façon dont Arunasalom avait été traité ? Ou était-ce parce que les deux Duval se sont réconciliés ?

Quoi qu’il en soit, la question portait sur la révocation, le 27 février, la réintégration, le 5 mars, et la suspension, le 6 mars, de José Arunasalom, qui avait été désigné, le 8 janvier 2025, président à temps partiel de la TA.

En réponse, Richard Duval a expliqué qu’il était reproché à Arunasalom un « excessive behaviour, use of foul and derogatory language, lack of respect, giving them (sic) instructions when he is not authorised to do as a part-time Chairperson compelling them to do things (re-sic) against their will, shouting at them and persecuting them ». Plutôt vagues, ces accusations !

Le ministre du Tourisme a rappelé qu’Arunasalom avait été dénoncé par l’ex-directeur de la TA, Louis Sylvain Meyepa, et le nouveau directeur, Loganaden (Niven) Muneesamy, désigné le 23 février 2026. Ce que Richard Duval n’a pas précisé, c’est que Meyepa avait été nommé en mai 2025 et a démissionné sept mois après, soit le 7 janvier 2026. Mais il affirmera plus loin que José Arunasalom a eu un « serious fight » avec Meyepa, tout en reconnaissant que c’est Arunasalom lui-même qui avait fait part de cet incident au « ministère ».

Coups et blessures ?

Mais quel est ce serious fight ? Des échanges de coups ? Non. Et pourquoi et à qui le part-time chairman a-t-il rapporté Meyepa ? Scoop.mu a pu mettre la main sur un e-mail adressé par Arunasalom à la secrétaire permanente (SP) du ministère du Tourisme, Indira Rugjee, le 27 novembre 2025.

Dans cette correspondance, il explique qu’après la découverte d’une fausse licence sur un skipper au Morne, le Licensing Committee avait établi de nouvelles procédures strictes pour contrôler les permis. Et il a été demandé à Meyepa de faire circuler ces procédures par e-mail avant la tenue du Licensing Committee.

Or, le directeur d’alors ne l’a pas fait, malgré plusieurs relances. Le 27 novembre 2025, jour de la réunion du comité, sous insistance d’Arunasalom, Meyepa lui a remis une copie papier. Lorsque le président a voulu en faire des photocopies pour la partager aux autres membres du comité, Meyepa la lui a arrachée des mains, en présence de deux témoins.

Pourquoi le directeur ne voulait-il pas que les autres membres prennent connaissance des nouvelles procédures ? Selon Richard Duval au Parlement, l’enquête n’a pu être finalisée car, lorsque Arunasalom a été convoqué pour donner sa version, « he refused to come on ground that he was travelling ».

Sollicité, José Arunasalom nie avoir refusé de répondre aux questions mais affirme avoir informé la SP qu’il était en déplacement à Rodrigues. Il nous dit d’ailleurs qu’il va souvent à Rodrigues, étant le conseiller économique de l’Assemblée régionale, tout en nous rappelant qu’il n’était que le chairman à temps partiel de la TA.

Réorganisation de la Tourism Authority

Le ministre Duval affirme aussi qu’après le départ de Meyepa, Arunasalom avait pris le contrôle total et procédé à une réorganisation de la TA ‒ en mieux ou en mal, il ne le précise pas ‒ sans consulter le board. Conseil d’administration, rappelons-le, qui avait comme président Arunasalom lui-même, qui nous informe qu’il ne s’assurait que de faire tourner la TA en l’absence d’un directeur.

Richard Duval a également parlé d’une dame qui a déposé une main courante à la police (OB 1278/2026), mais sans donner de détails. Scoop.mu a consulté l’OB daté du 12 février 2026 dans lequel la femme affirme qu’Arunasalom lui a reproché d’avoir commandé des
« L Shapefiles » en son nom alors qu’il n’en avait jamais demandé. Il l’aurait également avertie de faire attention, sinon il la dénoncerait à la police.

C’est la même dame, et non « another lady » comme le clame Richard Duval, qui déposera plainte concernant les mêmes faits au ministère du Travail vingt-cinq jours plus tard. Le ministre Duval a quand même déclaré qu’il y a eu « several employees who had already lodged a complaint either at the Ministry of Labour, at the police, or at my Ministry ». Nous n’avons pu en retracer qu’une seule.

Arunasalom aurait, toujours selon Richard Duval, « forced his way to chair the Licensing Committee… » sans nous dire comment cela a été possible. C’est ce comité, rappelle-t-il, qui octroie les licences de bateau…

Neveu et tonton flingueurs

Adrien Duval a posé trois questions supplémentaires plutôt complaisantes. Et même « plantées », selon une source au ministère du Tourisme, qui nous signale que Richard Duval a lu les réponses préparées d’avance. « Un autre ministre, nous dit notre interlocuteur, n’aurait pas lu les réponses supplémentaires, même pour une question plantée, et aurait au moins fait semblant de répondre spontanément. Mais c’était difficile pour Richard Duval… »

Interrogé par Anabelle Savabaddy sur les raisons de la réintégration d’Arunasalom malgré toutes ces accusations, Richard Duval s’est contenté de répéter la réponse faite à… son neveu quelques minutes plus tôt !

Si, dans sa réponse principale, Richard Duval n’avait pas donné de précisions sur l’incident ayant eu lieu entre Muneesamy et Arunasalom, il le fera un peu plus tard, quand il répondra à une question supplémentaire de Chandraprakash Ramkalawon. « I am informed that there was an incident on Friday 06 March 2026. Mr J.A. came on the premises of the Tourism Authority and yelled at the director (Muneesamy, NdlR) and other employees. The part-time Chairperson even aliterated (sic) some unpleasant words. The issue was on his insistence to his access to images of CCTV camera of the organisation, which I have in my possession. And this is the key to
everything!
»

Richard Duval venait de confirmer sans le réaliser que l’incident entre Arunasalom d’une part et Muneesamy et d’autres employés d’autre part, ont eu lieu APRÈS la révocation d’Arunasalom. Pourtant, il venait de justifier quelques minutes plus tôt cette révocation par, notamment, des incidents avec Muneesamy et « other employees ».

Arunasalom n’a jamais été mis au courant des vraies raisons de sa révocation ni de sa suspension, deux mois après. Il vient de soumettre sa démission, le 24 mars.

Nous sommes dans l’attente des réponses du ministère du Tourisme à nos questions.