Par Prak Nee

La crise politique que connaît le pays actuellement n’est pas seulement une cassure du gouvernement, mais aussi une cassure d’un partenaire, en l’occurrence le Mouvement militant mauricien(MMM). Cela, sur fond de divergences entre ses députés, dont une majorité (15) est pour le maintien du parti au gouvernement et une minorité (3) qui est pour la démission du gouvernement.
C’est une situation inédite pour le MMM, qui a survécu à toutes les scissions en son sein dans le passé pour rebondir comme une force politique et électorale. Trois fois auparavant, le MMM comme parti a quitté le gouvernement tout en perdant certains députés au profit de l’autre camp : en 1983 des députés dissidents fondent le Mouvement socialiste militant (MSM) autour de SAJ comme Premier ministre, en 1993, des députés dissidents fondent le Renouveau militant mauricien (RMM) pour s’allier au MSM dans le gouvernement, et en 1996, quand le MMM quitte le gouvernement mené par le Parti travailliste en y laissant des transfuges.
Cette fois-ci, le MMM traverse une crise plus grave qui potentiellement menace son existence et remet en question son caractère de force incontournable sur l’échiquier politique. En attendant une assemblée des délégués pour rejeter ou ratifier la décision du comité central (CC) de maintenir le parti au gouvernement, l’avenir du parti dépendra du camp qui héritera de son nom, de son emblème (cœur) et de sa couleur (mauve). Si l’assemblée des délégués prévue pour le 11 avril ratifie la décision du CC, la minorité des trois n’aura d’autre choix que de former son propre parti dans l’opposition. Si l’assemblée rejette la décision du CC, la majorité des quinze devra créer son propre parti pour rester au gouvernement.
Opposition crédible
Dans la première hypothèse, un nouveau parti d’opposition autour de Bérenger devra chercher une entente avec des forces extra-parlementaires afin de remonter la pente et créer une alternative viable au présent gouvernement autour d’un projet de société. Dans la seconde hypothèse, le MMM continuera comme parti d’opposition mais les dissidents disparaîtront après leur passage au gouvernement, à l’instar du RMM de 1993-95. Dans l’une ou l’autre hypothèse, la minorité des trois aura du pain sur la planche pour lancer ou relancer leur parti afin de s’imposer comme une opposition crédible. Leur avenir politique dépendra de leur capacité à montrer leur différence avec le gouvernement du jour sur les grands enjeux de société.
À ce jour, les divergences entre Bérenger et Ramgoolam portent davantage sur la méthode de gouvernance que sur le système socio-économique en place. La dénonciation des cas de corruption dans les institutions procède sans doute d’une volonté de moraliser les mœurs des affaires à Maurice. Or, la corruption est le symptôme d’un mal plus profond, celui d’un système néo-libéral qui, sous des régimes successifs, a traité les dessous de table comme une dépense nécessaire pour les sociétés en vue de s’assurer des permis d’exploitation. Le financement politique occulte des partis y contribue sa part.
Lorsque Bérenger se plaint du retard de l’Economic Development Board à approuver des investissements de
Rs 47 milliards, il critique une procédure administrative plutôt qu’une politique. Il veut améliorer la gestion d’un système et non pas le changer. Ces Rs 47 milliards sont destinés en majeure partie à des projets immobiliers, un investissement non productif pour le pays. Bérenger ne remet pas en cause le modèle de développement économique qui fournit des villas de luxe aux riches étrangers grâce à des concessions fiscales sous les plans IRS/PDS/HIS accordées aux promoteurs. Il ne remet pas en question non plus les facilités diverses accordées aux promoteurs des « smart cities » au détriment de l’environnement et du patrimoine agricole.
Vision alternative du développement
Sur le plan économique plus large, le MMM a soutenu la politique fiscale du gouvernement (la faible fiscalité pour les sociétés à 15 %) au lieu de proposer une fiscalité progressive sur le revenu (des taux de 10 %,
20 %, 30 % et 35 %) et une taxe générale sur les plus-values. Le MMM a aussi soutenu la suppression de la pension de vieillesse pour ceux âgés entre 60 et 64 ans au lieu de proposer le ciblage social de cette allocation, lequel serait plus progressiste. 
Sur bien d’autres sujets, le MMM est aussi conformiste que le PTr. S’il veut rendre le système plus efficace, il ne remet pas en cause ses injustices profondes.
Pour marquer sa différence du PTr, Bérenger et consorts devraient faire une critique de l’économie politique à partir d’une lecture alternative et proposer une vision alternative du développement fondée sur un nouveau paradigme qui inclut la justice sociale, l’équité fiscale, la production durable et la préservation des écosystèmes naturels contre le béton envahissant.