
Par Doris Félix
Comme beaucoup d’entre vous, mon fil Facebook est inondé chaque jour depuis des mois de publicités pour des traitements médicaux à l’étranger, dans des pays où ça coûte moins cher.
Ces dernières semaines, j’ai accompagné deux amies pour des traitements lourds. J’ai passé des jours et des nuits blanches, parce que vous savez comme moi que quand le médecin dit « cancer », chaque minute compte. Je n’ai pas dormi. J’ai cherché, vérifié, appelé. Pas à travers des pubs. À travers d’autres patients qui avaient eu totale satisfaction de leurs traitements. Des vrais gens, dans la vraie vie.
Et j’ai vu là-bas une excellence et une humanité que je n’oublierai jamais. Mais j’ai aussi vu des familles arriver pleines d’espoir et repartir brisées. Pas à cause de la maladie. À cause de fausses orientations, de coûts cachés et de promesses jamais tenues.
Vous les avez toutes vues, ces pubs :
« La chirurgie robotique est-elle sûre ? »
« Vous attendez des mois à Maurice ? Vous n’êtes pas obligé »
« Votre santé, notre priorité »
« Envoyez vos rapports sur WhatsApp pour une évaluation gratuite »
Il fut un temps où, éthiquement, il était mal vu de faire de la publicité pour le corps médical en général. Tout comme il était mal vu de faire de la publicité pour l’alcool, le jeu, la cigarette, ou même pour le corps légal. Non pas parce que c’était illégal. Mais parce que la société savait que certaines vulnérabilités ne doivent jamais devenir un marché.
Ethique disparue en ligne
Un malade qui a peur. Une mère qui pleure. Une famille qui n’a pas les moyens. On ne les cible pas avec une pub. On les protège.
Aujourd’hui en ligne, il semble que cette éthique ait disparu.
Ceci n’est contre aucun pays, aucun peuple, aucun hôpital.
Ce que je dénonce, c’est le système sans-gêne qui s’est installé sur Facebook.
On vous promet tout : cœur, cancer, ortho, FIV, neuro, rein, foie, tout au même endroit. On vous dit « notre équipe », « diagnostic expert », « prise en charge visa et aéroport », « packages transparents ».
Ce qu’on ne vous dit pas, c’est comment c’est financé. Qui est « notre équipe » ? Comment « l’évaluation gratuite » est-elle payée ? D’après des infos captées, cette situation de commissions est fort commune ici, causant souvent un choc supplémentaire aux patients. Beaucoup de ces intermédiaires travaillent à la commission. Des commissions sans-gêne qui peuvent être ajoutées partout : sur la facture de l’hôpital, sur les honoraires du médecin, sur la pharmacie, sur les implants, les stents, les médicaments. Vous ne voyez souvent pas les détails. Et pourtant c’est vous, malade, qui payez ce supplément à la fin. Le choix de l’hôpital peut dépendre moins de ce qui est le mieux pour vous, et plus de qui paie la plus grosse commission à celui qui vous a amené.
Publicité de médecins interdite
Je veux ici rendre hommage à l’Inde. Le 6 octobre, le Conseil Médical de l’Inde (NMC) lui-même a eu le courage de renforcer ses règles pour protéger les patients contre ces dérives. Les médecins n’ont plus le droit de faire de la pub avec photo ou vidéo pour solliciter des patients. Les témoignages de patients utilisés pour vendre est interdit. Offrir du « gratuit » en cachant le vrai coût est interdit. Les commissions doivent être déclarées et transparentes.
Il faut saluer ce courage. L’Inde a dit : la santé n’est pas une marchandise comme les autres. Elle a protégé l’éthique.
Si l’Inde, qui est une si grande destination de soins au monde, a dû imposer cette loi, c’est que le problème était réel et qu’elle a voulu le corriger.
Maintenant, quid des autres pays qui font aussi du tourisme médical ? Ont-ils le même courage ? Ont-ils les mêmes règles claires pour protéger nos familles mauriciennes qui partent se soigner chez eux ? C’est la question que nous devons tous poser.
Mais attention ! Malgré ces belles lois en Inde, à travers Facebook, certains passent à travers le filet de sécurité. Les pubs continuent de tourner. Les numéros WhatsApp « évaluation gratuite » continuent de vous cibler. Le filet de sécurité existe sur papier, mais sur Facebook, il y a des trous. Soyez vous-mêmes votre propre filet de sécurité.
Centres charitables
J’ai vu de mes propres yeux l’inverse total de ce système. J’ai vu des centres « charitables » gérés par de grands spécialistes qui travaillent pour les plus grands hôpitaux, mais qui ont décidé d’offrir une partie de leur vie à venir en aide à ceux qui n’ont pas les moyens. Après avoir eu les preuves de la situation financière des patients, ils offrent les meilleurs services dans les conditions les plus favorables.
C’est ça la vraie compassion et la vraie générosité. Pas de pub en ligne, sans tambour ni trompette. Mais il faut être honnête, ne pas abuser, afin que les plus vulnérables puissent en profiter. Ces centres sont eux-mêmes sponsorisés par des personnes et des sociétés qui veulent apporter leur soutien. Certains de ces spécialistes apportent même leur expérience à des confrères locaux dans des cas rares et difficiles.
Voilà ce qui est beau et apporte du baume au cœur.
Ne décidez pas de votre vie, ou de la vie de quelqu’un que vous aimez, à partir d’une pub Facebook ou d’un reel.
Avant de payer ou d’envoyer vos rapports à un numéro WhatsApp inconnu :
- Prenez un deuxième avis indépendant à Maurice
- Vérifiez vous-même le numéro d’enregistrement du médecin
- Vérifiez vous-même l’accréditation de l’hôpital
- Demandez par écrit les détails : coût hôpital, honoraire médecin, pharmacie, implants à part, et posez cette question : « Touchez-vous une commission pour m’avoir amené ? »
Beaucoup de familles mauriciennes ont peu de moyens. Elles ne peuvent se permettre de payer des commissions cachées en plus de soins qui sauvent la vie.
Nous méritons la transparence. Le meilleur soin mérite la meilleure éthique.
Si vous avez vécu ça, racontez en commentaire. Protégeons-nous les uns les autres.