On empoisonne puis on vend…

Par Doris Félix

Je le répète jusqu’à ce que vous vomissiez votre assiette : un piment de chez nous contient 317 fois la dose légale de poison. Pas deux fois. 317.

Et le cresson ? Cinq poisons. On le mange cru. En salade. Avec de la lambda-cyhalothrine, un produit où il est écrit dessus en rouge : toxique pour les poissons – ne pas utiliser près de l’eau. Le cresson pousse dans l’eau. Ils mettent du poison à poisson dans l’eau de votre salade. Ils tuent la vie dans l’eau où pousse ce que vous mettez dans votre bouche.

Un planteur prend deux perches dans sa cour à Bambous. Il s’enregistre. Il touche la subvention-serre, 75 % semences, prêt DBM à 2,5 %, et a son 4×4 double-cab. Et après ? Il va chez Bychemex, Coroi, MCAF. Achète 100 litres de poison. La loi le laisse faire. Il n’y a pas de quota. Avec deux perches il peut acheter de quoi empoisonner un village entier. Il pulvérise à 5 heures du matin en short, sans masque, à deux mètres de la chambre du bébé du voisin. L’odeur prend à la gorge dans tout le quartier. Triolet, Terre-Rouge, Vacoas, Belle-Mare, Crève-Cœur, Bambous, partout pareil. Le soir, il vend au bazar. Le voisin achète. Il paye pour mourir lentement. Cancer, rein, foie, bébé malformé.

Et le plus cynique ? Le plus abject ? Ces mêmes planteurs ne mangent pas ce qu’ils vendent. Interrogez-les. Allez à Bambous à 6 heures du matin. Demandez : « Toi, tu manges les brèdes que tu viens de pulvériser cinq fois? Tu donnes ce cresson à cinq poisons à ton petit-fils ? » Il va baisser la tête. Il va dire non. Il a son petit carré derrière la maison. Deux, trois plantes, sans poison, pour lui, pour sa femme, pour ses enfants. Le bio, c’est pour la famille. Le poison, c’est pour le peuple.

Ces organismes au courant

Le Dangerous Chemicals Control Board (DCCB) au ministère de la Santé donne les permis d’importation de ces produis interdits en Europe.
Le Pesticides Regulatory Office teste 700 kilos par an alors qu’on mange 1,7 million de kilos (0,04 %).
Le ministère de l’Agro-industrie fait les gros yeux devant les caméras le 21 octobre et qui parle de « campagne de sensibilisation ». On sensibilise un empoisonneur ?
Et la CWA pompe de l’eau déjà contaminée par les pesticides des bassins versants.

Ils savent. Depuis janvier, 21 % des échantillons de fruits et légumes non conformes. Depuis juin, 59 % avec poison non recommandé. Ils savent. Ils laissent faire.

Ravi Rambujoo de Farmbasket, Réseau Terre Vivante, l’a dit : « Zot pe plant bann legim ki pa rekomande dan sa sezon-la, zot pe fors natir ek zot pe servi tou kalite pestisid. »

Pour faire du cash vite fait sur un terrain loué trois mois. La plante est faible. Elle attire les insectes. Alors ils arrosent de tout. Herbicide à carotte (linuron) dans la coriandre courte qui garde le poison. Poison à poisson dans le cresson.

Pourquoi on laisse faire ? Parce que fermer ces jardins de la mort, c’est perdre des voix. On laisse empoisonner 1,3 million de Mauriciens pour garder 10 000 voix.

C’est une action politique prise en toute connaissance de cause. C’est criminel.

Le touriste tape « Mauritius food safe » sur Google. Il tombe sur « 317 times legal limit ». Il tombe sur « wash vegetables thoroughly ». Il tombe sur « moins que le quart-monde ». On vend un paradis bio, éco, lagon bleu. On sert une assiette empoisonnée. Le touriste ne reviendra plus. Il ira aux Seychelles où on met l’empoisonneur deux ans en prison. Ici on lui donne un prêt à 2,5 %.

On est en train de tuer le tourisme avec nos brèdes.

Ce qu’il faut faire maintenant

Porter plainte contre X. Planteur, revendeur, importateur, DCCB, ministère. Article 239 du Code Pénal. Ils savent que ça tue lentement. Ils laissent faire.

Raser ces jardins potagers de la mort. Mettre un ruban rouge : TERRE CONTAMINÉE – INTERDIT. Et faire venir des spécialistes pour dépolluer pendant des années. Quitte à prendre cinq ans.

Tester 100 % de ce qui est vendu au bazar, au marché de gros, au supermarché. Pas 0,04 %. Avec traçabilité, nom du planteur, comme Farmbasket le fait depuis des dizaines d’années.

Si on ne le fait pas, on est moins que le quart-monde. Le quart-monde ne sait pas. Nous, on sait. On a le rapport officiel du Pesticides Regulatory Office.

Maintenant c’est à toi, peuple, de prendre le gourdin.