Pourquoi Rajesh Bhagwan a-t-il fait retirer le Wetlands Bill du Parlement ?


Par Doris Félix et Narain Jasodanand

Depuis la parution de l’article de Scoop.mu le 26 septembre sur le massacre environnemental à La Mivoie, Rivière-Noire, nous apprenons que le ministère de l’Environnement, le Prime Minister’s Office (PMO) et le ministère de l’Agro-industrie ont pris contact avec Bruno Lemerle, le porte-parole des habitants affectés par un gros projet immobilier près de chez eux et au beau milieu d’une zone humide.

Ces habitants ignorent comment le projet a pu obtenir les permis nécessaires, et comment il obtiendra le certificat d’Environmental Impact Assessment (EIA), surtout avec la nouvelle Wetlands Act, encore au stade de projet de loi.

Arvin Boolell a confirmé à Bruno Lemerle que son collègue de l’Environnement lui avait demandé de retirer le Wetlands Bill après sa première lecture, le 4 août 2026, au Parlement. Cela, pour accorder la priorité aux amendements que Rajesh Bhagwan apportera à l’Environment Act concernant les Environmentally Sensitive Areas (ESA ‒ zones écologiquement sensibles) et sous lesquelles tombent les wetlands. Ce que le ministre de l’Agro-industrie fera le 1er septembre, même s’il avait présenté le Wetlands Bill avec un certificat d’urgence.

« Pourquoi, se demande Joanna Bérenger, Rajesh Bhagwan n’a rien dit lorsque Arvin Boolell a présenté ce Wetlands Bill le 31 juillet 2026 en Conseil des ministres et l’a laissé présenter le projet de loi au parlement le 4 août ? Pourquoi le Cabinet a-t-il approuvé le Wetlands Bill le 31 juillet pour ensuite le retirer de la First Reading ?»

Elle se demande aussi comment se fait-il qu’un projet de loi soit présenté par un ministre en première lecture au Parlement pour qu’un autre ministre découvre que son ministère travaille également sur le même sujet, mais à travers les ESA.

« De plus, il existe un ESA Committee présidé par Rajesh Bhagwan et dans lequel siège quelqu’un de l’Agro-industrie. Comment n’ont-ils pas vu qu’il y avait doublon ? À moins que ce comité ne se réunisse pas ! » C’est l’explication la plus probable, et qui a fait perdre le temps des fonctionnaires. Nous apprenons par la même occasion que Rajesh Bhagwan a employé un consultant – c’est une manie chez lui ‒ pour travailler pendant six mois pour aider cet ESA Committee.

Aussi, selon l’article 22 de l’Environment Act, cet ESA Committee aurait dû être présidé non par Rajesh Bhagwan mais par le directeur de l’Environnement ou un autre haut-fonctionnaire. Question de Joanna Bérenger : « Les réunions présidées par Bhagwan sont-elles légales ? »

Le problème, c’est que l’amendement à l’Environment Act qui touchera supposément les wetlands à travers la partie concernant les ESA n’a pas encore été présenté au Parlement. Le sera-t-il ?

Quoi qu’il en soit, si cet amendement est présenté, cela voudrait dire qu’il existe deux ministères, travaillant chacun de son côté sur un même projet de loi et qui rejettent ensuite un des deux projets.

Si l’amendement ne vient jamais ou trop tard cela voudra-t-il dire que le ministère de l’Environnement voulait protéger un projet immobilier en pleine zone humide, comme celui à La Mivoie ?