La Mivoie, à Rivière-Noire, est devenue invivable pour ses habitants.

Par Doris Félix

Il y avait un paradis à La Mivoie. Un petit coin de Grande-Rivière-Noire où on entendait chanter les oiseaux le matin, où les enfants montaient à vélo sur les petites routes calmes, où l’eau de pluie trouvait naturellement son chemin vers la rivière à travers les zones humides. Un paradis qu’on a vendu à plus de 150 familles comme un havre de paix : basse densité, maisons individuelles, ciel étoilé la nuit.

Ce paradis n’est plus. Le conseil de district de Rivière-Noire l’a tué de ses propres mains, en deux signatures.

Permis 1 : 24 villas + shop + gym + bar extérieur + 45 appartements/penthouses sur quatre étages. Soit 69 permis de construire d’un coup et en pleine zone humide, alors que le Wetlands Bill du 31 juillet 2026, qui attend d’être voté, était censé la protéger. On bétonne la plaine d’inondation naturelle. On empêche l’eau de s’infiltrer. On prépare la prochaine inondation.

Permis 2 : deux courts de tennis + deux padels + club-house R+1 = bar restaurant déguisé.

Sur place, à La Mivoie, nous avons rencontré Bruno Lemerle, président du lotissement La Filature Syndic, en présence des habitants directement concernés, qui nous a fourni documents et informations.

« On nous a vendu un paradis résidentiel calme. Aujourd’hui on nous colle un complexe commercial bruyant à 10 mètres de nos chambres. On a respecté la loi, on a fait objection. On nous a répondu : approved. Maintenant ça suffit. On ira jusqu’à la Cour suprême s’il le faut. »

Le Lot 22, c’est la plaine d’inondation naturelle. Quand il pleut, l’eau traverse ce terrain vers la rivière. Depuis 2025, des quantités massives de terre d’un gros chantier voisin ont été déversées sur le Lot 22. Niveau rehaussé.

Constat avec photos, signalé officiellement au District Council dès juillet 2025 : drainage bouché et effondré, l’eau ne s’évacue plus vers la rivière, stagnation et risque d’inondation directe vers les maisons voisines, route d’accès défoncée par les camions lourds, réseau d’eau potable cassé à répétition, débris métalliques devant les portails, danger pour les enfants.

Des plaintes ont été déposées à la police de Rivière-Noire (OB 607/2025) en août et décembre 2025. Quatorze mois après, le même conseil de district délivrera 69 permis sur ce même terrain remblayé.

Padels bruyants

Contrairement au tennis, le padel est pratiqué dans une cage de verre et grillage qui agit comme caisse de résonance : 89 à 91 décibels (dB) en moyenne, avec des pics de plus 100 dB, soit l’équivalent d’un marteau-piqueur travaillant à 10 mètres des chambres. La torture sonore dure jusqu’à 22 heures. Visiblement, aucune étude acoustique n’a été réalisée.

Et que dire des quatre spots de 1000 W par terrain qui éclairent la nuit jusqu’à 22 heures et qui empêchent d’admirer le ciel étoilé…

Bruno Lemerle objectera aussi contre le non ‒ ou mauvais ‒affichage du panneau annonçant le projet. Ce vice de procédure devrait être fatal au projet.

Lorsque le syndic a demandé les procès-verbaux (PV) des audiences au conseil de district, on lui a opposé un refus net. Un recours à la Cour suprême est maintenant envisagé.

Justice saisie

Les mamans qui ne laissent plus leurs enfants faire du vélo parce que les camions ont défoncé la route ; le vieux monsieur qui regarde sa rivière qui ne s’écoule plus parce que le drainage est bouché et que l’eau stagne devant son portail ; la jeune famille qui a construit il y a cinq ans, qui avait économisé toute une vie pour un coin calme, et qui voit maintenant un monstre de quatre étages qui va regarder directement dans sa chambre, dans le jardin où sa petite joue.

On leur avait vendu le calme. On leur avait vendu les oiseaux. On leur avait vendu le ciel noir sans lumière où l’on pouvait voir les étoiles la nuit. On leur avait vendu une zone humide qui respire, qui absorbe l’eau, qui protège des inondations.

Aujourd’hui on leur offre 69 permis de construction sur leur zone humide. Une seule route d’accès bloquée à chaque accident au pont Tamarin, avec en plus 45 appartements.

Le paradis qu’on leur a vendu est devenu leur prison.

Les habitants de la Mivoie pleurent en silence dans leurs maisons aujourd’hui. Mais demain, ils saisiront la justice. Parce qu’on peut bétonner une zone humide. On peut cacher des PV. On peut approuver 91 dB en trois lignes. Mais on ne peut pas faire taire 150 familles qui ont vu leur paradis mourir sous leurs yeux.

Le paradis de La Mivoie est perdu. Reste la désolation et la colère d’habitants, qui ne lâcheront rien.