Un des hors-bords saisis par la FCC chez les frères Chimajee plus d’un mois après les arrestations.

Par Jasvin Sok Appadu

Depuis deux semaines, les autorités mauriciennes disposent d’informations issues des téléphones de deux suspects arrêtés à La Réunion dans cette affaire qui a vu l’arrestation et l’inculpation de Gulshan Govind, époux de l’ancienne Junior Minister, Veronique Leu Govind, ainsi que Kris Chimajee. Pourquoi a-t-il fallu attendre maintenant pour voir la FCC passer à l’action ?

L’affaire des 155,7 kg de cannabis destinés à Maurice prend une nouvelle tournure. Au-delà de la cargaison saisie à La Réunion, c’est désormais le contenu des téléphones des deux personnes arrêtées à Bras-Panon, le 26 juillet, qui intéresse.

Ces téléphones ont livré une véritable cartographie des contacts impliqués dans le réseau : communications, numéros, échanges et connexions entre différents protagonistes. Selon les informations disponibles, ces éléments ont été transmis aux autorités mauriciennes depuis environ deux semaines.

Que serait-il passé si les autorités réunionnaises n’avaient pas intercepté la cargaison et arrêté les deux suspects ? Pourquoi la FCC ne s’active-t-elle que maintenant, alors que ces renseignements étaient déjà entre les mains des autorités mauriciennes ?

Les téléphones, véritable fil conducteur de l’enquête

L’exploitation des appareils saisis à La Réunion semble avoir permis de faire remonter plusieurs noms déjà connus des enquêteurs mauriciens. On retrouve notamment des personnes associées au réseau de Franklin comme prête-noms, dont Shaan Kumar Choolun, alias Mithun, et Ashley Rose. Mais plus troublant encore, les renseignements réunionnais feraient également apparaître le tandem Govind-Chimajee.

Selon les éléments communiqués, certains protagonistes ont été chargés de la coordination tandis que le réseau Govind-Chimajee aurait eu un rôle dans la réception et le transport de la cargaison. Ce sont précisément ces connexions que les enquêteurs doivent maintenant vérifier.

Quand la FCC saisit ce que l’ADSU n’avait pas saisi

Après une descente chez Kris Chimajee, l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) avait notamment saisi un téléphone et des vêtements. Mais lors d’une récente opération à La Gaulette, la Financial Crimes Commission (FCC) s’est intéressée aux biens des frères Kris et Dany Chimajee et a procédé à la saisie de deux hors-bords. Les enquêteurs cherchent à déterminer si ces embarcations ont été acquises avec de l’argent provenant du trafic de stupéfiants.

Un autre élément retient l’attention : un téléphone satellite aurait également été retrouvé. Pourquoi cet appareil n’avait-il pas été saisi lors de la précédente intervention de l’ADSU ?

La question mérite d’être posée, surtout lorsque l’on sait que les frères Chimajee avaient déjà été cités dans une autre affaire liée au trafic de cannabis depuis décembre 2025 comme révélé par Scoop.mu dans un précédent article.

Le volet financier arrive avec la Financial Crimes Commission

Ainsi, la FCC s’intéresse désormais au blanchiment présumé des revenus du trafic. Le fils de l’ancienne junior minister Véronique Leu-Govind a été entendu under warning au Réduit Triangle, notamment au sujet d’une certaine somme présente sur son compte bancaire. Après avoir fourni ses explications, il a été autorisé à repartir, les vérifications se poursuivant. La question est maintenant de savoir jusqu’où ira la FCC dans l’examen de l’environnement financier entourant cette affaire. Véronique Leu-Govind sera-t-elle appelée par la FCC ? Elle a déjà été interrogée par l’ADSU et a récupéré sa voiture.

Haras du Morne : une autre piste à éclaircir

La perquisition menée au Haras du Morne, dans l’Ouest, constitue une autre pièce du puzzle. Les enquêteurs soupçonneraient que Shaan Kumar Choolun y aurait effectué plusieurs appels et que le dispositif destiné à réceptionner la cargaison aurait été préparé depuis cet endroit. Le centre appartient à une Mauricienne mariée à un Français. Et Scoop.mu avait révélé que c’est le tandem Mootoocurpen/Jagai fils, qui s’occupait du terrain.

Des noms comme Steven Mootoocurpen et Ashik Allysaheb Ameersaheb Jagai, fils de l’ancien patron de la défunte Special Striking Team (SST), ont circulé autour de ce lieu. On se souvient aussi des confidences de l’ancien membre de la SST, Sevanandee, sur l’existence d’un partenariat 50-50 entre Franklin et Jagai.

Les autorités réunionnaises ont donné les cartes

Le plus troublant dans cette affaire demeure peut-être le timing. Les autorités réunionnaises ont, selon les informations disponibles, transmis depuis environ deux semaines les éléments issus de l’exploitation des téléphones des suspects arrêtés. Les noms étaient là. Les contacts étaient là. Les communications étaient là.

Pourquoi donc l’enquête financière ne s’est-elle véritablement accélérée que maintenant ? Surtout, combien d’éléments auraient échappé aux enquêteurs mauriciens si la cargaison n’avait pas été interceptée à La Réunion ? Car le dossier pose désormais une question beaucoup plus embarrassante : Jean-Hubert Célerine est incarcéré, mais son réseau a-t-il été remplacé par de nouveaux acteurs ?

Et si tel est le cas, retrouve-t-on aujourd’hui les mêmes méthodes, les mêmes connexions et surtout les mêmes protections présumées ? En tout cas, le cas Kris et Dany Chimajee mérite, à cet égard, une attention particulière.

Les deux frères avaient déjà été dénoncés dans une autre affaire dès décembre 2025. L’un a pu quitter le pays alors que l’autre était en liberté avant l’affaire des 156 kg de cannabis et se retrouve maintenant au centre d’une enquête majeure sur l’axe Maurice-La Réunion.

Le réseau Franklin est-il toujours actif et géré par d’autres protagonistes ? Parmi les noms qui apparaissent dans le dossier figurent Ravindra et Dany Chimajee, Gulshan Govind, Daniel José Auguste, alias Bobo, Shaan Kumar Choolun et Vikesh Rutnee. C’est peut-être là toute la véritable question que la FCC devra désormais trancher, avec un certain Ricardo Brigitte dans leur viseur.