Ce qu’a révélé Paul Bérenger sur la future NCA, samedi 5 septembre, a de quoi inquiéter.

Par Narain Jasodanand

Il l’a dit lors de la conférence de presse du Front Morisien Progresis (FMP), hier, samedi 5 septembre. Paul Bérenger avait à ses côtés le nouveau leader de l’opposition, Chetan Baboolall, Joanna Bérenger, Satish Boolell, Hishaam Ibrahim et Keshaw Jhummun.

Même s’il n’a pas voulu tout révéler de ce qu’il a « entrevu » de la première ébauche du National Crime Agency (NCA) Bill lorsqu’il était au gouvernement, Paul Bérenger a fait comprendre que cette nouvelle autorité et son projet de loi n’apporteront aucune amélioration à la Financial Crimes Commission (FCC) Act. Cela, alors que Navin Ramgoolam et Gavin Glover annoncent une révolution dans la lutte contre les crimes financiers.

Bien plus, l’agence et son texte de loi seront pires que la FCC et la FCC Act concernant les nominations, « y compris et surtout celle du directeur général (DG) de la NCA ».

Poste taillé sur mesure

On se rappelle que le directeur de l’ex-Independent Commission against Corruption (ICAC) était, entre 2000 et 2004, désigné par le Premier ministre avec l’accord du leader de l’opposition. Or, lorsque les travaillistes sont revenus au pouvoir en juillet 2005, la première décision qu’a prise Navin Ramgoolam était de modifier la Prevention of Corruption Act (POCA) en abolissant l’Appointment Committee, qui incluait le président de la République, et en instituant un système dans lequel seul le Premier ministre nomme le directeur général de l’ICAC sans requérir l’accord du leader de l’opposition, qui n’est que consulté.

Ce système a subsisté et a également profité au Mouvement socialiste militant (MSM) qui, on s’en souvient, avait nommé Navin Beekarry à la tête de l’ICAC, avant de le nommer, en mars 2024, directeur général de la FCC.

De plus, selon la POCA, le DG devrait être un juge, un magistrat, un avocat avec plus de dix ans d’expérience. Ou alors quelqu’un qui « has served in an anti-corruption agency in another country at an acceptable level of seniority ». Le gouvernement MSM a remplacé ce dernier critère dans la nouvelle FCC Act, votée en décembre 2023, par le critère suivant : « has served in an anti-corruption body at a senior level for a period of at least 5 years and has wide knowledge and experience at national and international level in the field of financial crimes. »

Pourquoi le MSM a-t-il ouvert le poste de DG à un enquêteur local ? À l’époque, il se chuchotait que le MSM voulait remplacer Navin Beekarry par Titrudeo Sanjay Dawoodarry. Cependant, Beekarry a été maintenu à ce poste jusqu’au changement de gouvernement, en 2024.

En novembre 2024, Navin Ramgoolam a, lui aussi, poursuivi avec le même système, en repêchant Titrudeo Dawoodarry, nommé Officer-in-Charge de la FCC en décembre 2024, avant de le faire accéder au poste de directeur général de l’institution. Sa nomination ne semble pas correspondre à la FCC Act. La lettre de protestation de Joe Lesjongard à ce sujet n’a pas eu de suite, le comité parlementaire présidé par Dhaneshwar Damry ne s’étant même pas réuni.

Joanna Bérenger a rappelé hier que le comité parlementaire de la FCC ne fonctionne pas. Il ne s’est réuni que deux fois et ne s’est même pas rencontré après les scandales des fuites d’informations et de la disparition, notamment, de la Declaration of Assets de Shakeel Mohamed. C’est pour cela, a-t-elle précisé, que le FMP ne compte désigner personne au sein de ce comité pour ne pas lui donner de crédibilité.

Etrangers à la NCA

Pour Paul Bérenger, « la situation se détériorera avec la nouvelle NCA ». Tout en faisant savoir qu’il n’est nullement impressionné par le fait que ce soient des Anglais qui aient travaillé sur le NCA Bill, Paul Bérenger exprime ses préoccupations quant au rôle que joueront des étrangers dans la future NCA. Un étranger prendra-t-il la place de Dawoodarry ? On ne le sait.

Il y a aussi le problème des responsabilités à partager entre la police et les autres officiers au sein de la future NCA, a évoqué Paul Bérenger, sans entrer dans les détails.

Pour lui, l’affaire de fuites d’informations de la FCC est déjà très grave et a porté un rude coup à la réputation de l’institution. « Mais ce n’est pas le seul incident. Il y en a eu d’autres, impliquant la nomination du directeur juste après les élections. Choquant ! » Tout en promettant d’en dire plus « un jour ».

Si le projet de loi sur la NCA, tel que l’a « entrevu » Paul Bérenger, est le même que ce que Ramgoolam ou Glover présentera bientôt, on peut craindre que cette institution ne soit pas le FBI que l’on nous promet. Et que, concernant la lutte contre la corruption, la NCA « pou get figir ».