
Navin Ramgoolam est en apprentissage de l’économie.
Par Narain Jasodanand
Les explications fournies par Navin Ramgoolam, mardi 1er septembre, à l’Assemblée nationale (AN), concernant le manque de devises étrangères sur le marché local, n’ont convaincu que peu de monde. Même pas Ehsan Juman, qui lui a fait savoir, sous forme de question, que les importateurs éprouvent toujours de grandes difficultés à trouver des dollars. Le Premier ministre n’a su quoi répondre, se contentant de blâmer l’ancien gouvernement et conseillant au député travailliste de « go and canvass people to stop importing ». Ramgoolam ne s’énerve pas seulement face aux questions des journalistes mais aussi face à celle, pourtant justifiée, d’un élu de son propre parti !
Lorsqu’Adrien Duval lui demande pourquoi la Banque de Maurice (BoM) ne met pas davantage dollars sur le marché, Ramgoolam – toujours d’un ton irrité et parlant de coffres – évoque le besoin de réserves. Réserves, dit-il, que l’on pourra utiliser si jamais il y a une ruée vers les banques non pour les dollars, mais pour les roupies ! Selon le ministre des Finances donc, les réserves de dollars de la BoM serviront… en roupies. Pourquoi, en attendant, ne pas vendre ces dollars aux banques commerciales en échange de roupies, afin qu’ils puissent être utilisés pour financer le paiement des importations, aurait pu lui demander Ehsan Juman.
Ramgoolam cache en fait une vérité dérangeante : la BoM n’a plus de dollars à injecter sur le marché. D’où en tirera-t-elle puisque notre pays souffre de déficits chroniques de la balance des paiements ? Si ça continue, Maurice n’aura d’autre choix que d’aller frapper à la porte du Fonds monétaire international (FMI) ?
Investissements : 20 ans avant de se concrétiser
En réponse à une question de Joanna Bérenger, Navin Ramgoolam explique que les investissements dont se vante l’Economic Development Board (EDB) mettront entre 15 et 20 ans à se concrétiser sous forme de projets. L’EDB et Navin Ramgoolam vont-ils donc nous présenter et nous répéter les mêmes investissements pendant les 15 ou 20 prochaines années ? Ce que l’EDB vient d’ailleurs de faire dans sa newsletter d’août en parlant d’investissements reçus depuis plusieurs années et pas encore réalisés.
18 500 emplois directs et indirects seront créés grâce aux nouveaux investissements. C’est également ce qu’a déclaré Navin Ramgoolam mardi, en réponse à une question de Joanna Bérenger. Mais combien de ces emplois seront directs et combien seront indirects ? Il ne l’a pas précisé. On sait comment est calculé le nombre d’emplois indirects surtout ! Et combien d’emplois pour les Mauriciens ? Ramgoolam ne l’a pas dit non plus. Depuis quand ces emplois ont-ils été créés ? Depuis 5, 10 ans ?
7 800 d’autres emplois sont attendus, a ajouté Ramgoolam. Dans 15 ou 20 ans ? Ces estimations au doigt mouillé ressemblent plus à des promesses électorales. Jamais réalisées.
Productifs de slogans
Ramgoolam sait enfin faire la différence entre les investissements productifs et non-productifs. Enfin presque, car il ne maîtrise toujours pas les nuances. Ainsi, affirme-t-il, « education, I do not think we qualify it as being productive as such… » Ben oui, M. le ministre des Finances, une nouvelle école, par exemple, prendra les élèves et même les profs des autres écoles existantes et si elle générera des revenus, ce sera aux dépens de ces dernières. Tout comme les supermarchés, dont vous encouragez l’implantation aux quatre coins de l’île, qui créeront de la (grande) richesse pour un petit groupe de personnes et qui causeront la ruine des petits commerces et producteurs mauriciens. Même les emplois dans les supermarchés iront en majeure partie aux étrangers.
Comme quoi, avant d’être ministre des Finances, ne devrait-on pas au moins apprendre les rudiments de l’économie ?