Le capitaine était livré à lui-même face à des passagers en colère et des informations contradictoires, ce vendredi 4 septembre, à Coromandel.

Par Doris Félix

Ce vendredi matin, station Coromandel, direction Port-Louis.

Les panneaux électroniques affichent l’heure comme si de rien n’était. En face, un métro à l’arrêt, qui ne bouge pas. Aucune annonce. Aucune explication.

Puis un métro arrive direction Port-Louis. Les portes s’ouvrent et là, surprise : des passagers enragés, à bout de nerfs, nous crient de ne pas monter, parce que le métro ne va pas bouger. On leur avait menti en les transférant d’une rame en panne à celle-là.

Les gens commencent à paniquer. Ils ont raison. Le patron ne connaît pas la patience.

Dans la foule : des travailleurs qui vont perdre leur journée de travail, des collégiens qui seront en retard à l’école, une jeune femme qui sera en retard pour son premier jour de travail à la MCB. Certains n’ont pas un sou pour payer le bus. Une dame dit : « Quelqu’un m’a demandé 50 roupies pour payer son bus. » D’autres demandent qu’on leur rembourse le ticket sur-le-champ, qu’on leur paie leur journée perdue.

Et au milieu de ce chaos, un seul homme. Le malheureux capitaine. Seul. Totalement perdu, désemparé, livré à lui-même. Il ne reçoit que des instructions contradictoires. À quelques mètres, il y a un bureau de Metro Express. Mais personne n’ose venir l’aider.

Les passagers deviennent de plus en plus nerveux. On essaie d’avoir le ministre du Transport. Il ne répond pas. Son ministère n’est pas au courant, on laisse des messages dans le vide.

On appelle la police. Un van arrive, et repart aussitôt en disant « c’est au conducteur du métro de se débrouiller ». Bien plus tard, d’autres policiers viendront.

Enfin, après une longue attente, le métro a pu repartir vers Port-Louis.

Mais le plus grave, le voici :

Le capitaine était seul à bord. Pas d’assistant capitaine. Pas de contrôleur. Pas de policier. Personne.

Si un passager fait un malaise dans le métro ? S’il y a une agression ? Si c’est le capitaine lui-même qui fait un malaise ? Qui assure la sécurité des passagers ?

Est-ce même légal d’avoir un seul capitaine à bord d’un métro bondé aux heures de pointe ?

Est-ce normal que les plaques électroniques continuent d’afficher des horaires normaux sans aucune notification de panne ?

Est-ce normal que le pauvre capitaine soit incapable de faire une annonce officielle parce que lui-même ne reçoit aucune instruction ?

Et ce matin, que s’est-il passé pour tous les passagers, sur toutes les stations, puisque le système était en panne ? Quel est le plan B ?

Les gens n’ont pas d’argent liquide, les ATM ne sont pas à proximité, les bus n’acceptent pas Juice et autres paiements digitaux.

Il est temps d’arrêter de se moquer du peuple.

Il faut un protocole clair :

  1. Que les compagnies de bus acceptent les tickets de métro en cas de panne.
  2. Que des vans soient mobilisés immédiatement pour récupérer les passagers.
  3. Qu’il y ait toujours au minimum deux membres d’équipage à bord, pour la sécurité.
  4. Que les panneaux annoncent immédiatement la panne et les alternatives, pas de fausses heures.

Ce n’est pas de la haute technologie. C’est du respect de base.

J’interpellerai le ministre concerné, vidéos à l’appui. Les Mauriciens méritent un transport public qui fonctionne et qui les respecte.