
Des cités « tôles » comme cela côtoient parfois des quartiers riches, opulents et… indifférents.
Par Narain Jasodanand
Le 7 août dernier, Gérard Sanspeur écrivait un édito consacré au temps perdu par Navin Ramgoolam : « Pendant vingt mois, le Premier ministre s’est acharné sur la pension : commissions, calculs, réforme, recul, nouvelles formules. Imaginez maintenant la même obsession consacrée pendant vingt mois à la drogue. »
La mort violente du petit Adriano, âgé de seulement 7 mois, et la photo de la bicoque dans laquelle il vivait et dormait sur un matelas (Défi du 24/8) vient nous rappeler qu’il existe deux Maurice et que le gouvernement se trompe effectivement de priorités. Presque tous nos ministres ‒ pas seulement le PM ‒ ne s’intéressent qu’aux grands projets, qui rapportent. Pas aux petites actions qui changent la vie des Mauriciens.
Il est bon de rappeler encore une fois ce qu’avait dit Kishore Ramkhalawon, ancien conseiller du conseil de district de Moka et ex-président du village de La Laura : « Le conseil ne s’intéresse qu’aux projets grandioses et néglige les petits projets qui améliorent la vie quotidienne des villageois. »
Moins d’emplois pour les pauvres
Notre collègue Doris Félix veut des jardins et salles communautaires, des terrains de foot etc. Elle a raison. Il nous faut aussi et surtout du travail ! Le travail nourrit, responsabilise et donne du sens à la vie. Avec l’emploi de plus en plus d’étrangers comme maçons, jardiniers, peintres, serveurs etc., nos pauvres sont les plus touchés.
De plus, avec l’ouverture de notre marché aux quatre vents, les petits emplois se meurent à Maurice. Si les pauvres ne peuvent prétendre à des jobs de col blanc pour plusieurs raisons, ils sont disponibles et aptes à exécuter non seulement des travaux durs et pénibles mais aussi à fabriquer des objets artisanaux. Trois fois hélas ! On importe tout et on veut en importer encore plus.
Ce qui a choqué aussi dans l’affaire Adriano, c’est la petite maison en tôle dans laquelle le pauvre petit et sa maman habitaient. Il y a des milliers de familles qui vivent dans des conditions aussi précaires, qui se battent pour avoir leur premier toit ou terrain. Alors que d’autres se débrouillent pour avoir leur huitième ou neuvième bien foncier… Trouver un lopin de terre devient de plus en plus difficile, malgré la conversion de centaines d’arpents de terre agricole en morcellements.
Terres et logements pour les riches et les étrangers
Les riches Mauriciens s’approprient un maximum de terrains, encouragés par la politique tout-immobilier et pro-gros capital de ce gouvernement et ceux qui l’ont précédé. La taxe résidentielle a également été abolie, au lieu d’être augmentée, pour les bien nantis qui collectionnent maisons et bungalows.
Ajouté à cette situation, environ 100 000 travailleurs, étudiants et autres résidents étrangers, concurrencent les Mauriciens pour la location d’une maison ou d’un appartement. De plus en plus de logements sont achetés ou construits pour leur louer.
Les riches étrangers achètent, eux, de grandes propriétés dans des Smart Cities, IRS, RES, IHS, PDS, SCS et autres G+ 2 Schemes, contribuant ainsi à réduire l’espace vital des Mauriciens.
Priorité à la source du problème
L’enquête ou le procès confirmera si la folie meurtrière du père d’Adriano a été causée par le manque ou la consommation de drogue synthétique. Si oui, il y a urgence. « Pendant ce temps, la drogue tue, écrivait Gérard Sanspeur, et détruit des jeunes aujourd’hui. La crise des pensions, annoncée pour demain, n’exigeait pas cette urgence. Après vingt mois, où en serions-nous si le Premier ministre avait consacré autant d’énergie à combattre la drogue qu’à réduire la pension des vieux ? Gouverner, ce n’est pas seulement résoudre des problèmes. C’est savoir lequel résoudre d’abord. »
Pauvreté plus drogue bon marché : le cocktail dangereux. Il s’agit de résoudre le problème à sa source. En commençant par limiter l’arrivée de travailleurs étrangers. Qui a dit qu’il mettra le Mauricien au centre de toutes décisions politiques ?
Il faut penser aussi à dépénaliser ou à légaliser la consommation du cannabis. Mais cela affectera le business des importateurs de zamal et celui de leurs avocats bien placés, n’est-ce pas ?