
Par Narain Jasodanand
Le ministre de l’Énergie et des Services publics Patrick Assirvaden a procédé à une étrange cérémonie le 12 août au siège du CEB, à Ebène : « remise officielle des certificats de transfert de propriété aux bénéficiaires du projet (Home Solar Project, ndlr.) » Quelle est cette propriété ? Il s’agit en fait de kits photovoltaïques valant environ Rs 60 000 l’unité.
Ainsi, le CEB a transféré à 1 000 familles les 50% de propriété restants sur les kits photovoltaïques qui se trouvaient déjà sur leur toit depuis 2019- 2024, cela, sous le Home Solar Project. Ces familles en étaient donc les propriétaires à 50% seulement. Au fait, 2 000 de kits devaient être installés gratuitement. On ne sait ce qui est advenu des 1 000 autres.
A l’époque, il était prévu qu’avec ce kit, le consommateur allait bénéficier de 50% de remise sur sa facture d’électricité, à condition que la facture ne dépassait pas la moyenne consommée durant les 12 derniers mois.
Mais pourquoi transférer 50% de la propriété ? Officiellement, c’est pour « enabling them to benefit from 100 percent of the electricity generated, compared to 50 percent currently. These families will benefit more savings on their monthly electricity bills » comme l’avait annoncé Navin Ramgoolam dans son discours du budget 2026-2027. Cela veut dire que le courant produit par le kit pourra être utilisé à 100% par le ménage, alors qu’auparavant, il ne bénéficiait que de 50% de remise sur sa facture du CEB. Est-ce une générosité ? Pas sûr.
Scoop.mu vient d’apprendre que la plupart de ces 1 000 kits ne marchent pas ! Raisons : défaut d’une pièce, l’Inverter (onduleur solaire) qui convertit l’énergie solaire en courant électrique. Le coût de remplacement serait presqu’aussi élevé que celui de tout le kit ! Il semble qu’il n’y avait pas de garantie sur cette pièce pourtant cruciale du kit.
Il y avait aussi un problème de maintenance qui était assurée par le CEB ou ses sous-contractants. Et qui coûtait énormément au CEB. Résultat : le manque d’entretien a achevé de rendre plusieurs kits inutilisables.
Nous avons demandé au CEB le nombre de kits qui sont opérationnels et la quantité d’énergie qu’ils produisent. Nous avons voulu savoir également combien de ces kits se trouvent toujours sur le toit des bénéficiaires. Nous n’avons pas reçu de réponse.
Cependant, Scoop.mu a pu obtenir ces informations que l’on nous cache. 700 sur 1 000 de ces kits PV ne seraient pas opérationnels. Le kit a même disparu du toit de certains ménages. D’autres familles préfèrent payer Rs 100 ou Rs 200 mensuellement l’électricité du CEB que d’investir des milliers de roupies pour la réparation de leur kit.
Cadeau empoisonné ?
Il faut savoir qu’en transférant la propriété à 100% de ces kits aux utilisateurs, ce sera à ces derniers d’en assurer l’entretien. Et surtout la réparation ! Et si c’est le moduleur qui doit être remplacé, on se demande si certains des utilisateurs, surtout les pauvres, ne préféreront pas laisser le kit inutilisé et payer Rs 200 ou Rs 300 par mois pour l’électricité normale fournie par le CEB.
La cérémonie de remise de certificat de propriété organisée le 12 août n’aura donc été qu’une opération de communication visant à faire passer un échec pour un cadeau. Le ministre Assirvaden a su par la même occasion se débarrasser d’une responsabilité d’assurer la transition énergétique et du coût afférant. Ce qui lui permettra de se concentrer sur l’énergie solaire produite à grande échelle par le secteur privé.
La démocratisation de la production d’énergie propre, renouvelable et gratuite est en marche ! On se demande comment seront gérés les 100 000 kits qui seront achetés de l’Inde. Si ces kits arrivent vraiment …