
Depuis le Covid, la mortalité a été multipliée par trois chez les cachalots.
Par Doris Félix
Il ne reste que 25 à 29 cachalots résidents à Maurice.
C’est toute notre population. Nos dauphins subissent le même harcèlement.
Depuis le Covid, la mortalité a été multipliée par trois chez les cachalots.
Le signal d’alerte s’étend : fin juillet 2026, une quantité importante de poissons a été retrouvée morte le long de nos côtes. En une semaine, la semaine dernière, il y a eu plusieurs échouages, un cachalot pygmée (une espèce rare) échoué à Belle-Mare n’a pas survécu. Puis une mère baleine à bec et son petit échoués au Bouchon, le bébé femelle était encore vivante mais n’a pas survécu. On a retrouvé le lendemain le cadavre d’un mâle baleine à bec. Le 4 août, un éléphant de mer s’est échoué aux Salines, Port-Louis.
La cause est claire : la pression humaine, l’absence d’application de la réglementation existante, des lagons sous stress… et les échouages de baleines sont surement liés à une activité en pleine mer que le public ignore.
Dans nos eaux, les variations de température font chuter l’oxygène et surtout augmentent le niveau de gaz carbonique qui tue nos coraux en masse. Le milieu marin entier trinque.
Des bébés n’arrivent plus à se nourrir
Des bébés cachalots harcelés qui n’arrivent plus à se nourrir convenablement ne survivent pas et meurent entre un et deux ans.
Le déséquilibre s’aggrave : les mères perdent leur petit, retombent enceintes plus vite, et la structure d’âge de la population se brise. Les conséquences, on les verra dans cinq à dix ans. S’il n’est pas déjà trop tard.
Du tourisme sans règles : de plus en plus de touristes sont lâchés en pleine mer, sans aucune protection, avec des animaux de 15 tonnes et des prédateurs présents.
Dans le monde entier des drames sont déjà là : attaques de requins, blessures graves et mortelles causées aux cétacés par les bateaux et les hélices. Les autorités ne font rien.
Et maintenant on veut aller plus loin ?
Demande de légalisation de la nage avec les cachalots
Une campagne poussée par un petit groupe d’opérateurs sans scrupules recevant le soutien d’un groupement actif sur les réseaux sociaux et des étrangers qui ne pensent qu’à faire du profit rapide est en cours pour demander la légalisation de la nage avec les cachalots.
Les Mauriciens sont complètement opposés à un tel projet, très néfaste pour nos animaux résidents.
On utilise de vieux rapports d’avant le Covid pour dire « pas d’impact ».
Sauf que ceux qui produisent ces rapports ne font plus d’études scientifiques depuis 2022. On décide à l’aveugle.
La Marine Megafauna Conservation Organization (MMCO) n’arrête pas d’alerter sur ces dérives tellement néfastes à nos animaux.
On a posé la question à cette association et, se basant sur les données scientifiques, la MMCO, qui étudie ces animaux depuis 2008, est catégorique : l’état de la population de nos cachalots résidents est alarmant.
Conflit d’intérêts tourisme-écologie
On comprend très bien que le ministre du Tourisme est dans une situation délicate. Il y a un énorme conflit d’intérêts. Ce n’est pas au ministère du Tourisme de gérer l’environnement marin !
Richard Duval, ministre du Tourisme, vous avez un dilemme : promouvoir le tourisme à court terme ou protéger notre patrimoine vivant. Choisir les selfies d’aujourd’hui, c’est condamner le tourisme de demain.
Paul Bérenger, Joanna Bérenger : vous n’êtes plus au gouvernement. Mais aujourd’hui plus qu’hier, votre voix compte. Agissez au plus vite s’il vous plaît.
Que font les autres pays ? Ils protègent.
Nouvelle-Zélande : interdiction totale de nager avec les cachalots. 400 m de distance. Sanctions lourdes
Hawaii, USA : loi fédérale : 91 m (300 pieds) de distance minimum. Amendes jusqu’à 50 000 $
Australie : max 10 nageurs/bateau, 30 min max. Zones d’exclusion pendant la reproduction.
République Dominicaine : moratoire sur la nage avec cachalots depuis 2020.
La tendance mondiale est claire : on recule. On remplace la nage par l’observation responsable. La science prouve le stress, la séparation mère-bébé, les blessures.
Notre position est claire : non à la légalisation de la nage avec les cachalots résidents. Ces 25-29 individus tournent autour de nos côtes toute l’année. S’ils disparaissent, personne ne viendra les remplacer.
Le tourisme peut vivre sans détruire.
Les cachalots, les dauphins et tout notre océan, eux, ne reviendront pas.
Il est bon de noter que d’après une publication scientifique récente de la MMCO. L’île Maurice est l’un des deux seuls pays au monde où les cachalots résidents ont élus résidence près des côtes, avec la Dominique (différente de la République Dominicaine).
Maurice doit choisir maintenant : protéger ou regretter à tout jamais.