Qui est la girouette ?

Par Narain Jasodanand

Réplique brutale et tonitruante hier, vendredi 31 juillet, de Shakeel Mohamed dans son discours sur le Finance Bill à celui de Joanna Bérenger. Le ministre du Logement et des Terres n’était pas content que la députée ait parlé de protection des Mauriciens contre l’accaparement de terres par des étrangers.

Il a déclaré que, lors d’une réunion post-budgétaire 2025-2026 d’un groupe de ministres et junior ministers, Joanna Bérenger ne s’était pas prononcée contre l’abolition des exemptions fiscales et taxes pour l’acquisition de biens fonciers mauriciens par les étrangers. Et que donc elle n’était pas contre l’acquisition de biens immobiliers par des étrangers. Tout en la traitant de girouette.

Dans un post sur sa page Facebook hier soir, Joanna Bérenger affirme le contraire et dit espérer que le compte-rendu (CR) – non-modifié ‒ de cette réunion sera déposée au Parlement par Shakeel Mohamed. Celui-ci dira un peu plus tard, après le ruling de la Speaker, qu’il s’agissait en fait de deux réunions des 10 et 12 juin 2025 (le discours du budget avait été prononcé le 5 juin) et a promis de les déposer mardi prochain.

On saura donc si Joanna Bérenger n’avait pas bronché quand avait été abordée en juin 2025 la question de « l’abolition des exemptions pour les smart cities [qui avaient] déjà commencé ».

Elle a même ajouté que grâce aux CR « la population saura également qui est celle qui avait fait pression pour que les modalités de la “fair share contribution” soient modifiées » ainsi que pour les exemptions des Smart Cities.

Les rétropédalages de 2025

On se souvient des reculades sur ces mesures qui avaient été promises à Rezistans ek Alternativ, et sur lesquelles Ashok Subron et Kugan Parapen sont restés étrangement silencieux depuis plus d’un an. On se demandait et l’on se demande toujours si c’étaient de puissants promoteurs immobiliers et autres qui avaient exercé des pressions pour que le gouvernement revienne sur ces décisions. On soupçonnait Navin Ramgoolam de s’être plié aux demandes de quelque lobby.

Or, Joanna Bérenger parle de « celle qui avait fait pression… » Si ces CR sont effectivement déposés, la population saura qui défend le gros capital.

Mardi prochain, on saura également si oui ou non Joanna Bérenger a changé de discours entre juin 2025 et juillet 2026. Soit en l’espace d’un an.

Quand Mohamed défendait les Mauriciens

Mais quid de Shakeel Mohamed lui-même ? Eh bien, il est certain que lui, il a fait un virage de 180 degrés par rapport à ce qu’il avait déclaré moins de six mois auparavant, le 4 février 2025.

Qui ne se souvient pas de ce discours, surtout de la partie où il parlait des terres, villas et autres appartements vendus aux étrangers. Il commençait en saluant les paroles de Babita Thannoo, celle-là même qui avait demandé, obtenu puis perdu de Ramgoolam l’abolition des exemptions fiscales frappant les projets de Smart City.

Les envolées dans un anglais parfait de Shakeel Mohamed avaient fait pleurer dans les chaumières, tant elles paraissaient sincères et bien dites. Mohamed se montrera même écolo en se référant à plusieurs reprises aux zones sensibles.

Mais c’est surtout lorsqu’il a abordé le sujet de la vente de nos terres destinées à l’immobilier pour les étrangers qu’il a tiré des larmes aux yeux des Mauriciens. Il a commencé en dénonçant la manière déguisée dont, non seulement nos terres mais aussi celles de l’Etat (qui le concernent directement), sont « développées » pour être vendues à des étrangers. « For example, avait-il deplore, you have promoters who come in, they convert their lease, campement, and then they have the right to sell to foreigners as though it is behind the whole idea of a co-propriété. »

Doit-on vendre des biens fonciers aux étrangers ? s’était-il demandé solennellement ce jour-là. Sa réponse : « Yes, it brings in revenue, but at what price?… Yes, you get money in terms of registration or land transfer, but at the end of the day, when you have apartments selling for 1.5 million euros or 2 million euros bought by foreigners, that does create a disbalance with regard to the price of property and accessibility for Mauritians. »

Et de s’interroger « are we, in the name, ready to sell the whole property, the country, to foreigners? Then, we all end up being what? We will have to rent out to be able to enjoy a frontage? That is the problem … we have to brainstorm because we do not want Mauritians to end up being ‘lokater’ in their own country. That is not the aim of this government ».

Il semble qu’il y ait eu un brainstorming entre février et juillet 2025, qui a fait changer d’avis Shakeel Mohamed. Car hier, 31 juillet, il a parlé de la nécessité de ce qu’il appelle « investissements » étrangers.