Pour Navin Ramgoolam, la construction de l’autoroute M4 au coût de Rs 10,8 milliards est bonne pour la croissance. Pas pour Joanna Bérenger.

Par Narain Jasodanand

Le Premier ministre (PM) avait annoncé, le 14 juillet, la mise sur pied d’un comité pour décider de la « reprioritisation » des projets infrastructurels, dans le but d’économiser quelques milliards pour combler le trou béant de Rs 6,2 milliards laissé par l’abandon du Means Test de la réforme de la pension.

Joanna Bérenger lui a demandé hier, 21 juillet, au Parlement, quels critères seront utilisés pour annuler ou reporter certains projets et, surtout, si le projet à Rs 10,8 milliards de la nouvelle autoroute M4 sera maintenu.

D’emblée, Ramgoolam a averti que l’exercice de repriorisation sera fait sans que notre croissance économique ne soit affectée. Quelle est cette croissance poursuivie par le gouvernement ? Réponse : « Investment-led growth model rather than a consumption-driven approach. » Noble approche !

Quels genres de projets infrastructurels assureront la croissance économique ? Pour le PM, ce sont ceux qui attireront d’autres… investissements du privé, « those that also crowd in private investment, is vital to economic growth ».

Ascensia vous dit merci

Ramgoolam maintient le projet M4. Pour lui, les cinq centres commerciaux d’Ascencia qui seront bâtis sur le tracé de l’autoroute ne mèneront pas à une « consumption-driven approach » ? Ne tueront-ils pas des centaines de petits commerces dans l’Est ? Manifestement non pour le PM, puisque d’après lui, ces projets visent à « promote balanced socio-economic development » et « contribute to rebalancing economic development ». Drôle de balancing !

Le PM a ajouté que la M4 créera des emplois. « During construction », a-t-il précisé. Alors que selon nos informations, ce sont des travailleurs indiens qui construiront l’autoroute. Aussi, le projet apportera « commercial and residential development along the north eastern corridor of the Island ». Pourtant, c’est lui qui venait de dire que son gouvernement poursuit un « investment-led growth model ».

En tout cas, si l’on suit la logique pseudo-économique du ministre des Finances, il suffit de bâtir, de bétonner, d’asphalter des terres plantées de canne à sucre et de légumes, de faire disparaître des forêts, de gâcher le paysage même si ce n’est pas bon pour le tourisme, mais aussi d’endetter le pays et avoir à rembourser des milliards avec des intérêts en devises étrangères pour obtenir de la croissance.

Les dirigeants des autres pays devraient adopter les principes « économiques » du professeur Navin Ramgoolam et du secrétaire du cabinet sous contrat Suresh Seebaluck s’ils veulent de la croissance.

Vraiment prêt ?

Aussi, Suresh Seebaluck et Navin Ramgoolam ont décidé que le projet M4 irait de l’avant car il est « fully ready in terms of land acquisition ». Or, Scoop.mu a hier même reçu un message d’un propriétaire d’un terrain sur le tracé de l’autoroute qui se plaint qu’il n’a reçu aucun document officiel à propos de l’acquisition de sa parcelle. Ramgoolam nous a-t-il induit en erreur ?

Le PM a également assuré que le financement du projet « has already been secured after successful discussions with the Government of India under concessionary financing terms », sans préciser quels sont ces termes favorables. Et que s’il tarde, le coût du projet risque de prendre l‘ascenseur. Comme celui du barrage de Rivière-des-Anguilles qui est passé de Rs 2,6 milliards en 2009 à Rs 10 milliards aujourd’hui et qui est toujours au stade de projet ?

On se demande quels sont les projets infrastructurels que Suresh Seebaluck, le retraité qui a repris du service, a annulés ou reportés. Concernent-ils des barrages, par exemple, puisque selon la nouvelle théorie économique ramgoolamienne, ce sont les autoroutes qui apportent de la croissance.