
Sydney Pierre envisage-t-il un départ du gouvernement? On en saura plus après le vote du Finance Bill…
Par Jasvin Sok Appadu
L’homme qui fait trembler la majorité sort du silence : « Je veux être le serviteur des plus faibles. » C’est sans doute la phrase qui résume le mieux l’état d’esprit de Sydney Pierre. Mais derrière cette profession de foi se cache une autre question, bien plus politique : le junior minister au Tourisme est-il en train de préparer son départ du gouvernement ?
Depuis son discours remarqué lors des débats budgétaires, le député est devenu un cas à part au sein de la majorité. Seul élu gouvernemental à s’être ouvertement opposé à la remise en cause du principe de la pension universelle, il avait créé la surprise en défiant publiquement la ligne défendue par son propre gouvernement.
Quelques jours plus tard, il était convoqué par le Premier ministre. Il revient sur cette rencontre…
Dans L’Heure de l’Invité, Sydney Pierre accorde une interview exclusive à Scoop.mu. Un entretien où il ne retire pas un mot de ce qu’il a dit… bien au contraire.
« Je suis contre l’abolition de la pension universelle »
Alors que le gouvernement tente depuis plusieurs semaines de convaincre que le retrait du Means Test a permis de calmer la contestation, Sydney Pierre rappelle que, pour lui, le véritable débat c’est la méthodologie.
Sa conviction reste inchangée. « Je suis contre l’abolition de la pension universelle. Je suis pour qu’on donne la pension, même si la personne détient un million. On peut trouver l’argent dans les taxes. »
Autrement dit, même un Finance Bill qui supprimerait définitivement le Means Test ne répondrait pas forcément à ses préoccupations. Pour lui, le problème est ailleurs.
Surtout, il estime qu’aujourd’hui encore, « il y a une grande confusion dans la tête de nos aînés ».
Le gouvernement, dit-il, a désormais le devoir de mettre fin à cette confusion pour apaiser les tensions. « Un gouvernement ne peut pas gouverner dans de telles conditions. »
Son avenir au gouvernement suspendu au Finance Bill ?
L’un des moments les plus marquants de cette interview intervient lorsque Sydney Pierre laisse entendre que le contenu du prochain Finance Bill pourrait déterminer la suite de son parcours au sein du gouvernement.
Pour la première fois, il révèle également qu’il s’est demandé s’il ne devait pas tout simplement arrêter la politique. Mais une autre phrase intrigue davantage. « Mo pou fer seki mo destine apel mwa pou fer. »
Une déclaration lourde de sens. D’autant plus que le junior minister rappelle qu’il est entré en politique avec une mission précise : défendre ceux qui n’ont pas de voix. « Appelez-moi le serviteur des plus faibles. »
Il lance un avertissement qui résonne comme une ligne rouge. Tant qu’il siègera au gouvernement, il respectera le décorum et la solidarité gouvernementale. Mais le jour où il estimera ne plus pouvoir défendre ses convictions, il partira. Pas pour défendre ses intérêts personnels, insiste-t-il, mais pour porter « la voix du peuple, surtout celle des plus vulnérables ».
Une fracture qui dépasse largement la pension
L’entretien montre également que le malaise de Sydney Pierre ne se limite pas au dossier de la pension.
Il revient sur les critiques qu’il avait formulées contre certaines dispositions de la Banking Act, les pouvoirs confiés à la Financial Crimes Commission, la pression fiscale ressentie par les Mauriciens, mais aussi sur la place grandissante des technocrates dans les décisions gouvernementales.
Il réaffirme une phrase qui avait déjà fait beaucoup parler après son discours budgétaire : « Oui, nous avons des advisors, mais nous sommes les élus du peuple. Il faudrait nous écouter. »
Le MSM ? « Je suis entré en politique pour le combattre »
Si Sydney Pierre maintient ses critiques envers certaines orientations du gouvernement sur le dossier de la pension, il refuse toutefois que son combat soit récupéré politiquement.
Il accuse certains membres du Mouvement socialiste militant (MSM) de tenter d’exploiter la polémique autour de la pension. Sa réponse est catégorique.
Il rappelle qu’il est entré en politique pour combattre le MSM et affirme qu’il ne sera jamais là où se trouve ce parti. Une précision importante, alors que les spéculations vont bon train depuis plusieurs semaines.
Candidat en 2029 oui, mais sous quelle bannière ?
L’autre séquence qui fera sans doute beaucoup réagir concerne son avenir politique. Sera-t-il candidat aux prochaines élections générales ? Sa réponse est immédiate. « Oui. »
Mais lorsqu’on lui demande sous quelle bannière, Sydney Pierre répond sans détour : « Pour l’instant, je suis dans un parti… mais on ne sait pas ce qui va arriver demain. » Une phrase qui, à elle seule, risque d’alimenter toutes les spéculations.
Richard Duval également visé
Le junior minister ne ménage pas non plus son propre ministère. Au fil de l’entretien, il adresse une pique a peine voilé à l’égard du ministre du Tourisme, Richard Duval, et revient sur sa vision du secteur touristique. Là encore, le ton est direct. Sans détour. Sans langue de bois.
Une interview qui pourrait laisser des traces
Après un discours budgétaire qui a provoqué une onde de choc au sein de la majorité, une convocation chez le Premier ministre et plusieurs semaines de silence, Sydney Pierre choisit aujourd’hui de parler.
Ses déclarations risquent de nourrir davantage les interrogations sur son avenir politique. Convictions, pension universelle, fonctionnement du gouvernement, technocrates, fiscalité, tourisme, foi, avenir politique…
Pendant plus d’une heure, Sydney Pierre se livre comme rarement. Une interview franche, cash et sans filtre, qui pourrait provoquer de nouvelles secousses dans la majorité dans les jours à venir.
🎥 À suivre L’HEURE DE L’INVITÉ sur Scoop.mu. Un entretien à ne surtout pas manquer demain, dimanche 19 juillet, à 17 heures.