Le Premier ministre ne veut pas communiquer sur l’affaire des valises, qui a valu à Kobita Jugnauth une visite à la FCC.


Par Narain Jasodanand

No retreat no surrender, vraiment ?

Navin Ramgoolam (et Ashok Subron) n’a pas arrêté de répéter qu’il a supprimé le Means Test de la réforme de la pension après les protestations de la population. Ce qui n’a pas empêché le même Ramgoolam de faire le fanfaron mardi dernier au Parlement : « There will be no change from what I have said. And that is it! » En fait, le Premier ministre a bel et bien reculé, par rapport à 2025, sur la mesure principale de la réforme, qui coûtera Rs 6,2 milliards au Trésor. Et a bien accepté de payer la pension aux 60-65 ans, certes, avec des déductions.

Une gazette à Rs 9,7 millions

La Government Gazette sera enfin en ligne… en septembre 2027. Car le projet prendra 15 mois à mettre en œuvre. Plutôt long ! Le contrat a été alloué à nVisionIT Ltd, le 25 mai 2026. Navin Ramgoolam l’a annoncé mardi à l’Assemblée nationale. Mais il n’a pas précisé s’il y avait eu appel d’offres pour ce contrat à Rs 9,7 millions, qui inclut la maintenance pendant cinq ans. nVisionIT, qui est aussi active dans la construction, a comme directeurs Varuna Devi Bangaleea, de Triolet, et un Sud-Africain, Graham Van Zilj. L’unique actionnaire est The Corporation Limited. Qui est derrière The Corporation Limited ? Impossible de le savoir…

The Invisible Men

Répondant mardi à la question du backbencher Roshan Jhummun concernant les valises du couple Pravind et Kobita Jugnauth, Navin Ramgoolam s’est montré moins bavard que d’habitude. Selon lui, l’affaire est trop sensible pour en communiquer les détails à la population. Cela, alors que la même population se pose des questions au sujet de cette affaire qui traîne en longueur. On se rappelle de la visite de Kobita Jugnauth, le 3 septembre 2025, et surtout de sa sortie, assez rapide, des locaux de la Financial Crimes Commission (FCC). Ramgoolam a, dans la foulée, fait comprendre que les limiers de la FCC ne sont pas à la hauteur pour enquêter sur cette affaire et qu’il a dû faire appel à des experts de Scotland Yard pour les aider. Les enquêteurs apprécieront.

Toutefois, selon nos informations, aucun Britannique de Scotland Yard n’enquête, à moins qu’ils soient tellement discrets que personne ne le sait ! Comme dans l’affaire Kistnen ! Ce qui est sûr, c’est que les Mauriciens commencent à se demander s’il n’y a pas d’entente entre Pravind Jugnauth et Navin Ramgoolam. Ou de menaces de révélations dans, notamment, l’affaire des billets de dollars neufs de 2015 ?

M4 : après moi le déluge

Toujours mardi dernier à l’Assemblée, le ministre Ajay Gunness se vantait du maintien du projet d’autoroute M4 à Rs 10 milliards, dans l’Est, quand il a été coupé net dans son enthousiasme par Joanna Bérenger. Celle-ci lui a redemandé si un certificat d’Environmental Impact Assessment (EIA) mis à jour sera recherché. Le ministre, perdu, n’a su quoi dire et a répété sa réponse vague, pour ne pas avoir à avouer si le certificat sera requis ou pas : « We are taking all necessary steps to do what needs to be done before the road is constructed. » Le ministre maîtrise déjà l’art de ne jamais se mouiller. Les riverains, eux, risquent de subir inondations, sècheresse et autres pollutions avec cette autoroute.

Drill baby, drill!

La deuxième réponse de Patrick Assirvaden concernant le stress hydrique, cette fois à Anabelle Savabaddy, diffère de la première, faite un peu plus tôt à Joanna Bérenger, mardi à l’Assemblée nationale. Pour le ministre, les sècheresses sont maintenant causées par le phénomène El Niño, qui est, rappelons-le, différent du changement climatique. Parmi les solutions proposées, il n’est plus question de dessalement ! Mais de boreholes (forages) que « avons drill », et aussi de pompage d’eau de rivière. Pourtant, le ministre avait lui-même admis que ces sources sont à sec. Même si Assirvaden n’a pas cité le mot « dessalement » dans sa réponse à Savabaddy, on sentait de la désalinisation dans l’air.

Un bon et un mauvais point pour Ramgoolam

Pour une fois, Navin Ramgoolam ne devrait pas faire l’objet de critiques et de moqueries pour ce qu’il a déclaré le 12 juillet au Centre Nelson Mandela. Pour rappel, il avait fait, avec raison, une sortie en règle contre les enseignes Kentucky Fried Chicken (KFC) et Mc Donald ainsi que Coca-Cola. Etant médecin, il doit savoir le tort causé à notre organisme par la consommation de ces produits. Il a félicité Franceau Grandcourt pour avoir interdit l’installation de KFC à Rodrigues.

Ce que l’on peut regretter, cependant, c’est que Ramgoolam ait rendu hommage au courage de Grandcourt sans se rendre compte que ce courage lui a manqué, ainsi qu’à d’autres dirigeants de Maurice. On se rappelle d’ailleurs que c’est lui qui avait inauguré, le 27 février 2026, une nouvelle ligne de production de boissons gazeuses chez Coca-Cola, à Phoenix. C’est ce qu’on appelle en anglais paying lip service, n’est-ce pas Navin Ramgoolam ?