Joanna Bérenger questionne et Patrick Assirvaden défend ses projets de dessalement.

Par Narain Jasodanand

« Comment expliquez-vous l’assèchement de Mare-aux-Vacoas », a demandé Joanna Bérenger à Patrick Assirvaden, hier, au Parlement. Réponse : « Nous n’avons pas d’autres raisons à dire que la pluie ne tombe pas dans cette région. Le problème c’est que les autres réservoirs du pays ont un niveau acceptable. » Puis : « À Mare-aux-Vacoas, il pleut bien moins. Les canaux et rivières qui emmènent de l’eau à Mare-aux-Vacoas sont plus ou moins à sec. »

Si l’on comprend bien le ministre des Services publics, puisque les autres réservoirs ont un niveau d’eau acceptable, la conclusion inévitable est qu’il ne pleut pas assez dans la région de Mare-aux-Vacoas !

Plus sérieusement, le ministre a-t-il des données précises de la Water Resources Unit, de la station de météo ou d’ailleurs pour appuyer sa supposition qu’il pleut moins à Mare-aux-Vacoas ?

Lorsqu’il s’y était déplacé le 20 avril 2026, Assirvaden avait affirmé qu’« en raison du changement climatique… l’on n’a pas eu pareille sécheresse dans tout le pays depuis 122 ans ». Pourquoi alors Mare-aux-Vacoas a-t-il été le plus affecté ? Il ne l’a pas dit.

Réchauffement microclimatique

Ce serait pour cela que Shiam Thannoo, le directeur de la CWA, a rectifié dans Le Défi Plus, le 16 juin, en parlant de microclimat : « La pluie est présente dans une région et pas dans d’autres. » On a eu un changement microclimatique ?

Selon Statistics Mauritius, entre 1998 et 2024, la pluviométrie est restée presque au même niveau. Si Assirvaden parle d’un déficit pluviométrique, il ne dit pas s’il est ponctuel, comme en 2012, ou si, désormais, il ne pleuvra plus comme avant.

Lors de sa visite à Mare-aux-Vacoas, Patrick Assirvaden avait saisi l’occasion ‒ trop bonne, devant le réservoir asséché ‒ pour vanter ses projets de dessalement. « Je suis personnellement pour le dessalement. Sinon, on deviendra tributaire de la pluie. »

Il a réaffirmé cette volonté, hier, 14 juillet, au Parlement, en réponse à une question de Joanna Bérenger, qui voulait savoir si une étude comparative de faisabilité avait été réalisée pour le dessalement de l’eau de mer et la réparation des fuites d’eau sur notre réseau de distribution.

Il faut savoir qu’il n’existe pas, en réalité, 60 % de fuites d’eau. Il s’agit de 60 % de Non-Revenue Water (NRW), ou eau non génératrice de revenus. Cette catégorie englobe non seulement les fuites, mais aussi, entre autres, les consommations non facturées, les fraudes et surtout les défaillances des compteurs d’eau de gros calibre (bulk water meters).

Rs 37,5 milliards de tuyaux !

Assirvaden a assuré qu’il y aura étude comparative. Mais pour soutenir d’emblée son projet fou de dessalement, il s’est montré respectueux de l’environnement en annonçant que les stations de dessalement utiliseront de l’énergie solaire.

Toujours pour défendre le dessalement, il a avancé la somme mirifique de Rs 37,5 milliards pour le remplacement de 1 500 km de canalisations (tuyaux). Rien que pour les prochains mois, Rs 3 milliards, qui ont été empruntées à l’Inde, seront dépensées pour le remplacement des canalisations.

Le ministre n’a pas donné le coût des projets de dessalement dont les appels d’offres ont déjà été lancés.

Enfin, pour faire plaisir à tous, Patrick Assirvaden a annoncé qu’il y aura dessalement mais aussi changement de canalisations. Ben oui, ce serait trop bête de dépenser des milliards pour les stations de dessalement pour que l’eau produite se perde dans les fuites.

Dans un post ce matin, Babita Thannoo se demande : « Why another loan from AFD for desalination when public debt almost erases GDP? » Tout en appelant à rendre toutes nos sources d’eau publiques. Bonne question !