
Venezis Real Estate, un champ de ruines, à Calodyne, où Satish et Josiane Chundramun pensaient pouvoir trouver leur bonheur.
Par Doris Félix
Rs 5,9 millions. Cinq ans. Zéro villa. Il y a en tout 23 familles victimes des jumeaux Amit Chetan et Avin Chetraj Purmanund. L’une d’elle raconte son cauchemar.
Satish et Josiane Chundramun, tout juste retraités, ont tout quitté en Australie pour rentrer à Maurice. En 2021, c’était le containeur, la voiture, le chien et une seule promesse, sous le nom de Venezis Real Estate : une villa à Rs 5 900 000, livrable le 15 juin 2022. Le 16 juin 2022, ils débarquent. Et là, le choc : pas de villa, juste du béton. Trois travailleurs africains, illégaux, pas payés. Leur containeur ? Retrouvé chez le cousin du promoteur Amit Chetan Purmanund. Eux ? Sans eau. Sans courant. Trois mois d’enfer. Brisés, ils fuient le cauchemar par force, retournent en Australie avec leur containeur et le reste, en accumulant d’énormes dépenses qu’ils n’avaient jamais prévues.
Mais ils ne sont pas les seuls. Plus de 23 clients arnaqués, pour une valeur de plus de centaines de millions, portent la même blessure. Même arnaque. Même silence.
Un avocat serait même victime de cette escroquerie alors qu’il aurait, a un moment donné, joué le rôle d’homme de loi pour le promoteur.
Les papiers, eux, parlent aussi. L’étude du notaire Kavy Ramano, à l’époque où il était ministre, a monté le dossier. Et c’est le notaire Dharmaveersing (Soudesh) Roopun qui a signé pour Ramano, puisque celui-ci, de par ses fonctions, ne le pouvait pas.
Champ de ruines
Aujourd’hui, en 2026, le projet n’est plus qu’un champ de ruines, couvert d’arbres et de broussailles, pillé par les voleurs, de fond en comble. Des placards aux accessoires de salle de bain, la climatisation, les portes, les fenêtres : il ne reste plus rien.
Depuis, c’est un tourbillon. Police : Goodlands, Grand-Baie, Grand-Gaube, puis de nouveau Goodlands. Avocats : trois mises en demeure, avec comme seule réponse de Purmanund : « Je ne vais pas comply. » La Financial Crimes Commission (FCC) saisie en 2024, silence jusqu’en 2026. Financial Intelligence Unit : alertée, mais « on n’investigue pas sur la personne ». Rien. Parlement : une Private Notice Question de Franco Quirin, à laquelle l’Attorney General répond qu’il y a « d’autres priorités ». En cour : le suspect absent le 11 novembre 2024, prochaine date fixée au 2 juillet 2026.
Le 4 avril 2026, Amit Chetan est arrêté par la FCC pour money laundering. Il comparaît devant la Bail and Remand Court, où la FCC conteste sa demande de remise en liberté conditionnelle. Il sera libéré le 7 avril, moyennant deux cautions de Rs 75 000 chacune, par le tribunal de Rivière-du-Rempart.
Le bilan est simple et lourd : Rs 5, 9 millions volées à la famille Chundramun. Des centaines de millions envolées pour plus de 23 familles. Un avocat parmi les victimes. Un ex-ministre et un notaire à la manœuvre. Un chantier pillé. Des vies brisées. Et l’État qui regarde.
Ou comment, à Maurice, le rêve peut devenir un cauchemar.