Raoul Gufflet demeure à la SBM Holdings en dépit du changement de gouvernement et malgré de graves allégations faites contre lui.

Par Narain Jasodanand

Des questions se posent quant à la façon avec laquelle la State Bank of Mauritius (SBM) enquête et sanctionne ceux qui auraient été impliqués dans les pertes et autres transactions louches sous le MSM. Douze employés viennent d’être suspendus rien que pour l’affaire Reward Money. Un autre a déjà été licencié, mais il compte faire appel de cette décision.

L’enquête dans l’affaire Reward Money n’a jusqu’à présent démontré ni de faveurs obtenues par ces employés ni de détournement. S’il y a eu détournement, il aurait été le fait de certains hauts-gradés de la police. Dont au moins un continue à travailler aux Casernes centrales… Les enquêteurs de la Financial Crimes Commission (FCC) ont la difficile tâche de déterminer, entre autres choses, qui a ou ont autorisé ces paiements de primes policières.

À la SBM, il semble que l’on ne se pose pas cette question. Même quand la réponse est flagrante. Ainsi, lors de l’enquête interne, le comité disciplinaire a demandé à un auditeur pourquoi il n’avait pas enquêté sur un contrat accordé à Grant Thornton comme consultant de l’équipe de recouvrement des créances (« Credit Recovery Team ») alors que Grant Thornton était dirigée par Sattar Hajee Abdoula, le président de la SBM Holdings, l’actionnaire principal de la SBM.

En réponse, l’auditeur a expliqué que Sanjaye Rawoteea et Raoul Gufflet, Acting Chief Executive Officer (CEO) de la SBM et CEO de SBM Holdings respectivement, lui avaient ordonné de ne pas examiner le dossier Grant Thornton. Le comité disciplinaire a conclu que cette charge ne pouvait être retenue contre l’auditeur vu « l’hostilité manifestée par MM. Rawoteea et Gufflet » à la démarche.

Le comité disciplinaire a rejeté une autre accusation contre l’auditeur quand celui-ci a démontré que c’est Premchand Mungar, ex-CEO de la SBM, qui en était responsable. Il s’agissait d’une avance de plusieurs centaines millions de roupies consentie à un client, maintenant incapable de rembourser.

Une seule charge a subsisté contre l’auditeur, qui a conduit à son licenciement. Il aurait été démontré qu’il s’était fié à l’assurance verbale fournie par le Money Laundering Reporting Officer (MLRO) dans l’affaire de Reward Money.

Convoquée d’urgence

Concernant l’affaire du contrat accordé à Grant Thornton, une autre auditrice a non seulement confirmé les dires de son collègue auditeur mais a donné des détails sur un incident à ce propos. Selon elle, lorsqu’elle avait demandé les documents relatifs à ce contrat pour une vérification de routine, elle a été convoquée d’urgence au bureau de Sanjaye Rawoteea, où se trouvaient également Raoul Gufflet et l’auditeur Neelesh Sawoky.

Et là, dit-elle, Rawoteea et Gufflet lui ont demandé, avec colère, pourquoi elle cherchait à obtenir des informations concernant Grant Thornton. Avant qu’elle ne reçoive l’ordre de ne pas poursuivre ses vérifications sur ce dossier. Ordre verbal.

Cependant, les enquêtes se sont arrêtées là. Personne n’a jugé bon de demander à Raoul Gufflet pourquoi il avait donné de telles consignes verbales aux deux auditeurs. À noter que Premchand Mungar a déjà été licencié et Sanjaye Rawoteea a démissionné.

La question que se posent des employés de la SBM : pourquoi les allégations contre Raoul Gufflet n’ont-elles pas fait l’objet d’une investigation approfondie ? « L’affaire de Reward Money, nous dit un haut-cadre, a déjà profondément ébranlé la confiance dans les mécanismes de contrôle de la banque. Cette confiance des employés et des clients ne sera restaurée que lorsque toutes les personnes impliquées seront soumises à la même recherche de la vérité et sanctionnées, éventuellement. D’autant que presque tous ces employés suspendus auraient reçu des autorisations verbales des hauts-placés. »

Le board de la SBM a-t-il peur de Raoul Gufflet ? Il se chuchote que ce dernier aurait été recruté comme CEO de SBM Holdings grâce au même Sattar Hajee Abdoula.