
La démission de Désiré Vencatachellum aidera-t-elle ou mettra-t-elle en danger le classement de notre juridiction ?
Par Prak Nee
Les démissions de hauts cadres dans des institutions régulatrices ou des entreprises d’État continuent sous le gouvernement dit de changement. Après la Banque centrale, Air Mauritius, le service pénitentiaire et la CWA, entre autres, c’est au tour de la Financial Services Commission (FSC), la régulatrice des services financiers non-bancaires, de perdre son Chief Executive Officer (CEO) à peine un an après sa nomination. Si toutes ces démissions n’ont pas les mêmes causes, il est clair que nos institutions traversent une crise de gestion que le gouvernement n’arrive pas à maîtriser.
Le départ du CEO de la FSC, Désiré Vencatachellum, neuf mois après sa nomination, est troublant à plus d’un titre. Officiellement, il est attribué à des « raisons personnelles », mais on savait depuis quelque temps que tout n’allait pas bien à la FSC. En janvier 2026, le syndicat de la FSC évoquait des problèmes d’organisation interne. C’était une opportunité pour le ministère de tutelle (le ministère des Services financiers dirigé par Jyoti Jeetun) de crever l’abcès et faire les réformes organisationnelles nécessaires. Qu’est-ce qui a été fait depuis ? La ministre aime tenir de grands discours sur la gouvernance, mais dans la réalité, les dysfonctionnements institutionnels continuent chez elle-même !
La démission de Désiré Vencatachellum intervient à quelques mois d’une évaluation de la performance du pays par l’Eastern and Southern Africa Anti-Money Laundering Group (ESSAMLG) au chapitre AML/CFT (Anti-Money Laundering and Combatting the Financing of Terrorism) sous la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act (FIAMLA) et autres lois connexes. C’est un développement qui retiendra l’attention des évaluateurs. Maurice a sans doute un dispositif légal impressionnant pour combattre le blanchiment d’argent, mais la conformité avec la loi reste au-dessous des normes. Les nombreuses enquêtes de la Financial Crimes Commission (FCC) sur des cas allégués de blanchiment n’ont pas abouti à des inculpations formelles à ce jour.
Liste grise
Pendant deux ans, sous le régime MSM, Maurice était sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en raison des déficiences stratégiques dans son arsenal AML/CFT. Il a fallu un toilettage conséquent du dispositif légal pour la faire sortir de cette liste. Depuis, de nombreux scandales financiers ont été révélés (investissements douteux de la Mauritius Investment Corporation, faillite de Silver Bank, reward money de la police, Rs 25 milliards de prêts toxiques rayés par les banques d’État et surtout investissement de Rs 7 milliards par un magnat malgache dans le centre offshore) avec des soupçons de corruption ou de blanchiment d’argent.
La FSC est-elle prête pour une évaluation rigoureuse de ses actions sur fond d’une crise de gestion ? Comment un nouveau CEO renversera-t-il la vapeur en quelques mois ? Le prochain CEO sera-t-il à la hauteur de ses responsabilités ou sera-t-il un autre nominé politique sans aucune garantie d’indépendance professionnelle ?
La démission de Désiré Vencatachellum envoie un mauvais signal au GAFI. Maurice risque d’être placé à nouveau sur sa liste grise.