
Le départ de Désiré Vencatachellum de la Financial Services Commission est entouré de mystère.
Par Narain Jasodanand
Officiellement, Désiré Vencatachellum a démissionné du poste de Chief Executive Officer (CEO) de la Financial Services Commission (FSC) pour raisons familiales. Cependant, plusieurs pensent que ce dernier a été forcé à soumettre sa démission. Pourquoi ?
Certains employés veulent croire que le board de la FSC a tranché en leur faveur à la suite des conflits opposant Vencatachellum à plusieurs employés ainsi qu’au syndicat.
D’autres se plaisent à penser que l’ex-CEO n’était pas à la hauteur de ses responsabilités. Ou alors qu’il tardait trop à prendre des décisions. D’autres encore se disent que c’est parce qu’il obéissait trop aux ordres du Gang des Cinq. On nous cite le cas d’une Management Company (MC) qui, face à la lenteur de la FSC et de son CEO, a dû recourir à la justice. Une démarche inouïe.
Ou, au contraire, d’autres pensent qu’il désobéissait au Gang des Cinq et aux ministres et agissait trop en toute indépendance. On parle à ce propos du dossier d’une MC appartenant à un proche d’un junior minister et pour lequel il n’a pas voulu céder aux pressions d’une ministre pour rencontrer le directeur de cette compagnie. C’est à ce sujet que la ministre avait été réprimandée à l’époque par l’ex-Deputy Prime Minister Paul Bérenger.
Justement, certains n’hésitent pas à parler de la proximité de Vencatachellum avec… Paul Bérenger. Et qui aurait causé son malheur.
Pro ou anti-MSM ?
Est évoquée aussi l’affaire de CV trafiqué d’un haut-cadre de la FSC : Désiré Vencatachellum n’aurait pas voulu lancer une enquête et encore moins sanctionner ce haut-cadre. Cela, alors que le dossier a déjà atterri à la Financial Crimes Commission (FCC).
Certains nous font savoir que l’ex-CEO a été puni pour n’avoir pas sévi contre une employée en particulier, l’ex d’un ex-ministre. Mais il aurait, au contraire, entretenu des relations jugées trop étroites avec cette dernière.
Serait aussi reproché à Vencatachellum d’avoir permis que deux ex-ministres MSM rachètent les parts d’une MC alors qu’au moins un de ces ex-ministres allait être inquiété par la FCC, même si l’enquête tardait à commencer.
Il y a aussi les voyages de l’ex-CEO qui sont sans commune mesure avec ceux de Lovania Pertab, directrice de la Financial Intelligence Unit (FIU), qui a dû subir l’humiliation d’une question parlementaire, plantée, dit-on : Rs 10 millions rien que pour les per diem pour Vencatachellum et Rs 1,5 million en tout pour la directrice de la FIU. On se souvient comment Jyoti Jeetun avait pris un malin plaisir pour en donner les détails.
Il y aurait d’autres reproches faits à Désiré Vencatachellum, eux aussi tout aussi contradictoires les uns que les autres : trop aux ordres ou trop indépendant.
Anti-ou pro-Afrique ?
En fait, l’ordre serait venu d’ailleurs, à l’international. La FSC sous Vencatachellum aurait menacé de révoquer la licence de RascomStar-QAF, une organisation interafricaine ayant comme mandat de développer et d’exploiter une infrastructure stratégique de télécommunications par satellite pour le continent africain.
Le directeur régional de Rascom, Timothy Adi Ashong, a même adressé une lettre de protestation au Premier ministre, Navin Ramgoolam, le 30 avril dernier. Il écrit notamment que « it is inconceivable that a regulator operating within a Member State of the African Union would pursue a course that has the potential to operate in direct contradiction with the interests of a continental institution created by African States themselves ».
Il semble que cette affaire ait même été évoquée avec Navin Ramgoolam lors de son récent déplacement au Kenya. Et comme on le sait, notre Premier ministre, qui veut passer pour un « Africain » et qui compte plusieurs amis personnels parmi les dirigeants du continent, aurait prêté une oreille attentive à ces doléances. Et agi en conséquence. Et puis, on n’a pas voulu d’une deuxième affaire Afrinic, de triste mémoire.
Mais pourquoi Désiré Vencatachellum aurait-il agi de la sorte avec Rascom, qui pourtant n’est pas une Global Business Company comme les autres ‒ elle n’est pas à but lucratif et est une organisation intergouvernementale ? A-t-il agi avec légèreté et négligence ou au contraire avec professionnalisme, même si l’affaire concernait une telle organisation ? A-t-il subi des pressions ? Si oui, de qui ?
Seule une enquête nous renseignera. Ou, pourquoi pas, une question parlementaire ?