
XLD, le retour !
Par Narain Jasodanand
La situation catastrophique dans laquelle se trouve le pays a motivé la conférence de presse du Parti mauricien social-démocrate (PMSD) ce samedi 30 mai, et le retour de Xavier-Luc Duval (XLD) sur la scène politique après 18 mois d’absence. Il a abordé, en préliminaire, la lenteur dans les nominations mais aussi la rapidité dans les démissions : deux en une semaine, celles de Maneswar Peetumber de la CWA et de Désiré Vencatachellum de la Financial Services Commission.
C’est le prochain budget qui a surtout retenu son attention. Il est d’accord avec « un parti politique », qu’il n’a pas cité (NdlR, Fron Militan Progresis des Bérenger), quand celui-ci a parlé de marge de manœuvre beaucoup plus grande pour le gouvernement. « Quand vous avez enlevé les allocations sociales et prévu la collecte de Rs 30 milliards additionnelles comme taxes, bien sûr que vous aurez davantage de marge de manœuvre. » Tout en rappelant que ces décisions drastiques avaient été prises par le Parti travailliste et l’ancien Mouvement militant mauricien (MMM), c.-à-d. avec les Bérenger.
À propos de la taxation qui a été augmentée dans le dernier budget, XLD dénonce l’une des mesures qui serait pour lui la plus choquante : celle d’imposer la TVA aux entreprises réalisant un chiffre d’affaires (CA) annuel de Rs 3 millions annuellement (auparavant Rs 6 millions). « C’est un frein à l’expansion économique, c’est inflationniste et terriblement injuste. » Il a cité comme exemple un petit restaurant avec un CA de Rs 250 000 par mois qui devra payer Rs 450 000 de TVA par an. « Et c’est sans compter le frais de comptable qu’il devra encourir. » Il demande que le seuil soit relevé non à Rs 6 millions mais à Rs 9 millions par an.
« Mo sagrin lapolis »
XLD a ensuite parlé de la situation du Law and Order dans le pays. Pour lui, la force policière est « désarmée » ‒ c’est le cas de le dire ‒ devant la recrudescence des vols, viols, meurtres et autres pollutions sonores. « Le pays devient invivable… Nos policiers n’ont que leurs habits pour se défendre et nous défendre. » Il demande qu’ils soient dotés de matraques, de gaz lacrymogène, de menottes, de radios et de caméras-piétons, voire même de Tasers. « Je ne recommande pas la violence policière. D’ailleurs la body camera est là pour surveiller les actions. » Sinon, prévient-il, on deviendra comme le Brésil ou la Colombie. « Mo sagrin lapolis kan mo trouve kouma vagabon fout de zot. » Tout en regrettant que le syndicat de la police ne fasse pas ces requêtes.
Importation parallèle oui, mais pas pour les médicaments
Concernant le pouvoir d’achat, XLD dénonce les monopoles et souhaite l’importation parallèle. Mais pas pour les médicaments, qu’il juge dangereux vu le risque de contrefaçon. « Au lieu de cela, le ministre Sik Yuen offre Rs 2 milliards aux commerçants. Alors que l’on aurait pu utiliser ces 2 milliards pour maintenir le paiement de la pension aux 60-65 ans. »
XLD se demande comment un pays qui récolte Rs 190 milliards en taxes peut offrir d’aussi mauvais services de santé, d’éducation et de police. L’occasion pour lui d’en venir aux gaspillages. Et là, on peut dire qu’il ne passe pas par quatre chemins. Il estime qu’un tiers du budget du gouvernement et des corps paraétatiques est gaspillé. Pour démontrer l’inefficience, il cite un inspecteur de la Tourism Authority qui exige la présence d’un annuaire téléphonique dans les chambres d’hôtel.
Meter readers en bagnole
Le leader des Bleus soulève ensuite le problème des releveurs de compteurs de la CWA, suivis de ceux du CEB, qui se rendent chaque mois dans quelque 400 000 foyers, en voiture. « Ces deux départements tombent pourtant sous le même ministère ! C’est ce ministre, qui hésite à investir dans des smart meters, qui vous a imposé 15 % d’augmentation. On aurait plutôt pu utiliser les meter readers pour détecter les fuites. »
Autre mesure antigaspi proposée : l’abolition du poste de Junior Minister, dont les occupants passent leur temps à se chamailler pour partir en mission et de celui de vice-président de la République avec ses 15 gardes du corps, ses motards et ses voyages. « D’ailleurs, le président aurait dû lui-même réduire ses voyages. »
Il reproche aussi aux ministres, y compris le Premier ministre et le Deputy Prime Minister, leurs voyages en première classe. « Regardez combien choisissent Emirates parce qu’il n’y a plus de première classe chez Air Mauritius. » Il est temps, ajoute-t-il, de supprimer les grosses berlines utilisées par les ministres, surtout en ces temps difficiles.
Dix ans après, dit-il, toutes les fonctionnalités du système Safe City, qui a coûté des milliards, ne sont pas utilisées.
Après la réforme des retraites, a encore déclaré Duval, le peuple n’acceptera pas une augmentation de la TVA. À propos de la hausse du Repo Rate qui aurait été décidée pour juguler l’inflation, XLD est d’avis que cela ne marchera pas car l’inflation est importée. « Si on voulait réduire l’argent en circulation, il fallait juste émettre des bons du Trésor. »
XLD esquive
À l’heure des questions, Xavier Duval n’a pas voulu se prononcer sur les réelles motivations derrière l’augmentation du taux directeur. Et les énormes emprunts de Rs 20 milliards contractés par Navin Ramgoolam auprès de l’Inde, ne vont-ils pas aggraver notre dette ? Tout comme le PM, XLD répond que cela générera des activités économiques. Pour qui ? Duval dit ne pas connaître les détails de ces emprunts…
Sur le plan politique et des alliances, le leader du PMSD n’a pas voulu dire si son parti rejoindra le gouvernement ou pas, surtout après le départ de Paul Bérenger, se contentant de lancer « J’entends dire que c’est Paul Bérenger qui reviendra au gouvernement. » Il rappelle les insultes de Paul Bérenger contre l’opposition et contre Adrien Duval en particulier. « Maintenant, il vient défendre Adrien. »
Au sujet de la mise en receivership d’Evaco, XLD ne veut commenter. Sauf pour reconnaître que c’est peut-être le signe d’un plafonnement dans le secteur immobilier. « Il y a une limite dans ce genre d’activités. Il ne faut pas mettre tous les œufs dans le même panier. D’ailleurs, je constate une baisse des investissements étrangers dans ce secteur, sans doute causée en partie par le problème de sécurité dans le pays. »
Et les Rs 83 milliards dont parle Renganaden Padayachy ? « Je pense qu’il s’est trompé. Li’nn rouye enn tigit. » L’idée de créer un collège électoral pour élire un président de la République avec des pouvoirs ? « C’est une idée de Paul Bérenger. »
Missie Moustass est toujours là
Sur sa décision de quitter l’Alliance du Changement en 2024 : « On ne peut pas travailler avec Paul Bérenger. La preuve, regardez ce qui vient de se passer. »
Pour lui, Missie Moustass a caché beaucoup d’autres conversations, comme celles de Navin Ramgoolam et Paul Bérenger, qui n’utilise pas WhatsApp. Il est d’avis aussi que le système d’écoute n’a pas été démantelé. Et qu’on l’utilise toujours après des ordres de la cour. Mais il n’est pas supervisé, donc, il pourrait y avoir des abus.
Concernant le deal Chagos, XLD pense que Ramgoolam et Bérenger ont tenté de le refaire pour un gain politique mais ont tout perdu.
Son opinion sur Joe Lesjongard ? « Il fait ce qu’il peut, étant seul. Et il ne recherche la collaboration de personne. » Et que pense-t-il de Chetan Baboolall comme éventuel leader de l’opposition ? « Ce n’est pas bien ce qu’a fait Bérenger. Il lui avait promis ce poste pour après changer d’avis. »
Et sur les quinze du MMM ? Après avoir réfléchi longuement : « Je ne peux les blâmer car ils sont d’accord avec moi que l’on ne peut pas travailler avec Paul Bérenger. »