Un arpent de plage supplémentaire pour un million de Mauriciens…

Par Narain Jasodanand

Des posts sur les réseaux sociaux, des déclarations, des photos, des vidéos du ministre Shakeel Mohamed répercutant la décision du Conseil des ministres du 29 mai de reproclamer une partie de la plage de Balaclava comme domaine public. Taille de cette plage ? Un arpent.

En revanche, en qui concerne des 19 arpents de Bel-Ombre, l’État ne les a pas encore repris à Kuros et leur avenir reste à clarifier. Il y a aussi les quatre arpents de Riambel du projet de Kwavungu Company Ltd, un bail accordé en 2007 pour un projet hôtelier qui a ensuite évolué vers un projet comprenant des villas sur des terres de l’État.

Que va décider le ministre Mohamed pour ces deux terrains ? Va-t-il enfin entendre ceux qui lui demandent de mettre de l’ordre sur un littoral devenu un espace de spéculation foncière et d’occupation privative croissante, où les Mauriciens se sentent de plus en plus à l’étroit et où les conflits augmentent ?

Un arpent, c’est tout ?

Comme le rappelle Carina Gounden au ministre du Logement et des terres, « la décision de reproclamer une partie de la plage de Balaclava n’est ni une faveur, ni un point d’arrivée. Nous la considérons comme un début vers une réflexion plus large sur la gestion de notre littoral comme bien commun, sur le nécessaire rééquilibrage entre intérêts privés et intérêt public, et sur la protection de ce patrimoine collectif qui appartient à tous les Mauriciens ».

Certes, le gouvernement a bien proclamé quelques portions de plages publiques au fil des années. Les 48 km de plages publiques dont se vante la Beach Authority incluent en fait des portions du littoral transformé par des enrochements ou des ouvrages côtiers. Sur le terrain, l’espace de plage réellement disponible, naturel et accessible au public, n’augmente pas forcément. Dans certains endroits, il recule même sous l’effet combiné de l’érosion et de la transformation progressive du littoral.

Quelle stratégie nationale pour le littoral ?

Carina Gounden nous rappelle que la question est surtout de savoir « quelle est la stratégie nationale pour notre littoral ? Chaque décision doit s’inscrire dans cette vision d’ensemble. Car le littoral ne peut pas être géré uniquement projet par projet. Aussi, le littoral ne peut être considéré uniquement en fonction des projets immobiliers ou hôteliers que l’on souhaiterait y implanter. Il doit être pensé comme un patrimoine commun à protéger, à valoriser, à partager et à transmettre ».

Malgré toutes ces questions, Rezistans ek Alternativ (ReA) a, dans un post non signé sur Facebook le 31 mai, trouvé le moyen de rendre hommage au ministre Shakeel Mohamed et aux activistes qui s’étaient battus pour que cette plage de Balaclava soit rendue publique. Et n’a pu s’empêcher de s’autocongratuler par la même occasion : « ReA dan gouvernman inn osi fer balans panse! » Sans commentaire !