
Le chenal aurait été creusé loin de la plage, contrairement à ce qu’avance le Conseil des ministres.Par Narain Jasodanand
Scoop.mu se demandait, le 5 mai, si le raz-de-marée qui vient de causer la perte de 100 mètres de plage à Tamarin avait pour origine non seulement le dragage de l’embouchure trop près de la plage mais aussi la construction d’un mur en roches de l’autre côté de la rivière.
Nous apprenons de Percy Yip Tong lui-même que la pelleteuse JCB apportée par le député Arvind Babajee en décembre 2025 a creusé le chenal non pas trop près de la plage, mais plus loin, exactement à l’endroit où Percy et le ministère viennent eux-mêmes de creuser.
Pour lui, c’est probablement le mur érigé sur la berge de l’autre côté de la rivière par les propriétaires des bungalows qui aurait détourné les torrents de la rivière vers la côte de Tamarin et causé le désastre.
Alors pourquoi Percy Yip Tong avait-il déclaré que le chenal creusé par le JCB de Babajee est la cause de la catastrophe ? Il nous avoue qu’il s’était fié aux paroles d’une riveraine qui avait assisté de loin aux travaux de décembre et qui s’était visiblement trompée.
Rumeurs et Cie
Et le ministère de l’Environnement, qui a même publié des communiqués relayant cette version ensuite reprise par le Conseil des ministres ? Eh bien, tout ce beau monde se serait exprimé officiellement en se basant manifestement sur des rumeurs sans effectuer d’études au préalable !
Contacté, Kishan Padaruth, un des propriétaires des bungalows qui se trouvent sur les berges de la rivière, ingénieur civil, nous affirme que le mur existe depuis… 30 ans. « Pourquoi ce mur n’a jamais causé de catastrophe avant 2026 ? » demande-t-il.
L’écologiste Carina Gounden, de l’ONG MRU 2025, ne veut tirer aucune conclusion hâtive à ce stade. Pour elle, les causes de ce déferlement de l’eau de la rivière et de la mer sont multiples. « Au-delà de la situation immédiate à Tamarin, c’est une réalité bien plus vaste qui doit être expliquée au public. Dans de nombreux endroits, nous avons construit beaucoup trop près de la mer et des rivières. »
En arrière toute !
Pour elle, ces infrastructures rigides font désormais partie du problème. « Une vision à long terme pour des régions comme Tamarin devra nécessairement inclure, de manière progressive et réfléchie, le recul, voire le retrait, de certaines infrastructures qui n’auraient jamais dû être construites aussi près d’une embouchure de rivière active et d’un littoral en constante évolution. »
C’est vrai. Le littoral mauricien continue d’être urbanisé et densifié à un rythme effréné. « C’est totalement incompatible avec ce que nous savons aujourd’hui des dynamiques côtières et des risques climatiques », analyse Carina Gounden. « Des portions de côtes qui devraient rester intactes continuent d’être construites. » Tout en nous rappelant qu’un littoral entièrement bétonné ne peut ni reculer, ni s’adapter. « Un littoral auquel on laisse de l’espace peut encore se régénérer. »
Avec la frénésie immobilière actuelle, tout comme sous l’ancien gouvernement, l’appel de Carina Gounden sera-t-il entendu ? Personne n’y croit. C’est l’appel des promoteurs immobiliers qui est constamment pris en considération.