Le Golden Visa, copie conforme du Premium Visa du MSM.


Par Narain Jasodanand

Mardi au Parlement, Navin Ramgoolam a savamment éludé la partie la plus importante de la question de Joanna Bérenger. Cette dernière voulait savoir si une étude avait été menée au préalable sur l’impact de l’octroi de Golden Visas aux riches étrangers sur la création d’emplois et sur l’économie productive de notre pays. Et lorsque la députée le lui a redemandé dans une question supplémentaire, le Premier ministre a répondu à une autre question…

Ces informations demandées par Joanna Bérenger constituent la clé de toute la question des projets immobiliers, de permis de résidence et de Golden Visas. Le fait que Navin Ramgoolam ait éludé cette question prouve qu’aucune étude n’a été entreprise dans ce sens et que si étude il y avait, elle ne démontrerait pratiquement aucun avantage pour notre économie. Sauf sur le court terme, avec l’apport de devises étrangères lors de la vente du bien immobilier et de l’investissement d’un million de dollars.

Le ministre des Finances qu’est Ramgoolam compte sur la vente de villas pour combler la balance des paiements. Il avait du reste évoqué, le 28 avril, en réponse à une précédente question de la même Joanna Bérenger, les ventes de biens immobiliers comme solution pour alimenter nos réserves en devises. Démarche tout ce qu’il y a de précaire car que fera-t-il lorsque toutes nos terres seront vendues ? Que vendra-t-il ?

Comme le MSM

En réalité, le Golden Visa s’inscrit dans la continuité d’un système d’incitation instauré sous le Mouvement socialiste militant (MSM), qui n’a pas fait ses preuves en matière de création d’emplois et de richesse pour les Mauriciens dans leur ensemble, mais uniquement pour une poignée de promoteurs immobiliers et de propriétaires terriens.

Encore une fois, Ramgoolam se fait l’agent (immobilier) du gros capital. Ces messieurs ont des villas et appartements de luxe à vendre et à louer. D’ailleurs, le PM l’a lui-même affirmé lorsqu’il tentait de convaincre Joanna Bérenger que ces riches étrangers ne s’empareront pas des terres des Mauriciens : « There is therefore, spare capacity in the high-end property rental market to accommodate these individuals without affecting housing affordability for Mauritian Citizens. » Argument fallacieux vu que ces villas et apparts sont construits sur des terrains de grande superficie.

Ces riches étrangers vont donc occuper les terres qui auraient pu servir au logement des Mauriciens et à l’agriculture et n’apporteront pas d’autres activités économiques durables et productives. C’est un modèle basé sur la rente, comme le disait Arvin Boolell. Quand il était dans l’opposition…

Le Golden Visa repose également sur la consommation de ces étrangers, qui achèteront des produits de luxe importés. Ce qui compensera ‒ et dépassera même très rapidement ‒ le million de dollars qu’ils auront éventuellement investi.

Facilité de paiement

Autre particularité du Golden Visa, l’investissement sera étalé sur 12 mois. Joanna Bérenger émet des réserves quant au système visant à s’assurer que l’on reçoive ce million de dollars en un an. « Selon le Premier ministre, il sera uniquement exigé de ces étrangers un engagement écrit attestant qu’ils apporteront un million de dollars dans un délai d’un an. Et ce sera l’EDB qui en fera le suivi. Y aura-t-il des actions musclées si le million de dollars n’arrive pas ? Expulsera-t-on ces détenteurs de Golden Visa ? »

Pour la députée, tout peut arriver durant ces 12 mois, y compris la revente du bien acquis. « Comment fera-t-on pour éviter que ces étrangers ne fassent de la spéculation sur ces biens ? »

Cinq jours pour un Golden Visa

Autre incitation offerte selon Ramgoolam : la demande de Golden Visa sera traitée en un temps record de cinq jours. (Les Mauriciens qui attendent des mois pour obtenir un permis apprécieront.) Lorsque Joanna Bérenger lui a demandé, le 5 mai, si ce genre de facilités ne laissera pas entrer sur notre territoire des personnages douteux comme Alvaro Sobrinho et Mamy Ravatomanga, Ramgoolam a assuré qu’il n’y aura plus de Sobrinho à Maurice. Tout en évitant soigneusement de citer Ravatomanga. Et pour cause ! On sait que c’est sous les Travaillistes que le milliardaire malgache a commencé à envoyer son argent à Maurice.

Pour Joanna Bérenger, de toute façon, cinq jours ne suffiront pas pour effectuer une due diligence et, en attendant la digitalisation des passeports ainsi que la mise en place de la National Crime Agency, beaucoup d’argent sale atterrira à Maurice.