
Michaël Sik Yuen a semé la confusion au sujet de l’achat de fioul lourd.
Par Narain Jasodanand
Trois procédures d’urgence, dont une en accéléré, une extension de contrat et deux appels d’offres annulés. Le tout en faveur de Sahara Energy Resource Ltd. La guerre en Iran n’explique pas toutes ces contorsions qui donnent le vertige et provoquent l’inflation.
La réponse de Michaël Sik Yuen à la Private Notice Question (PNQ) du 28 avril sur les contrats passés par la State Trading Corporation pour l’achat de fioul lourd, destiné principalement au CEB, est tout sauf claire. Soit le ministre s’est perdu dans ses notes soit il a voulu induire la population en erreur. Sa conférence de presse d’hier a semé encore plus de confusion.
Selon Sik Yuen, un appel d’offres est lancé en janvier 2024 sous le gouvernement MSM pour l’achat de fioul lourd pour la période du 1er avril au 31 mars 2025. Le contrat est alloué à Coral Energy DMCC. Le 24 juillet 2024, Coral Energy DMCC change de nom pour devenir 2Rivers DMCC.
Changement de gouvernement, le 10 novembre 2024. Le 17 décembre 2024, la STC apprend que 2Rivers DMCC est sanctionnée par le Royaume-Uni et résilie son contrat, le 19 décembre 2024. 2Rivers DMCC avait déjà livré huit cargaisons sur onze.
En urgence accélérée
Le même 19 décembre, une procédure d’achat d’urgence est lancée, en mode accéléré, pour une des trois cargaisons restantes. Bien qu’une telle procédure permette de ne contacter qu’un seul fournisseur, se vante Sik Yuen, la STC demande des devis à plusieurs fournisseurs (il ne donne pas le nombre exact) et n’énumère que huit noms. Parmi ceux-ci, figure bien sûr Sahara Energy Resource Limited, qui fera évidemment partie des quatre fournisseurs qui répondront à la demande de devis. C’est Sahara qui proposera le prix le plus bas et le contrat pour une livraison sur trois lui sera alloué. Il s’agit en réalité d’un spot buying, avec une livraison prévue pour le 20 janvier 2025.
Le 23 décembre 2024, deuxième procédure d’urgence pour les deux livraisons attendues en février et mars 2025. Les mêmes fournisseurs sont sollicités, les mêmes quatre soumettent leurs devis et la même Sahara Energy Resource décroche le contrat.
En parallèle, la STC a lancé, le 10 décembre 2024, un appel d’offres pour la fourniture de fioul lourd pour 12 mois, pour la période du 1er avril 2025 au 31 mars 2026. Cinq fournisseurs répondent, le 16 janvier 2025. Le contrat est octroyé le 12 février 2025. À qui ? À Sahara, bien sûr !
Ce contrat d’un an remporté par la veinarde Sahara Energy Resource est prolongé du 31 mars 2026 au 31 mai 2026. Cette extension s’est faite, explique le ministre, à la suite de changement du montant de la prime, entre autres. Est-ce normal qu’une des conditions les plus importantes d’un contrat signé soit modifiée ? En conférence de presse hier, Sik Yuen donne une autre version : la prolongation a été décidée en raison de la guerre. Il est clair qu’il ne dit pas la vérité. Nous apprenons qu’en réalité, la STC attendait en vain que l’Inde fournisse le carburant.
Questions supplémentaires difficiles
Et pour la période 2026-2027 ? Le ministre n’en parlera que pendant la tranche des questions supplémentaires. Il ne s’y était donc pas préparé et s’est emmêlé les pinceaux à plusieurs reprises.
Puisque le contrat de Sahara Energy Resource a été prolongé de mars 2026 à mai 2026, le nouveau contrat devait donc logiquement entrer en vigueur le 1er juin 2026. Or, Sik Yuen sèmera ‒ une fois de plus ‒ la confusion, y compris auprès de la Speaker, en affirmant qu’il débute le 1er août 2026.
Qu’en est-il alors de la période allant de juin 2026 à juillet 2026 ? En réalité, apprenons-nous, le contrat évoqué d’août 2026 à juillet 2027 concerne le white oil (produits pétroliers blancs type essence, diesel, kérosène). Celui portant sur le fioul lourd couvre, lui, la période de juin 2026 à juillet 2027.
Vitol boycottée ?
Le plus troublant ? Après le lancement de l’appel d’offres pour 2026-2027, dit Sik Yuen, les deux moins-disants (lowest bidders) sont disqualifiés par la STC après un exercice de due diligence. En conférence de presse le 7 mai, le ministre parle des soumissionnaires disqualifiés en raison de la mauvaise qualité du carburant fourni dans le passé, dont probablement Vitol Bahrain.
Cependant, il fait référence au contrat de 2025 alors qu’au Parlement, il parlait du contrat de 2026. Autre grave confusion du ministre ? Non, il a tenté de se reprendre car on aurait pu lui demander pourquoi Vitol n’avait pas été disqualifiée pour 2025. Est-ce parce que cette entreprise n’était pas parmi les lowest bidders pour 2025 ? Est-ce que Vitol et l’autre soumissionnaire ont été disqualifiés pour 2026 parce qu’ils étaient parmi les moins chers ?
Excessively very expensive, excessively very high
L’appel d’offres est donc annulé et un deuxième est lancé le 9 mars 2026 pour le contrat 2026-2027, mais valable pour seulement 48 heures, appel d’offres que Sik Yuen qualifie peu après d’« emergency procurement ». Comprenne qui pourra !
Le cafouillage continue au Parlement : « The price for the emergency procurement was around USD 200 for the premium, very expensive and we got a better price. » Pressé de questions par Lesjongard, Sik Yuen répond : « In fact, we went direct because of the war and there was an emergency tender for one consignment only and the price was excessively very high – over 200 dollars for the premium and we went directly. »
Si l’on comprend bien le ministre du Commerce, le deuxième appel d’offres pour 2026-2027 a lui aussi été annulé parce que la guerre au Moyen-Orient venait d’éclater. Or, la guerre ne sera déclarée que le 28 février 2026…
Concernant le prix qui était « excessively very high – over 200 dollars… excessively very expensive… », il semble que le prix dont il parle soit celui obtenu lors du deuxième appel d’offres de 48 heures. C’est ce prix excessif qui aurait conduit la STC à passer par une (vraie) procédure d’urgence, qui sera la troisième et ultime procédure pour 2026-2027. Le contrat sera encore une fois alloué à Sahara Energy. Sa prime est-elle en-dessous de $ 200 ? Sik Yuen a laissé entendre, le 7 mai, que le prix a augmenté en raison de la guerre, sans donner le montant.
Les explications du ministre du Commerce le 28 avril au Parlement et lors de sa conférence de presse du 7 mai sont tellement confuses que nous avons demandé à la STC si elle émettra un communiqué pour clarifier la situation. La population (et Patrick Assirvaden) est en droit de savoir si les 15 % d’augmentation du prix de l’électricité sont justifiés.