Par Narain Jasodanand
Au Parlement ce 21 avril, Osman Mahomed a affirmé que cent autobus de la CNT sont en panne. Selon nos informations, 52 d’entre eux sont des autobus de la marque Yutong de fabrication chinoise. Pourtant, les produits chinois sont réputés de bonne qualité. Qu’est-ce qui s’est passé ?

La FCC enquêtera-t-elle sur la résiliation, en 2023, du contrat de maintenance des autobus Yutong avec ABC Coach Works ?
Cent soixante-dix autobus Yutong à moteur thermique avaient été acquis en 2016, 2017 et 2022 par la Corporation Nationale de Transport (CNT), à travers ABC Coach Works Ltd. Dix ans après, on n’en voit pas beaucoup circulant sur nos routes. Où sont-ils ?
Selon la CNT, cinq ont été complètement détruits par le feu, et un à la suite d’un accident de la route. Deux autres ont été tout simplement « scrapped » car ayant subi – on ne sait comment ‒ des dommages irréparables. L’enquête sur les causes d’incendie serait toujours en cours depuis 2023.
52 en panne
De ces 162 autobus Yutong restants, 52 ne roulent pas car en « major breakdown », selon la CNT. Quarante des 52 bus ont des problèmes de moteur, de boîte de vitesses ou d’injecteurs, et leur remise en état ne semble pas pour de sitôt. Seuls 12 autobus reprendront la route fin avril.
Pourquoi ces 52 bus sont-ils immobilisés ? Vous allez être surpris. « Manque de pièces de rechange sur le marché local », nous dit la CNT. Pourtant, ABC Coach Works nous affirme qu’elle peut fournir les pièces détachées requises. Elle fournissait ces pièces à la CNT ainsi que les services d’entretien. Jusqu’à ce qu’entre octobre 2023 et avril 2024, la CNT décide d’annuler le renouvellement des contrats de maintenance et de fourniture de pièces de rechange.
Le 7 novembre 2023 au Parlement, répondant à une question d’Osman Mahomed, alors dans l’opposition, le ministre du Transport de l’époque, Alan Ganoo, en donnait partiellement la réponse : « The NTC has informed that during the year 2023, ABC Coach Works was unable to perform repairs and maintenance on several Yu Tong buses. In view therefore, the Yutong buses were serviced in-house and as from October 2023, the NTC has outsourced the in-house servicing and maintenance of some 30 Yutong buses to another local service provider, namely, Irfan Dundas Company Ltd. »
Ce qu’avance Ganoo ne correspond pas à ce qu’ABC Coach Works nous dit. Quoi qu’il en soit, on ne sait pas si l’entretien des autobus par la CNT ou par Irfan Dundas coûte moins et est plus efficace.
Et même si l’entretien des autobus Yutong ne se fait plus chez ABC Coach Works, pourquoi la CNT n’y achète-t-elle pas les pièces de rechange ? En réponse, la CNT maintient qu’elle achète les pièces de rechange « from all suppliers of Yutong spare parts, including ABC Coach Works, based on competitive procurement, in-keeping with the Public Procurement Act (PPA) ».
Alors, pourquoi des dizaines d’autobus dorment au garage faute de pièces de rechange ? Et, surtout, pourquoi avoir rompu le contrat avec ABC Coach Works entre octobre 2023 et avril 2024 ? L’ex-Chief Executive Officer de la CNT, Rao Ramah, ne veut pas s’exprimer, nous disant que dans sa lettre de licenciement du 14 décembre 2024, le board de la CNT lui a interdit de parler aux journalistes ! La CNT confirme an expliquant que « this question has legal implications and would have to be replied in the appropriate forum, if required ».
Selon une source, il fallait donner du travail aux mécaniciens de la CNT. Mais le contrat est allé en partie à Irfan Dundas Company Ltd.
Pot-de-vin !
À la fin, on ignore pourquoi la CNT a résilié le contrat de maintenance avec ABC Coach Works alors même que l’entreprise assurait l’entretien des autobus Yutong. On nous parle de sollicitations de pots-de-vin en 2023 qui n’auraient pas abouti. Selon les informations disponibles, ces sollicitations auraient été refusées par le concessionaire. On ne sait pas non plus si la Financial Crimes Commission a été saisie de cette affaire, en dehors de celle de pneus.
Si la CNT affirme que les autobus Yutong ne sont pas fiables, du moins ceux acquis en 2016 et 2017, une source de la corporation nous dit le contraire : « La vérité est que la CNT néglige tous ses autobus. Voyez les mêmes bus qui roulent sans problème chez les autres propriétaires. » Cependant, certaines compagnies n’en sont pas satisfaites.
Concernant les cinq nouveaux autobus électriques chinois reçus récemment, ils ne sont pas encore entrés en service car les infrastructures de recharge, argue la CNT, ne seront prêtes que fin avril. Il faudra « attendre que les autorités chinoises décident quand ces autobus seront mis en service ».
Quant aux autobus électriques indiens, c’est une autre histoire, sur laquelle Scoop.mu reviendra prochainement. En attendant, les voyageurs qui poireautent pendant parfois près de 30 minutes sur les arrêts d’autobus desservis par la CNT sont priés d’être encore plus patients.