
Gavin Glover a été d’une grande aide à Navin Ramgoolam, lors de la PNQ du mardi 21 avril sur les Chagos.
Par Jasvin Sok Appadu
Parlement : encore en retard, Ramgoolam dévoile Rs 25 millions de frais juridiques pour les Chagos
Ceux qui ont suivi les travaux parlementaires ont dû patienter avant d’assister au début de la séance d’hier, mardi 21 avril, tout comme tous les élus qui avaient déjà pris place. Prévue à 11 h 30, la séance n’a finalement débuté qu’à 11 h 50, soit vingt longues minutes de retard. En cause : une nouvelle arrivée tardive du Premier ministre, Navin Ramgoolam, entré dans l’hémicycle à 11 h 48 précisément, alors que la Private Notice Question (PNQ) lui était adressée.
La Speaker, déjà présente, a dû attendre l’arrivée du chef du gouvernement pour lancer la séance avec l’hymne national, suivi de la PNQ portant sur le dossier des Chagos. Dans sa réponse initiale, Navin Ramgoolam a tenu à préciser que Maurice a déjà signé un traité avec les Britanniques, lequel devra être ratifié. Il a évoqué une divergence d’opinion entre le Premier ministre britannique et le président des États-Unis. Un argument qui, une fois de plus, n’apporte rien de réellement nouveau, fidèle au style désormais bien rodé du Premier ministre.
£ 408 028 comme honoraires… même la Speaker surprise
C’est l’un des éléments marquants de cette PNQ. On a appris que depuis novembre 2024, le cabinet d’avocats londonien Withers LLP a été mandaté par le gouvernement pour traiter le dossier des Chagos avec les autorités britanniques. Les avocats désignés sont Haeri Hussain KC, Floriane Lavaud, Camilla Gambarini, Jovana Crencevic, Maanya Tandon et Sudipta Paurkayastha.
À ce jour, les honoraires juridiques versés s’élèvent à 408 028 livres sterling et 40 pence, soit plus de Rs 25 millions. Un chiffre qui a visiblement surpris même Shirin Aumeeruddy-Cziffra, dont l’expression n’a laissé planer aucun doute.
Le PM aidé par Gavin Glover…
Lors des questions supplémentaires, le leader de l’opposition, Joe Lesjongard, a voulu savoir s’il y avait eu des communications officielles des autorités britanniques évoquant une « suspension » ou un « withdrawal » du processus de rétrocession des Chagos. Navin Ramgoolam a rétorqué qu’il n’y a jamais eu d’échanges mentionnant un « withdrawal », contrairement à ce qu’affirme le leader de l’opposition, tout en précisant qu’il y a eu des « exchanges ».
Des échanges « about what?», a aussitôt relancé Joe Lesjongard. Le Premier ministre a alors déclaré : « This is precisely why they (NdlR, la délégation anglaise) are coming today and meeting us tomorrow, we are continuing this. » Une réponse qui laisse planer le flou. Que signifie concrètement ce « we are continuing this » ? La question reste entière, le leader de l’opposition n’ayant pas insisté.
Un détail n’a cependant pas échappé aux observateurs : durant ces échanges, l’Attorney General, Gavin Glover, semblait souffler les réponses au Premier ministre depuis l’arrière de l’hémicycle.
Et les Rs 10 milliards dans le Budget 2025-2026 ?
Autre question clé du leader de l’opposition : pourquoi le gouvernement a-t-il inscrit Rs 10 milliards comme revenus dans le Budget 2025-2026 ? Navin Ramgoolam s’est contenté de répondre : « We have signed the treaty », sans pour autant aborder le fond du sujet des Rs 10 milliards qui pèseront dans le déficit budgétaire.
Joe Lesjongard a alors rappelé que ces Rs 10 milliards sont bel et bien comptabilisés comme revenus attendus. Dès lors, comment le gouvernement compte-t-il combler ce manque à gagner ? D’autant plus que pour les deux prochains exercices budgétaires, une provision identique a été faite. Cela représente un manque potentiel de Rs 30 milliards. « Un trou plus gros que le trou Bheenick », a-t-il ironisé.
Une fois encore, le Premier ministre a botté en touche, se retranchant derrière la signature du traité, tout en affirmant qu’il ne s’attendait pas à un retard dans sa ratification en raison des divergences entre Londres et Washington.
Ramgoolam a-t-il parlé avec Trump ?
La question, posée par Joe Lesjongard, a suscité des rires dans l’hémicycle, mais a été qualifiée de « very interesting » par la Speaker, un commentaire qui en dit long. Plusieurs observateurs politiques estiment en effet que le Premier ministre aurait dû engager directement le dialogue avec le président américain.
Navin Ramgoolam a esquivé à sa manière : « I barely think he would have time for all this, he is very concerned with the war in the Middle East, but I have written to him. »
Un argument qui interpelle, car la guerre au Moyen-Orient s’est déclenchée bien après la signature du traité, alors que les divergences entre les États-Unis et le Royaume-Uni étaient déjà présentes auparavant.
En revanche, lorsqu’il s’agit de défendre son bilan politique, le Premier ministre se montre plus affirmatif. Interrogé sur le temps perdu dans la ratification du traité, il s’est montré catégorique : l’accord négocié par l’ancien gouvernement n’était pas acceptable. « We could not have agreed on what the former government had agreed. Our deal is far better off. » Et d’ajouter : « We do not want to jeopardized the negociations », car il estime que « sooner or later the treaty will be ratified ».
Toutefois, la question sur les Rs 10 milliards prévus dans le budget par le gouvernement reste entière, tout comme la ratification du traité dont la survie dépend de la position du président Donald Trump, qui, comme l’a dit Navin Ramgoolam lui-même, est trop préoccupé par la guerre pour se pencher sur les Chagos.
Questions aux ministres : duel avorté entre Assirvaden et Joanna Bérenger
La séance des questions adressées aux ministres était également très attendue, notamment celle de Joanna Bérenger au ministre de l’Énergie, Patrick Assirvaden, concernant le contrat entre le CEB et Corexsolar.
Mais, contre toute attente, le ministre a coupé court au débat, en déclarant que ce sera au board du CEB de se pencher sur la résiliation du contrat avec la compagnie, après avoir cherché un avis du State Law Office. Ce dernier s’est toutefois déjà prononcé sur le dossier à cinq occasions, selon le ministre.
En raison des retards accumulés par Corexsolar dans l’obtention des terrains, elle devra payer une pénalité de Rs 60 millions. En cas de résiliation de contrat, les Rs 210 millions de garantie lui seront remboursées, conformément aux clauses contractuelles.
Tensions entre Quirin et Nagalingum
Le duel tant attendu n’a donc pas eu lieu. En revanche, un affrontement s’est déroulé entre le député Franco Quirin et le ministre des Sports, Deven Nagalingum.
Au cœur de l’échange : la nomination des membres du comité national de badminton. Franco Quirin a reproché au ministre d’avoir nommé des personnes affiliées à des partis politiques, en contradiction avec la Sports Act, qui prône une séparation claire entre sport et politique.
Plus encore, le député a produit une lettre de la Fédération internationale de badminton, indiquant qu’elle reconnaît toujours les anciens dirigeants de la fédération à Maurice. Cela alors que le ministre a récemment annoncé une reconstitution, avec la nomination d’un nouveau président, que Franco Quirin qualifie d’agent politique.
Deven Nagalingum a reconnu que le nouveau président est effectivement issu d’un parti politique, tout en justifiant ce choix par le fait que les règlements de la fédération ne prohibent pas explicitement l’engagement politique de ses membres.
Woochit fait éclater de rire Paul Bérenger…
La scène n’est pas passée inaperçue. Juste avant la pause déjeuner, lors de la séance des questions adressées aux ministres, le ministre des Collectivités locales, Ranjeev Woochit, a déclenché un fou rire chez Paul Bérenger.
À une question supplémentaire du député de Rodrigues, Francisco François, portant sur la possibilité de cumuler le temps de service des Mauritian Fire Fighters and Rescuers recrutés par l’Assemblé régionale de Rodrigues, le ministre a d’abord répondu que la décision ne relevait pas de lui, comme il l’avait déjà indiqué dans sa réponse initiale.
La Speaker est intervenue pour lui demander : « Is that a problem, Minister? » S’en est suivi un moment de flottement du côté du ministre. Relancé une nouvelle fois par la Speaker : « Do you know the reply? », Ranjeev Woochit a répondu sans détour : « No, no, no. »
Une réponse qui a immédiatement déclenché un fou rire chez Paul Bérenger, visiblement incapable de contenir sa réaction face à cet aveu d’impréparation en pleine séance parlementaire.
Tentant de se rattraper, le ministre a alors précisé : « I know the reply, I know the reply… » Mais la réponse tardait à venir. Après quelques hésitations, il a fini par articuler « because there is no legal impediment to this ».
Face à cette réponse confuse, la Speaker a dû intervenir pour clarifier : « You mean that if they go to Rodrigues, they carry on their years of service? » Nouveau moment d’hésitation du côté du ministre, manifestement embarrassé, qui s’est alors tourné vers le député de l’Organisation du peuple de Rodrigues pour glisser : « Be pena lalwa pou sa… »
Devant ce flottement persistant, la Speaker a finalement dû voler à son secours, l’invitant à prendre le temps nécessaire : « Take time and see to it, and then you will tell us. »
Un échange révélateur, une fois de plus, des approximations qui peuvent surgir au cœur de l’hémicycle, surtout venant des ministres de notre République…