IL faut parfois appeler les choses par leur nom.
Et dans le dossier Silver Bank, il n’y a plus de place pour les euphémismes : si les honoraires délirants ont été maintenus aussi longtemps, c’est parce que l’ancien gouverneur, Rama Sithanen, a laissé faire.
Ce n’est pas un secret : un Conservatorship placé sous l’autorité directe de la Banque de Maurice ne dépense pas des millions par mois sans que le gouverneur ne signe, n’autorise ou ne valide — explicitement ou tacitement.
Et pourtant, mois après mois, facture après facture, tout passait comme une lettre à la poste, tandis que la petite Silver Bank, exsangue, était traitée comme une vache à lait.
Le plus choquant n’est pas ce que le Conservator facturait — mais ce que le gouverneur acceptait.
Le grand laisser-faire de la haute autorité
Il aurait suffi d’une seule décision ferme pour mettre fin à ce cirque financier.
Mais cette décision n’est jamais venue.
Pas d’audit externe.
Pas de remise en question.
Pas même une exigence de justification.
Le gouverneur observait, savait, validait — et gardait le silence.
Il faut le dire clairement : le laxisme de la direction de la banque centrale a rendu possible ce pillage institutionnalisé.
Et lorsque la réduction à Rs 300,000 est arrivée… voilà ce qui s’est passé
Le jour où quelqu’un a finalement décidé d’agir — en ramenant les honoraires du Conservator à Rs 300,000 par mois — cette décision simple a provoqué un tremblement de terre.
Pourquoi ?
Parce qu’elle exposait brutalement le fait que, pendant tout ce temps, le gouverneur aurait pu faire la même chose… et ne l’a pas fait.
Ce qui aurait dû être une démarche évidente est devenu un acte de rupture.
Et cette rupture n’a pas été accueillie avec soulagement : elle a suscité des résistances féroces, des blocages internes, et même des manœuvres visant à empêcher qu’elle s’applique.
Car réduire à Rs 300,000, c’était dévoiler que :
• les tarifs précédents étaient indéfendables,
• les validations du gouverneur étaient inexplicables,
• et la complaisance institutionnelle était flagrante.
Un gouverneur qui protège les habitudes, pas les finances
La question qui brûle les lèvres est simple : pourquoi le gouverneur Rama Sithanen ne l’a-t-il pas fait ?
Ce n’est pas un problème de compétence.
Ce n’est pas un problème d’information.
Ce n’est même pas un problème de ressources.
C’était un problème de volonté.
Dans un système où certains acteurs profitent du désordre, l’ordre devient une menace.
Et c’est précisément pour cela que celui qui a imposé les Rs 300,000 a dû affronter :
• des objections absurdes,
• des tentatives de ralentissement,
• des pressions internes,
• et ce mur de résistance passive qui caractérise les institutions lorsqu’elles veulent protéger l’entre-soi.
Rama Sithanen n’a pas seulement mal négocié — il a refusé de négocier
L’ancien gouverneur s’est contenté de faire ce que tant d’autres avant lui ont fait : laisser filer, laisser couler, laisser payer.
Il s’est comporté comme si un Conservatorship n’était pas une opération d’urgence, mais une opportunité de business pour ceux qui savent comment s’insérer dans les failles du système.
On juge un gouverneur à sa capacité à protéger l’intérêt public.
Dans le dossier Silver Bank, les chiffres parlent d’eux-mêmes :
ceux qui avaient le pouvoir d’arrêter l’hémorragie ne l’ont pas fait.
Et lorsque quelqu’un a finalement eu le courage de serrer le robinet, cela a révélé tout le reste :
la passivité d’avant, les connivences silencieuses, l’incompétence travestie en sobriété administrative.
Conclusion : l’épisode Silver Bank restera comme son héritage
On peut écrire des rapports, prononcer des discours et invoquer de grandes théories économiques.
Mais il y a une vérité simple : le gouverneur est responsable des décisions qu’il laisse passer.
La Silver Bank restera, pour longtemps, le symbole d’un moment où :
• les abus étaient visibles,
• les montants étaient choquants,
• les décisions étaient possibles,
• et Rama Sithanen a choisi de ne rien faire.
Ceux qui ont imposé la réduction à Rs 300,000 ont agi contre la facilité, contre les habitudes, contre les pressions.
Ceux qui auraient dû le faire avant eux ne l’ont jamais fait.
Et c’est cela, la véritable leçon politique du dossier Silver Bank.
Thomas Crook
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