BoM et Silver Bank: la complicité d’une superviseure…

Par Thomas Crook

Depuis la démission fracassante de son ancien gouverneur en septembre 2025, la Banque de Maurice vacille. Son successeur hérite d’un édifice fissuré de toutes parts. Et au cœur de cet édifice, des hommes et des femmes qui ont laissé faire. Qui ont regardé ailleurs. Qui ont parfois activement contribué au désastre. Parmi eux, une chargée de la supervision.

Premier manquement : la licence accordée contre toute prudence

C’est cette même personne qui aurait instruit le dossier de demande de licence bancaire de Silver Bank Limited (SBL) ‒ anciennement Banyan Tree Bank ‒ et formulé la recommandation favorable. Or, l’investisseur principal, Mme Ginni Prateek Gupta, détenait 75 % des parts de la structure d’acquisition. Un actionnaire ultra majoritaire. Provenance des fonds : opaque. Structure offshore aux îles Cayman. Contreparties liées à Prateek Gupta, qui sera au cœur d’une affaire de gel d’avoirs prononcée par la justice britannique en février 2023.

La diligence raisonnable n’a visiblement pas été exercée, sciemment. Et la recommandation était favorable, vraisemblablement, comme à son habitude, pour faire plaisir aux dirigeants du jour et obtenir leurs faveurs.

Deuxième manquement : les comptes de 2021, une complaisance documentée

Les états financiers audités de Silver Bank pour l’exercice 2021 ont été soumis à la Bank of Mauritius (BoM) avec des retards significatifs. Les délais d’extension accordés par la BoM ‒ une, puis deux, puis trois fois ‒ révèlent une tolérance institutionnelle anormale. Il est important de noter que même la Banque de Maurice n’a, selon les provisions de la Banking Act, absolument aucun pouvoir à accorder des dérogations. Et l’on apprend aujourd’hui que c’est cette même personne qui aurait fermé les yeux, toujours sciemment, sur ces manquements répétés à l’obligation légale de soumission dans les délais prévus par la Banking Act.

Pour l’exercice 2022 : aucun auditeur nommé. Aucun compte publié. Jamais. La banque était déjà en décomposition ‒ et la responsable du dossier a continué, toujours sciemment, à regarder passer les trains.

Troisième manquement : le rapport d’inspection enterré dans un tiroir

En mai 2022, la BoM conduit une inspection sur le site de Silver Bank. Les manquements identifiés sont graves, multiples, structurels : absence de processus de crédit, prêts de 40 millions USD déjà décaissés sans analyse préalable, garanties enregistrées après décaissement, concentration des risques au-delà de tout seuil prudentiel. Le tableau est alarmant.

Ce rapport, daté de mai 2022, n’est transmis à Silver Bank que le 27 novembre 2023. Dix-huit mois plus tard. Par contre, il serait intéressant de connaître le nombre de déplacements officiels à l’étranger que cette haut-cadre a effectués. Ces mêmes missions lui ont fourni des alibis pour ne pas s’être occupée du dossier beaucoup plus urgent d’une banque à la dérive.

Quatrième manquement : les conditions relaxées malgré les signaux d’alarme

Le 23 mai 2022, la BoM impose une restriction formelle : Silver Bank ne peut accorder aucun nouveau prêt tant que les défaillances ne sont pas corrigées. Dix jours plus tard, le 9 juin 2022 ‒ après une simple lettre de SBL affirmant avoir tout réglé ‒, la BoM lève l’interdiction. Sans vérification sérieuse. En signalant elle-même des incohérences dans la prétendue mise en conformité. On est en droit de se demander ce qui a pu motiver le régulateur à traiter la demande aussi promptement alors que le rapport d’inspection, qui était du même mois, n’a fait l’objet d’aucune urgence.

En avril 2023, rebelote : nouvelle relaxation des restrictions imposées en février 2023. Silver Bank est autorisée à accorder des prêts jusqu’à Rs 15 millions. Prêts qui iront, exclusivement, au groupe Woolmill de M. Rakesh Gooljaury ‒ aujourd’hui classés en non-performing.

C’est cette même personne qui recommandera d’autres relaxations. Malgré les manquements. Malgré les signaux. Malgré les obligations légales de la BoM.

Pourquoi cette haut-cadre n’a-t-elle pas fait l’objet d’une enquête sous les gouverneurs Sithanen et Thakoor ? Nous y reviendrons.