En deux ans, ce gouvernement a ruiné le moral d’une population admirable.

Par Doris Félix

Un gouvernement à qui la population avait donné toute sa confiance. Quel est son devoir envers un peuple qui lui a offert 60-0 ?

Le 10 novembre 2024, l’Alliance du Changement remporte les élections législatives avec ce score sanglant. Pourquoi ?

Parce que le peuple était à bout.

Torturé, saigné à blanc, moralement et économiquement, pendant dix ans par un gouvernement malhonnête et cruel qui ne pensait qu’à s’enrichir. Pendant ce temps, on demandait au peuple de « se serrer la ceinture ».

Surtout après le Covid-19, la population a vécu un enfer. Économique. Moral.

En même temps, elle a appris avec dégoût comment les élus de ce gouvernement avaient manigancé pendant la pandémie pour se remplir les poches, pendant que les gens mouraient et souffraient.

Des billets ont été imprimés. L’État a aidé les plus riches à s’enrichir encore plus, alors que les pauvres et la classe moyenne s’enfonçaient.

Alors quand les élections sont arrivées, le peuple a cru que l’heure était enfin venue. Vivre paisiblement. Vivre heureux. D’autant plus que, pendant la campagne, le parti du « changement » présentait un manifeste qui promettait monts et merveilles : augmentation importante de la pension de vieillesse dite universelle, baisse du prix de l’essence et du gaz ménager et beaucoup d’autres mesures populaires.

Il est difficile de croire que ces politiciens, acharnés et expérimentés, ayant déjà gouverné, ne savaient pas que la situation économique du pays était alarmante.

Mais le peuple, qualifié d’admirable, a encore une fois donné toute sa confiance. Il a cru en cette Alliance du Changement.

Parce que :

Le Parti travailliste, 90 ans, est né pour protéger la classe des travailleurs. Ses pères fondateurs étaient de grands syndicalistes, encore respectés et admirés des années après leur mort.

Le Mouvement militant mauricien, 57 ans, idem : né de la classe syndicale et des travailleurs, toujours sur le « coaltar » pour manifester en faveur de la justice sociale.

Et le parti Rezistans ek Alternativ, nouveau mouvement politique aussi issu du monde syndical de gauche.

Toute une alliance idéale, sur le papier, pour libérer ce peuple en souffrance.

Et pourtant…

Cette Alliance du Changement a vite oublié pourquoi elle a été élue : pour servir la population.

Le 10 novembre 2024, cette dernière est allée aux urnes, stylo à la main, de peur que les bulletins soient falsifiés par des encres qui s’effacent après les trois croix.

Les élus oublient trop souvent qu’ils sont les serviteurs du peuple. Qu’ils sont payés par le peuple. Qu’ils doivent au peuple respect et reconnaissance, beaucoup plus que le peuple ne leur en doit.

Le peuple, lui, doit comprendre qu’il est le Maître.

Une fois au pouvoir, l’arrogance a pris la place de la reconnaissance envers ce peuple en souffrance.

Les promesses ont été mises aux oubliettes sous prétexte que « la caisse était vide ».

Mais cela ne les a pas empêchés de placer des nominés politiques et des conseillers à la pelle, aux salaires mirobolants. Sans parler de beaucoup de dépenses inutiles, alors que les caisses étaient soi-disant vides.

Quinze mois plus tard, Paul Bérenger, leader historique du MMM et Deputy Prime Minister, quitte l’Alliance du Changement après des mois de négociations vaines.

Il se sacrifie et perd son parti historique : seuls deux fidèles le suivent. Qunize autres gardent le nom du parti et restent au gouvernement.

En avril 2026, profitant du conflit en Iran, le gouvernement a augmenté le prix de l’essence et du gaz, causant une hausse générale subite du coût de la vie.

Puis, le 19 juin, tombe le deuxième budget de cette alliance.

Alors que la population, malgré tous ses doutes, espérait encore un petit geste de compassion, elle est assommée une fois de plus. Des décisions d’une extrême violence : hausse du coût de la vie, changement accablant de la fameuse pension de vieillesse. Un acharnement sur ce peuple admirable.

La classe moyenne est assommée.

La classe laborieuse, encore plus.

Le peuple se sent persécuté et promet de se défaire de cette alliance au plus vite. Rien ne l’arrêtera.

Pourvu qu’aux prochaines élections, le peuple comprenne ce qu’est un vrai changement, et fasse le bon choix en éliminant une fois pour tous les manipulateurs de campagnes électorales.

Parce qu’un budget national n’est pas supposé écraser.

Alors, qu’est-ce qu’un tel exercice devrait être ?

Un budget devrait être l’acte de foi d’un gouvernement envers son peuple. Pas un coup de massue.

Il devrait dire : « Je t’ai entendu. Je te protège. Je construis avec toi. »

Un vrai budget devrait être :

  1. Un bouclier pour les plus vulnérables : la pension de vieillesse n’est pas une variable d’ajustement. C’est une dette d’honneur envers ceux qui ont bâti le pays.
  2. Un soulagement pour la classe moyenne : celle qui travaille, paie ses impôts et tient le pays debout. Elle ne devrait pas être celle qu’on presse le plus quand « la caisse est vide ».
  3. Un acte d’exemplarité : pas de salaires mirobolants ni d’armées de conseillers quand on demande des sacrifices. Le gouvernement doit se serrer la ceinture en premier.
  4. De la vérité, pas des mirages : si la situation est alarmante, dites-le avant les élections, pas après. La confiance se gagne dans la franchise, pas dans les promesses impossibles à réaliser.
  5. De l’espoir concret : baisser ce qui étouffe : essence, gaz, produits de base. Investir dans ce qui élève : santé, éducation, emploi décent.

En deux ans, ce gouvernement a ruiné le moral d’une population admirable.

Mais cette population va se faire entendre aux prochaines élections.

Et ce ne sera sûrement pas un « budget favorable » préélectoral de dernière minute qui fera pencher la balance.