Le 22 mai 2012, répondant à une PNQ venant de Paul Bérenger, Leader de l’Opposition d’alors, concernant l’enquête sur la saisie à Port Louis le 16 juin 2011 de six conteneurs de bois de rose provenant de Madagascar et destinés à la Chine, le Premier ministre de l’époque, Navin Ramgoolam expliquait qu’une gérante de la Société Princewood Ltd, son ex-époux » et aussi … le PDG du groupe Sodia de Madagascar « who has activities in Mauritius » étaient impliqués.
Il est évident que Ramgoolam se référait au groupe SODIAT appartenant à Maminiaina Ravatomanga, affectueusement connu comme Mamy, et non SODIA. A noter aussi que Mamy Ravatomanga était déjà le PDG de SODIAT en 2011. Mais Ramgoolam n’a cité ni son nom ni ses initiales. Il ajoutait qu’une enquête avait été ouverte par l’ICAC le 28 juin 2011 sur ce trafic de bois de rose, et la police également et ce dès le jour de la saisie de la cargaison.
A l’heure des questions supplémentaires, Paul Bérenger a voulu savoir pourquoi les enquêtes étaient toujours en cours un an plus tard (nous sommes le 22 mai 2012) et exigeait le nom des personnes interrogées depuis.
Mais Navin Ramgoolam refusera de donner ces informations sous le prétexte qu’une enquête était en cours. Il reconnaitra toutefois un peu plus tard que la gérante de la Société Princewood Ltd, son ex-époux et le PDG du groupe « Sodia » de Madagascar, « plus d’autres personnes », ont été interrogés par la police mauricienne.
Une première fuite de Mamy vers Maurice ?
Bérenger veut des précisions. « Est-ce que la police a interrogé un ‘very important businessman’ qui faisait l’objet d’une interdiction de sortie du territoire malgache en date du 7 juillet et qui a quand même pu le faire le 13 juillet 2012 pour atterrir … à Maurice ? » Ramgoolam répondra par l’affirmative, tout en se demandant comment cet homme a pu quitter Madagascar malgré une interdiction.
Mais qui est cet homme d’affaires ? Nous avons contacté Paul Bérenger. Il a promis de revenir vers nous. Nous attendons également une réponse du PMO. Cependant, deux sources nous affirment qu’il s’agissait bien de Mamy Ravatomanga.
A noter que Ramgoolam demandera en vain à Paul Bérenger et à Rajesh Bhagwan le nom de cet homme d’affaires pour qu’il n’y ait pas de malentendu. Ni le PM ni l’Opposition ne voulaient donc prononcer le nom de Ravatomanga ?
L’ambassadeur et le bois de rose
Le 10 juillet 2012, Paul Bérenger revenait avec une deuxième PNQ sur cette affaire de trafic de bois de rose, en demandant pourquoi il n’y avait toujours pas d’arrestation. Réponse de Navin Ramgoolam : « they have been interviewed. We are still investigating. »
Et lorsque Bérenger demandera si Ramgoolam déposera les échanges de mails entre le ministre des Finances de l’époque Xavier Duval et la Banque Mondiale, dont l’aide avait été sollicitée – on ne sait trop pourquoi-, pour enquêter sur ce trafic de bois de rose, Ramgoolam répondra :« le ministre des Finances était venu me voir à ce propos. Cependant, j’ai décidé de ne pas rendre ces mails publics car contenant trop d’informations sensibles. Je ne veux pas nuire à l’enquête en cours. »
De son côté, Pravind Jugnauth, dans l’opposition à l’époque, citera la société Sunover Size Limited qui importait le bois de rose de Madagascar. Et demandera à Ramgoolam s’il savait que le journaliste ou caméraman de la MBC, un certain J.V., avait fait l’interview de l’ex-Premier ministre malgache Vital Albert Camille qui était déjà intervenu pour que 79 conteneurs – une quantité phénoménale! – de bois de rose saisis par la douane malgache soient rendus à l’exportateur. Ramgoolam ne dira ni oui ni non mais informera la Chambre que Vital Albert Camille allait être nommé ambassadeur de Mada à Genève.
C’est ce même Vital Albert Camille qui sera nommé à Maurice cinq ans plus tard, le 18 septembre 2019. Il sera toléré comme ambassadeur par le gouvernement de Pravind Jugnauth qui avait pourtant fait la révélation à son propos. Camille sera aussi toléré par le gouvernement de Navin Ramgoolam de 2024 jusqu’au 8 novembre dernier lorsque l’ambassadeur sera démis de ses fonctions par le nouveau gouvernement malgache. Cela, après qu’il ait vainement tenté le 17 octobre d’obtenir des autorités mauriciennes que Mamy soit évacué vers la Réunion.
La Société Princewood Ltd et Sunover Size Limited ont disparu du site du Registrar of Companies.
Cover-up ou cover-ups ?
Que peut-on dire des réponses et surtout des non-réponses de Navin Ramgoolam face à ces deux PNQs ? Faisait-il un cover-up de l’affaire bois de rose et de Mamy ? Difficile à dire. A savoir qu’il reconnaissait cependant le 22 mai 2012 qu’il y aurait pu avoir un cover-up du côté malgache.
Un cover-up malgache sous Andry Rajoelina – comme le confirmeront d’ailleurs en octobre 2025 les nouvelles autorités malgaches- explique-t-il que treize ans après, les enquêtes de la police et de l’ICAC ou la FCC soient au point mort ? Possible. En tout cas, Navin Ramgoolam n’y reviendra pas malgré les promesses faites à Paul Bérenger en 2012.
Ce qui est certain c’est que l’identité du « very important businessman » dont avait parlé Paul Bérenger ne sera jamais révélée officiellement.
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