On peine toujours à comprendre pourquoi Junaid Fakim et Maminiaina ‘Mamy’ Ravatomanga ont reçu un traitement différent de celui réservé à Nasser Bheeky qui aurait pourtant était celui qui a lancé l’alerte sur la réunion secrète du 14 octobre à Quatre-Bornes. Pour tenter de comprendre, revenons sur les arrestations et inculpations effectuées en relation avec cette rencontre.
Le 30 décembre, la Senior Magistrate Karuna Dwarka Davay a refusé d’accorder la liberté sous caution à Ravatomanga après objection de la FCC. La FCC et elle ont argué, entre autres, qu’il existe des risques que Mamy influence des témoins et elles rappellent d’ailleurs qu’un des trois chefs d’accusation pesant sur le Malgache concerne justement une telle tentative sur Junaid Fakim le 14 octobre.
L’affaire s’est corsée après les allégations très graves venant de Nasser Bheeky, réputé proche du parti travailliste. Le 27 octobre, il affirmait qu’il avait contacté le mercredi 22 octobre, donc, avant son arrestation, un conseiller de Paul Bérenger pour dénoncer un trafic d’influence. Ce qui sera confirmé par le DPM. Le 6 novembre, Bheeky promettait de faire d’autres révélations le 10 novembre.
Rs 350 m pour qui ?
Et le 10 novembre, il affirmait au tribunal qu’il avait dénoncé le 27 octobre à la FCC un réseau de trafic d’influence portant sur environ Rs 350 millions et que lors de son interrogatoire, un enquêteur de la FCC lui aurait déclaré : « Res trankil, to bizin aret koze. »
En fait, même si personne ne le dit, il semble bien que ce soit les dénonciations de Bheeky au conseiller du DPM qui ont provoqué une descente des lieux de la FCC chez Christian Thomas le 22 octobre. Cela, après des pressions venant de Paul Bérenger ? Possible. Après l’analyse du téléphone portable de Thomas et de l’interrogatoire de ce dernier, la rencontre de Quatre Bornes du 14 octobre a pu être confirmée par la FCC.
Cependant, c’est Nasser Osman Bheeky qui sera arrêté le 24 octobre, et qui sera le premier inculpé dans cette affaire de rencontre secrète. On apprendra le 26 octobre qu’il lui est reproché d’avoir comploté avec Christian Thomas pour « rencontrer un haut cadre de la FCC dans le but de commettre le délit de trafic d’influence. » Personne ne citera le nom de ce haut cadre de la FCC dont l’identité ne sera dévoilée que le 30 octobre : Junaid Fakim.
Junaid Fakim qui avait pourtant démissionné de la FCC dès le 25 octobre ne sera inculpé que le 30 octobre de ‘public official using office for gratification’ (a.22 FCC Act) et « breach of confidentiality (a.161 FCC Act). » Pourquoi n’a-t-il pas été inculpé le 24 octobre comme Bheeky et pourquoi ne l’a-t-il pas été pour trafic d’influence, ou pour complot ? Est-ce parce que cela allait impliquer automatiquement d’autres personnes présentes à cette réunion comme le frère et le père de Junaid Fakim ? Et Mamy ?
Pas de complot pour Fakim
Il faut savoir que si Fakim avait été inculpé de trafic d’influence ou de complot, il aurait pu être condamné même en l’absence de remise de pot-de-vin. Car sous ces articles, il suffit qu’il y ait une sollicitation d’une faveur pour que le délit soit commis. Il n’est pas nécessaire que la transaction aboutisse.
L’inculpation de Fakim pour ‘public official using office for gratification’ permettra en tout cas à son avocate la Senior Counsel Urmilla Boolell de se demander le 13 novembre « qu’est-ce que mon client a reçu ? Quel argent ? Personne ne l’a dit. » Ne fait-elle pas déjà comprendre que son client s’en tirera faute de preuve de remise de pot-de-vin ?
De son côté, Ravatomanga, qui sera inculpé ce même 24 octobre pour blanchiment d’argent de Rs 7,3 milliards, ne le sera pour complot en relation avec la rencontre du 14 octobre que le 6 novembre. Soit presqu’un mois après les faits.
Pourtant, cette affaire de rencontre semble de prime abord plus facile à prouver contre Ravatomanga que les accusations de blanchiment d’argent qui nécessiteront notamment la preuve que les banques MCB, SBM, Afrasia, Bank One et autres Management Companies ont été fautives. Cette rencontre est, de plus, beaucoup plus sérieuse car elle a eu lieu à Maurice entre Mamy, un commissaire de la FCC et d’autres protagonistes.
Christian Thomas l’aurait été également le 22 octobre.
Bheeky parlera-t-il ?
Junaid Fakim et Mamy Ravatomanga ont tous deux accusé Nasser Bheeky d’avoir organisé cette rencontre. Ce dernier acceptera-t-il d’endosser cette responsabilité ? Il avait menacé de révéler, une fois remis en liberté, l’identité des demandeurs de ce pot-de-vin. Cependant, depuis sa remise en liberté provisoire le 14 novembre, il n’a pas mis sa menace à exécution. A-t-il changé d’avis ? A noter que la FCC n’a pas objecté à sa remise en liberté… mais a objecté à celle de Mamy. Pourquoi ? A-t-on peur que le magnat malgache se mette à parler après que Bheeky ait accepté de « rester trankil » ?
Mais pourquoi Bheeky a-t-il fait ce déballage ? Question cruciale dans cette affaire.
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