C’est Feisal Ally Beegun qui a révélé cette affaire le 12 décembre dans un post sur Facebook. Fuyant la misère et le chômage dans son pays natal, la Népalaise Sharda Thappa Poudel débarque à Maurice en août 2023. Elle a été recrutée par un agent népalais, Tek Lal Khanal, directeur de United Placement and Employment Services Pvt. Ltd de Katmandou. Khanal réside parfois dans un hôtel à Quatre Bornes.

Sharda a obtenu un permis pour travailler comme General Helper à la compagnie OPP Contracting Ltd. Cependant, dès son arrivée, elle sera « achetée » par une ‘professionnelle’ de Spa pour $ 500 (Rs 23 000). Ce qui est déjà illégal.

Tais-toi et masse !

La propriétaire de ce spa ‘professionnel’ sis à Floréal lui confisque dès le premier jour son passeport, son certificat de mariage – car Sharda est mariée-, son acte de naissance, ses certificats d’études et professionnel et son permis de travail. Deuxième illégalité. Et l’informe qu’elle devra faire du massage à des femmes mais aussi à des hommes. Bien que Sharda ne voulût pas masser les hommes, dit-elle dans une déposition à la Migrant Workers Unit du ministère du Travail, la propriétaire du spa l’a obligée à le faire.

Sharda doit de plus bosser sept jours sur sept et ne reçoit pas de rémunération pour les heures supplémentaires. Elle n’a droit à aucun congé ni même aux congés maladie.

Elle est hébergée avec d’autres collègues dans une petite chambre qui se trouve en annexe de la grande demeure de la proprio du spa à Floréal. Elle doit faire quotidiennement le trajet aller-retour à pied. Distance : environ deux kilomètres, qu’elle couvre en 45 minutes le matin et 45 minutes le soir. La proprio ne veut ni lui donner un taxi ni l’emmener avec elle dans sa voiture. Il n’y a pas de transport en commun dans ce quartier huppé.

Tentative de viol

Le dimanche 30 novembre à 14 h, alors qu’elle marchait le long de la rue Queen Mary très peu fréquentée et qui l’est encore plus les dimanches, la Népalaise est attaquée par un individu qui tente de la violer après l’avoir entrainée de force dans un terrain vague. Sharda a pu s’échapper en lançant des cris et des coups. Le violeur s’est enfui.

Elle fait une déposition à la police de Floréal le même jour et les policiers lui demandent à voir son passeport et permis de travail original. Elle promet d’apporter les documents le lendemain. En attendant, les policiers commencent l’enquête et finit par mettre la main sur le violeur, un récidiviste habitant Eau-Coulée, qui avoue son crime. Il sera identifié par une Sharda traumatisée quelques jours plus tard.

Le lendemain 1er décembre la pauvre Népalaise va à la rencontre de son employeuse pour lui demander son passeport et permis de travail. La propriétaire du spa refuse de les lui rendre et pensant que Sharda veut rentrer au Népal, l’informe que si elle veut rentrer, elle devra rembourser les $ 500 dollars qu’elle, la proprio, a payé à l’agent recruteur Khanal.

Sharda reprend la direction de la station de Floréal, à pied bien sûr, pour informer la police que son employeuse ne veut pas lui rendre son passeport et permis. Un policier contacte la propriétaire du spa mais l’on n’en sait pas plus.

Selon Feisal Ally Beegun, qui a accompagné Sharda le 11 décembre au ministère du travail, celle-ci avait aussi fait le 8 décembre une déposition au CID Central dénonçant le refus de son employeuse de lui rendre son passeport et autres documents mais aussi pour se plaindre des mauvais traitements subis. Le CCID n’a pas perdu de temps et les policiers ont pris des menottes pour aller arrêter l’employeuse-exploiteuse à Floréal.

Ou conner ki moi ?

Toujours selon Feisal Ally Beegun, voyant les policers, la propriétaire du spa a commencé à pousser des cris hystériques en lançant aux policiers : « ou conner ki moi ? Ou pa gagne droit arrete moi. Mo cousine et couma ene sœur du ministre … » Ce faisant, la dame a appelé le ministre en question avant de passer le téléphone au chef des policiers venus pour l’arrêter. Et le ministre a alors demandé aux policiers de prendre les passeports et autres documents mais de ne pas arrêter sa chère cousine. Les policiers ont dû s’exécuter.

Dans sa déposition, Sharda rappelle que son employeuse avait coutume de la menacer même avant les incidents du 30 novembre en lui disant qu’elle est la cousine de ce ministre et qu’elle peut la faire expulser quand elle veut.

Feisal Ally Beegun est encore sous le choc, tout comme la Népalaise. Il se demande comment un ministre peut-il intervenir dans une affaire aussi grave que le trafic humain, entre autres. Le syndicaliste a pris en charge Sharda et craint maintenant que cette dernière ne soit expulsée manu militari du pays.

 

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