
Les explications de Reza Uteem sur Lexus Recruitment Agency convainquent difficilement.
Par Narain Jasodanand
On savait que l’importation de la main d’œuvre étrangère concernait le ministre du Travail, mais pas d’aussi près. On a ainsi appris, mardi au Parlement, que les épouses de deux agents du ministre Reza Uteem, sont – comme par hasard ‒ directrices de l’agence Lexus Recruitment Agency Co Ltd.
Elles sont Stephanie Severine Seedoo, femme de Jenito Seedoo, ex-maire de Port-Louis, et Yashoda Mohun, épouse d’un autre agent de Reza Uteem, Krishna Mohun.
La société Lexus ‒ comme son nom l’indique ‒ est, selon le Registrar of Companies, dans des « activities of employment placement
agencies ». Autre hasard : la société a été fondée le 6 février 2025.
Agent d’agent
Contacté par Le Défi Quotidien, Jenito Seedoo affirme que « la compagnie appartient à mon épouse et agit comme médiateur entre l’employeur et l’agent. Elle offre des services de consulting ». Si l’on comprend bien Seedoo, Lexus ne recrute pas pour les employeurs mais agit comme intermédiaire entre ces derniers et les agents de recrutement. Et le ministre qui avait promis de supprimer les intermédiaires inutiles dans le recrutement de travailleurs étrangers !
Mais quel est le rôle exact de cet intermédiaire qu’est Lexus ? Jenito Seedoo reconnait qu’un de ses « officiers » a voyagé avec un employeur, à Madagascar, pour mettre l’employeur en contact avec un agent recruteur… malgache. Cet accompagnement, Lexus l’a facturé Rs 287 500 à l’employeur pour 13 travailleurs !
C’est sans compter, sans doute, les frais de l’agent malgache qui ne travaille sûrement pas gratuitement. On se demande d’ailleurs pourquoi Lexus réclame des frais pour les tests médicaux, certificats de moralité et surtout permis de quitter le territoire malgache !
Pour un consultant, Lexus fait beaucoup. Et réclame beaucoup. L’entreprise n’agissait-elle pas en fait comme recruteur ? Ça en a tout l’air. Pourtant, elle n’avait pas de permis de recrutement. En tout cas, pas encore, puisque selon Reza Uteem au Parlement, seules deux sociétés, Adequate Consulting Ltd et Zenith Consulting Ltd, viennent d’obtenir leur licence.
Licence à une société défunte
Il y a un autre problème : Zenith est, selon le Registrar of Companies une « defunct company ».
Mais revenons à Lexus. Puisqu’elle n’a pas de licence, a-t-elle fait une demande pour en avoir ? Mardi, le ministre du Travail a affirmé que six autres agences attendent leur permis. Lexus serait-elle parmi ces six ? On ne le sait.
Au cas où Lexus serait parmi ces six sociétés, satisfait-elle les critères sévères de « (a) technical knowledge and experience in recruitment; (b) knowledge of applicable law; (c) sufficient financial resources, and (d) fitness and suitability of shareholders, directors and senior officers » ? D’après une agence, non.
Si Lexus n’a pas encore sa licence et qu’elle a agi comme agent, elle aura commis un délit. Or, répondant à Joanna Bérenger mardi, Reza Uteem a affirmé que cette société ne figure pas dans la liste des 21 cas de pratiques illégales référés à la police. Le même Uteem dira au Défi Quotidien que de telles pratiques sont légales.
Flexibilité pour Lexus ?
Cependant, le ministre Uteem a précisé au Parlement « qu’on a donné une certaine flexibilité avant octobre 2025 pour que les employeurs puissent faire une demande pour des travailleurs étrangers en leur propre nom parce qu’on n’avait pas encore émis des recruitment licenses ». Son ministère s’est-il montré flexible envers les employeurs qui ont fait des recrutements directement mais en ayant recours aux services de consultancy de Lexus ?
Reza Uteem et Jenito Seedoo sont restés injoignables à l’heure de la publication de cet article.