
Des sièges ministériels clairsemés et l’absence de deux junior ministers ont retenu l’attention alors qu’un projet de loi présenté comme historique était inscrit à l’agenda du 2 juin.
Par Jasvin Sok Appadu
La séance parlementaire de ce mardi 2 juin a été dominée par plusieurs dossiers majeurs. D’abord la Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition, Joe Lesjongard, adressée au Premier ministre, Navin Ramgoolam, sur le fléau de la drogue synthétique. Puis sont venues la Prime Minister’s Question Time (PMQT) et les questions destinées aux différents ministres.
Mais l’un des moments les plus attendus de la journée restait le débat et l’adoption du Constitution Review Commission Bill, un texte présenté comme une réforme d’envergure. Ce projet de loi vise à instituer une Commission de révision constitutionnelle appelée à examiner et recommander des changements à la Constitution mauricienne. Un exercice que le Premier ministre lui-même a qualifié d’important pour l’avenir institutionnel du pays.
Pourtant, alors que ce texte majeur était débattu au Parlement, un autre élément a retenu l’attention dans l’hémicycle : le nombre inhabituellement élevé de sièges vides du côté gouvernemental.
Des bancs inoccupés parmis la majorité
Dès le début de la PNQ, alors que Navin Ramgoolam entamait sa réponse, les nombreux sièges inoccupés parmi les élus de la majorité ne sont pas passés inaperçues. Plus de quinze parlementaires étaient absents mardi, parmi lesquels cinq ministres.
La situation a d’ailleurs été indirectement relevée par la Speaker de l’Assemblée nationale. À l’issue de la PNQ, juste avant le début de la PMQT, Shirin aumeerudd-Cziffra a lancé : « I am waiting to know who else will be replying to other questions for Ministers who are absent », car cinq ministres absents du Parlement c’est très rare.
Une remarque qui a provoqué quelques sourires dans l’hémicycle, mais qui traduit également une réalité peu commune : plusieurs ministres appelés à répondre aux questions parlementaires n’étaient tout simplement pas présents.
Le contrôle des missions à l’étranger en question
Selon les explications officielles, la majorité des absents se trouvaient en mission à l’étranger. Une justification qui soulève néanmoins certaines interrogations.
En effet, il y a quelques mois à peine, le Premier ministre avait affirmé au Parlement qu’il exerçait un contrôle strict sur les déplacements officiels des membres de son gouvernement. Or, la séance de mardi donne l’impression inverse : plusieurs ministres, des junior ministers et même certains députés étaient simultanément hors du pays alors qu’un projet de loi présenté comme historique était inscrit à l’agenda parlementaire. Mais, surtout, les discours des dirigeants de l’Alliance du Changement étaient très attendus.
Parmi les absents figuraient notamment le ministre du Travail, Reza Uteem, en mission à Genève, ainsi que le ministre de l’Énergie, Patrick Assirvaden, en déplacement en Indonésie. Le ministre de l’Éducation se trouvait à Rodrigues pour des consultations liées au secteur éducatif, tandis que le ministre des Transports, Osman Mahomed, était en pèlerinage à La Mecque.
Richard Duval constitue un cas particulier. Présent au pays, le ministre du Tourisme ne s’est toutefois pas rendu ni au bureau ni au Parlement mardi, vraisemblablement pour des raisons de santé. Quant au député Kevin Lukeeram, son absence s’explique par le décès récent de sa mère, dont les funérailles sont prévues ce mercredi.
Même les junior ministers en déplacement
Les absences ne se limitaient pas aux ministres. Le junior minister au Tourisme, Sydney Pierre, se trouve au Mozambique. Fawzi Allymun, des Collectivités locales, est lui aussi en mission à l’étranger.
Le leader des Nouveaux Démocrates, Khushal Lobine, était également absent de l’Assemblée, étant souffrant. Cette accumulation d’absences a alimenté les commentaires dans les couloirs du Parlement.
Une situation inhabituelle
Certains observateurs et anciens parlementaires interrogés n’hésitent pas à parler d’une situation rarement vue à l’Assemblée nationale. Selon eux, il est exceptionnel que cinq ministres soient absents simultanément lors d’une séance du mardi, traditionnellement considérée comme la plus importante de la semaine parlementaire.
Plus encore, plusieurs anciens élus rappellent qu’à leur époque, les déplacements à l’étranger étaient fortement limités lorsqu’un projet de loi majeur devait être débattu ou adopté. Même lorsqu’aucune majorité qualifiée n’était requise, la consigne était claire : la présence des membres du gouvernement au Parlement devait être privilégiée.
D’où une question qui revient avec insistance : comment expliquer qu’au moment même où le gouvernement défendait une réforme constitutionnelle présentée comme fondamentale, une partie significative de son équipe ministérielle se trouvait hors du pays ?
Une contradiction qui n’est pas passée inaperçue et qui risque d’alimenter davantage les débats sur la gestion des missions officielles au sein du gouvernement.