
Au Shivaji Day, samedi 2 mai, Navin Ramgoolam a annoncé la nomination de Balraj Naroo à un poste important.
Par Jasvin Sok Appadu
L’Exécutif fête… le repos
Le Conseil des ministres se réunit, en principe, chaque vendredi pour prendre des décisions et statuer sur la gestion du pays. Lorsque le calendrier s’en mêle, comme vendredi 1er mai, fête du Travail, la mécanique gouvernementale s’accorde elle aussi une pause.
Si la tradition veut qu’aucune réunion du Cabinet ne se tienne un jour férié, d’autres Premiers ministres avaient déjà pris l’habitude d’ajuster l’agenda, en avançant ou en reportant la réunion à un autre jour, histoire d’assurer un minimum de continuité dans la conduite des affaires du pays.
Navin Ramgoolam a visiblement une autre lecture des priorités. Pas de Conseil des ministres vendredi dernier, pas de séance de rattrapage, et donc, pas de décisions formelles. Une méthode qui, selon certains observateurs, commence à ressembler à une habitude. Par exemple, le vendredi 13 mars n’était pas un jour férié, mais pas de conseil. La raison: le départ du président des Seychelles, Patrick Hermine.
Pendant que le pays marquait la fête du Travail, l’exécutif, lui, a surtout marqué une pause. Au-delà du simple jour férié, c’est bien l’impression d’un « pont » généralisé qui domine, ministres compris. Et pendant ce temps, la gestion du pays, elle, attendra le prochain vendredi. Ou le suivant.
Nominations récompenses
Qui dit absence de tenue du Conseil des ministres dit absence de décisions. Et donc, ralentissements au sommet de l’État. Un constat que Balraj Naroo, président de la Mauritius Marathi Mandali Federation, a formulé directement à Navin Ramgoolam, lors des célébrations officielles du Shivaji Day, samedi dernier. Un retard administratif au niveau du Prime Minister’s Office a déploré Balraj Naroo.
Mais la critique aura été de courte durée. Très vite, place à l’éloge. L’ancien chairman du Central Electricity Board (CEB), nommé en 2010 sous un précédent gouvernement Ramgoolam, a dressé le portrait d’un Premier ministre « agissant comme un lion » : lent à décider, certes, mais sachant parfaitement quand frapper.
Une image qui n’a pas laissé le principal intéressé indifférent. Navin Ramgoolam lui a rendu la pareille dans son discours, allant jusqu’à annoncer à Balraj Naroo qu’un « poste très important » l’attendait bientôt.
Sur quels critères ? La loyauté semble, une fois de plus, peser lourd. Le Premier ministre lui-même a rappelé que le Mouvement Socialiste Militant (MSM) avait tenté de recruter Balraj Naroo, en vain, précise-t-il, grâce à son « courage » et à ses « principes ». Au passage, il n’a pas manqué de souligner que ce dernier avait été arrêté sous l’ancien régime.
De quoi alimenter une petite musique bien connue dans les rangs travaillistes. « Ceux qui étaient proches de Ramgoolam et qui ont été arrêtés sous l’ancien gouvernement sont garantis d’une nomination », glisse, non sans ironie, un partisan toujours en attente de promotion. Les exemples : Rampersad Sooroojebally, Dev Jokhoo (depuis contraint à la démission), Rundheersing Bheenick entre autre… et désormais Balraj Naroo. Une constante semble se dessiner, à défaut d’une grille de sélection clairement établie par un Appointments Committee, tant plébiscité mais toujours inexistant.
Verra-t-on bientôt un président d’association socioculturelle propulsé à un poste stratégique de l’État ? Et si oui, au nom de quelles compétences ? Car Navin Ramgoolam l’a dit lui-même lors de cette cérémonie : « We must get the best and the brightest in the right place », avant de concéder que ce n’est pas facile à Maurice, surtout en politique.
Pour l’instant, Balraj Naroo s’est surtout illustré par une déclaration qui a froissé certaines oreilles présentes à la cérémonie, à l’adresse du ministre des Arts et de la Culture : « Mo remersie minis Mahen Gondeea ki nou reprezantan dan parlman. »
Junior dévoreur de Bérenger
À peine installé, déjà contesté. Ce Junior Minister, vivement critiqué par les syndicats, certains ayant même refusé tout dialogue avec lui, semble pourtant nourrir une toute autre lecture de sa stature politique. À l’entendre, il aurait déjà franchi le cap des poids lourds.
La scène se déroule à l’aéroport de Plaisance. Le novice y croise un ancien parlementaire. Il engage la conversation, en quête des dernières rumeurs politiques. Très vite, le ton change.
À la surprise de son interlocuteur, le Junior Minister se lance dans une démonstration de force verbale : il se vante d’avoir « eu la tête » de Paul Bérenger. Selon lui, ce dernier cherchait sa peau lors des négociations avec Navin Ramgoolam durant la dernière crise politique. Il y va sans détour : « Bérenger ti pe rod mo latet… get kot li ete zordi, mo’nn manz li kouma nanye ditou. »
Une sortie qui laisse l’ancien parlementaire, fort de plus de quarante ans de carrière, pour le moins perplexe. Il met rapidement fin à l’échange, préférant ne pas s’attarder avec ce qu’il décrit comme un « joukal » en politique.