Pourquoi Navin Ramgoolam cache-t-il la baisse des « investissements » dans l’immobilier ?

Par Narain Jasodanand

Répondant à une question du Dr Farhad Aumeer, le 19 mai, à l’Assemblée nationale, Navin Ramgoolam n’a pas donné le chiffre de Foreign Direct Investment (FDI) reçu pour le secteur immobilier depuis 2023. Il a juste donné le total des FDI et celui des autres secteurs. Même s’il a reconnu que « the real estate sector remained the primary recipient of FDI inflows », il n’a pas dit combien. Il a promis de déposer les détails au Parlement. Ce qu’il n’avait pas fait au 22 mai.

Scoop.mu a quand même pu se procurer une liste détaillant ces investissements directs étrangers. Mais on ne sait pas si c’est la même sur laquelle s’est appuyé Ramgoolam. Sur notre liste, l’immobilier reste effectivement le premier secteur bénéficiaire des FDI, même si les investissements ont légèrement reculé, passant de Rs 23,95 milliards en 2024 à Rs 21,39 milliards en 2025. Il représente néanmoins encore 69 % de l’ensemble des investissements directs étrangers enregistrés en 2025. En tout cas, ce secteur n’a pas connu de hausse. Est-ce pour cela que Ramgoolam a omis ce chiffre ?

Cependant, malin, le PM a malgré tout affirmé que « this shows clearly that FDI inflows are increasing », tout en reconnaissant qu’environ Rs 17 milliards ont été exceptionnellement reçues pour l’acquisition d’Afrasia Bank par Access Bank UK. C’est de la mauvaise foi.

La baisse de FDI pour l’immobilier a-t-elle été causée par le retard à traiter les dossiers ? Les retards ont-ils provoqué le découragement des « investisseurs » ? Pour plusieurs, y compris, Scoop.mu, c’est une bonne nouvelle car ce secteur est nocif pour notre économie.

One-time business

Ces drôles d’investissements dans le foncier ne servent pas à stimuler notre économie et ne créent pas ou peu d’emplois locaux et durables. Encore moins de la richesse. Ils ne nous rapportent des devises qu’une seule fois, lors de la vente du bien foncier.

Ils servent en réalité qu’à enrichir les promoteurs immobiliers et les gros propriétaires terriens. Ces projets détruisent nos capacités productives de richesse comme la culture vivrière et surtout la canne, qui sert à produire du sucre mais aussi de l’énergie et des liqueurs.

Ces projets de construction sont également à l’origine des problèmes environnementaux tels que l’augmentation d’oxyde de carbone, les inondations, l’érosion du sol, la pollution de nos lagons et le défigurement de notre paysage.

On ne sait pas pourquoi Ramgoolam appelle « investissement » la vente de notre patrimoine foncier. Lorsqu’un individu vend sa maison ou son terrain, est-ce de l’investissement ? Certainement pas. C’est peut-être de l’investissement pour celui qui achète, pas pour celui qui vend. Au contraire !

Nouveau modèle économique ?

Depuis novembre 2024, Navin Ramgoolam n’a pas arrêté de parler de nouveau modèle économique. Il l’a répété le 19 mai 2026 au Parlement : « As announced in the 2025-2026 Budget Speech, our new economic model will be investment-led, productivity-based and export-driven…  government is firmly determined to attract greater foreign direct investment into productive and emerging sectors as a key driver of economic transformation. This commitment is focused on fostering diversification, enhancing value addition, and generating sustainable employment. »

Il n’a pas éprouvé de honte à promettre ce nouveau modèle économique tout en se vantant de la place prédominante qu’occupe l’immobilier dans les FDI et se targuant de l’introduction du Golden Visa Scheme et du Fast-Track Concierge Service, qui vont surtout servir le secteur immobilier.

Maintenant, il semble que ce secteur connaisse un plafonnement. S’explique-t-il par la saturation du marché ? Y a-t-il de moins en moins de sites idéalement situés, par exemple, avec vue sur mer ? Possible. De route façon, il y a une limite à son expansion, d’autant plus que notre territoire est exigu. Sauf si Ramgoolam commence à permettre la conversion des hôtels en projets Investment Hotel Scheme !