Le secteur public de la santé traverse une crise silencieuse, mais bien réelle. Les infirmiers surtout, piliers essentiels de notre système hospitalier, se retrouvent à travailler des heures supplémentaires non payées depuis plus de six mois. Et ils sont appelés à faire plus d’heures sup, vu le manque de bras.
Bachoo et la version officielle
Le ministre de la Santé, Anil Bachoo, a récemment annoncé le recrutement d’une centaine d’infirmiers tout en affirmant que « de nombreuses licences ont été accordées à des hôpitaux et cliniques privées sans évaluation adéquate de l’impact futur sur le marché de l’emploi ». Traduction : les infirmiers auraient quitté le public pour le privé.
Sauf que la réalité est tout autre. Selon les syndicats et professionnels du secteur, beaucoup ont tout simplement quitté le pays, séduits par de meilleures opportunités à l’étranger. Et qui pourrait les blâmer ? Entre sécurité d’emploi et perspective d’un vrai salaire ailleurs… le choix est vite fait.
Combien ont vraiment quitté ? Combien ont été recrutés ? Nous l’avons demandé au ministère de la Santé. Pas de réponse. Les chiffres contrediraient-ils la déclaration ministérielle ? Il semble qu’en fait les cliniques privées opteraient plus pour du personnel étranger.
La pilule amère des heures sup gratuites
Et comme si la fuite à l’étranger ne suffisait pas, le personnel du public découvre maintenant que ses heures supplémentaires ne sont pas payées, et cela, depuis plus de six mois. Une situation qui pousse la motivation vers le bas et l’énervement vers le plafond.
Ram Nowzadick, président de la Mauritius Nursing Association, explique que « depuis juillet de l’an dernier, beaucoup de cadres du ministère de la Santé ne perçoivent pas leurs indemnités d’overtime. » Selon lui, l’argument d’un envoi tardif du bill ne tiendrait pas, les dossiers étant à jour depuis plusieurs mois. Du côté des Finances, il serait question d’un manque de fonds. Quelques paiements auraient été effectués, mais principalement au bénéfice des médecins et des cadres supérieurs.
Le personnel, lui, continue d’enchaîner des journées de 12 à 14 heures, souvent sans pause. Certains refusent désormais de faire des heures supplémentaires sans garantie de paiement, ce qui accentue les tensions dans les services hospitaliers. Et le service en pâtit.
Toujours selon Ram Nowzadick, une centaine d’infirmiers auraient quitté le pays, tandis que d’autres ont rejoint le secteur privé. Plusieurs infirmiers sous contrat mensuel (month to month) n’auraient pas été régularisés après trois ou quatre ans de service, les poussant également vers d’autres horizons.
« Le salaire moyen d’un infirmier dans le public reste correct sur le papier, mais ne compense pas le stress, la fatigue, et surtout beaucoup ont contracté de gros prêts à la Mutual Aid dans l’espoir de les rembourser avec une partie de leurs heures supplémentaires impayées. » Après plusieurs déductions de salaire — GSA, CSFPS, Pension Contribution, etc. — il ne reste parfois plus rien à certains pour finir le mois. Une situation qui transforme ce qui devrait être un emploi stable en véritable parcours du combattant financier.
Résultat : des infirmiers fatigués, frustrés et parfois au bord du burnout. Les malades le ressentent : service ralenti, personnel stressé et grognon, avec plusieurs moments d’inattention qui n’auraient pas dû arriver. Pendant ce temps, les opportunités à l’étranger continuent d’attirer les talents. Entre salaires équivalents, heures sup impayées et absence de perspective, rester dans le public devient un acte de sacrifice héroïque plutôt qu’un choix de carrière.
Le coup de ciseaux de la MRA
Et comme si ce n’était pas assez, le moment tant attendu du paiement des heures supplémentaires pourrait devenir une source de frustration supplémentaire : une fois les heures sup enfin versées, la Mauritius Revenue Authority (MRA) va déduire un gros montant, réduisant significativement ce que les infirmiers espéraient toucher. Certains se demandent si travailler six mois pour finir avec une fraction seulement de leurs heures sup vaut encore le coup.
Une lettre à l’attention du ministère, envoyée par les Community Health Care Officers, a été adressée, le 10 Janvier dernier, pour demander des explications et réclamer le paiement des heures sup. Aucune réponse.
Certains infirmiers commencent même à se demander si ce chaos n’est pas une stratégie implicite pour pousser les patients des hôpitaux vers les cliniques privées. Pendant ce temps, les annonces hebdomadaires ministérielles continuent de faire croire que ça bouge, mais sur le terrain, c’est la débrouille et l’épuisement.
Et maintenant ?
La situation exige une action rapide : payer les heures supplémentaires, ajuster les salaires, retenir les talents et améliorer la gestion du personnel. Sinon, le public risque de voir un système de santé épuisé, désabusé… mais bien décoré dans les communiqués officiels.
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