« Enough is enough. » Le ton était donné dès les premières minutes. Face à la presse cet après-midi à Rose-Hill, à l’issue de la réunion du Comité central du MMM, le Deputy Prime Minister, Paul Bérenger, n’a pas mâché ses mots. Entre frustration contenue et avertissements à peine voilés, le leader mauve a multiplié les piques contre la gestion du pays par le Premier ministre Navin Ramgoolam, tout en laissant entendre que sa propre présence au gouvernement pourrait ne pas survivre au 12 mars.
« Mo finn manz coup depi lontan… me aster mo krwar mo pou accoucher, mo pou koze », a-t-il lancé, avant d’ajouter : « Après le 12 mars, moi, comme leader du MMM, j’aurai beaucoup de choses à dire que je ne peux pas dire pour l’instant par discipline gouvernementale. »
Des propos lourds de sens qui, pour plusieurs observateurs, ressemblent à une mise en garde directe adressée au chef du gouvernement.
Des dossiers qui s’accumulent
Visiblement, la gestion de plusieurs dossiers par le Premier ministre n’est pas du goût du numéro deux du gouvernement. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Paul Bérenger tire la sonnette d’alarme. En décembre dernier déjà, il avait exprimé de sérieux doutes et évoqué la possibilité de quitter le gouvernement avant de finalement revenir sur sa décision, après avoir obtenu de nouvelles assurances de Navin Ramgoolam que « les choses allaient changer ».
Mais à l’entendre ce vendredi, ces promesses peineraient toujours à se concrétiser.
La lutte contre la corruption, contre la drogue, la gestion de la police et de l’ADSU, la situation d’Air Mauritius ou encore certains dossiers liés au tourisme : autant de chantiers qui, selon lui, restent problématiques et qui relèvent directement de la responsabilité du bureau du Premier ministre.
Air Mauritius : « Enough is enough », Viljoen “Useless”…
Sur le dossier d’Air Mauritius, Paul Bérenger n’a pas caché son exaspération. La récente nomination de Megh Pillay au board de la compagnie nationale ne suffira pas, selon lui, à redresser la situation.
« Mo ti fer konpran ki mo pa pou al guet Megh Pillay si li pa le boss d’Air Mauritius… Boss vedir CEO ou GM de MK », a-t-il expliqué, rappelant qu’il avait clairement indiqué sa position depuis longtemps.
Il est aussi revenu sur les épisodes successifs impliquant Kishore Beegoo et Dass Thomas. « Mais là, enough is enough. Mone manz mo cou, Megh Pillay inn manz so cou… mais nou pou dévoilé, nou pou koze après 12 mars. »
Autre sortie qui n’est pas passée inaperçue : son jugement sans détour sur le nouveau CEO d’Air Mauritius, Andre Viljoen, qu’il a qualifié d’« useless », tout en critiquant la décision d’envoyer 12 cadres de la compagnie en formation au Fidji.
Tourisme : un « bazar » selon Bérenger
Le leader du MMM s’est également attardé sur la situation au ministère du Tourisme, dirigé par Richard Duval, qu’il décrit comme un véritable « bazar » depuis les dernières élections.
Il est notamment revenu sur la suspension de José Arnasalon, ancien chairman de la Tourism Authority. Selon Paul Bérenger, plusieurs nominations effectuées par le ministre relevaient de la « couyonade », évoquant notamment le cas d’un adviser qui a fini par démissionner.
Le DPM explique qu’au Conseil des ministres vendredi dernier, Richard Duval avait affirmé que la Tourism Authority « marche à merveille ». Pourtant, quelques heures plus tard, il apprenait la suspension de quatre membres du board de l’institution.
Une situation qui l’a profondément irrité.
« Nou pa kapav dirige enn pei koumsa », a-t-il confié avoir dit au Premier ministre.
Après discussions, trois membres du board ont finalement été réintégrés, mais pas le chairman, José Arnasalon. Une décision que Bérenger dit ne pas comprendre, affirmant avoir découvert par la suite que le ministre du Tourisme aurait évoqué des plaintes pour harcèlement sexuel pour justifier ce choix.
« Après vérification, il n’y a aucune plainte de ce genre », affirme le leader du MMM, qui affirme avoir proposé l’ouverture d’une enquête indépendante, avec un retrait temporaire de José Arnasalon en attendant les conclusions.
Le 12 mars comme ligne rouge- Gang des 5
Au fil de sa conférence de presse, Paul Bérenger a laissé entendre que plusieurs décisions « difficiles » devront être prises dans les jours ou semaines à venir.
Mais surtout, il a fixé une date : le 12 mars, après les célébrations de l’indépendance et la visite du président des Seychelles.
Si d’ici là rien ne change, le leader du MMM n’exclut pas de rompre la discipline gouvernementale.
« Après le 12 mars, mo pou koze… », a-t-il répété, promettant de révéler « les conneries » commises par le gouvernement y compris celles du « gang des cinq » gravitant autour du bureau du Premier ministre.
Des pressions dans les institutions financières
Autre révélation glissée lors de cette conférence de presse : selon lui, certaines institutions liées aux services financiers feraient face à une ingérence politique croissante.
« Mo konn bien ki pe arriver dan bann instances gouvernementales… ena dimounn pe menase pou démissionner parski ena trop ingerence gouvernementale », a-t-il affirmé.
DPM ou simple député ?
Malgré la gravité de ses propos, Paul Bérenger affirme espérer ne pas avoir à « accoucher » de ces révélations.
« Mo espere mo pa bizin arrive la… sinon mo garde dan ventre », a-t-il lancé, non sans ironie.
Mais à la question directe de savoir s’il sera toujours au gouvernement après le 12 mars, le Deputy Prime Minister s’est contenté d’un énigmatique : « Nous allons voir. »
Le MMM ne veut toutefois pas perturber la visite officielle du président des Seychelles dans le cadre des célébrations de l’indépendance.
Le bureau politique du parti se réunira ainsi le 16 mars pour analyser la situation politique. C’est à ce moment-là que sera tranchée une question devenue centrale dans les coulisses du pouvoir : Paul Bérenger siégera-t-il encore au Parlement comme Deputy Prime Minister… ou simplement comme backbencher ?
| Virus-free.www.avast.com |
