Me Atish Roopchand interrompant Sanjay Dawoodarry dans ses explications sur Ravatomanga, lors de la conférence de presse du 8 septembre.

Par Narain Jasodanand

Si le directeur général (DG) de la Financial Crimes Commission (FCC) Sanjay Dawoodarry a organisé le 8 septembre la toute première conférence de presse de l’institution, c’était surtout, on l’a compris, pour répondre à certaines attaques contre la FCC et plusieurs de ses officiers.

Il a longuement défendu une enquêtrice en particulier, qui avait fait l’objet d’attaques personnelles et infâmes. Pour Dawoodarry, cette campagne est destinée à saper le moral des employés de la FCC, à les intimider et à dénigrer l’institution aux yeux du public.

Dawoodarry a, toutefois, été moins bavard concernant les enquêtes high-profile. Il a justifié sa retenue tantôt parce que l’affaire est devant les tribunaux, comme celle de Mamy Ravatomanga, tantôt parce que l’enquête est en cours, comme celle sur les valises du couple Jugnauth.

Pas de liberté pour Mamy

Cependant, interrogé sur les raisons pour lesquelles la FCC continue de s’opposer à la remise en liberté de Mamy Ravatomanga, alors qu’elle ne l’a pas fait pour les autres protagonistes de cette affaire, notamment David Thomas, Dawoodarry a commencé à expliquer qu’« il existe des risques basés sur des faits » lorsque l’Acting Chief Legal Advisor de la FCC, Me Atish Roopchand, lui a murmuré quelque chose à l’oreille. Dawoodarry a alors interrompu ses explications pour déclarer que l’affaire était sub judice et qu’il fallait laisser au magistrat le soin de prendre une décision concernant la remise en liberté de l’homme d’affaires malgache. Avant de prévenir qu’il ne répondrait à aucune question sur cette affaire.

Quant au cas d’Anil Bachoo, c’était une autre non-explication : l’enquête vient juste de commencer et il ne pourra en « donner aucun détail ».

Concernant la disparition de la déclaration des avoirs de Shakeel Mohamed du site de la FCC, le DG a expliqué qu’après le lancement d’un appel d’offres à l’externe pour recruter un expert chargé de faire la lumière sur cette affaire, aucun soumissionnaire ne s’était manifesté. Après un deuxième appel d’offres, il y a eu un seul soumissionnaire, et le prix proposé était au-dessus des moyens de la FCC.

Toujours d’après Dawoodarry, la FCC a alors dû rechercher et nommer de gré à gré Storm Guidance Ltd, basée au Royaume-Uni. À noter que cette société détient une succursale à Maurice sous le nom de Storm Guidance (Mauritius) Ltd…

Erreur technique et… humaine ?

Toujours selon Dawoodarry, après enquête, Storm Guidance a conclu à un problème technique qui a fait que si cette déclaration (ainsi que quelques autres) était bien sur le serveur de la FCC, elle n’apparaissait pas sur le site.

Le DG a annoncé que plusieurs employés de la FCC ont été suspendus en conséquence. Ce ne serait donc pas une erreur technique mais bien humaine ? Toujours est-il que ces officiers sont passés devant un comité disciplinaire, qui a pris les mesures nécessaires. Ont-ils été licenciés ? Dawoodarry ne l’a pas précisé, se contentant de dire que des sanctions « très, très sévères » ont été prises.

Légalement, a souligné Dawoodarry, la FCC n’est pas obligée d’afficher ces déclarations des avoirs sur son site mais elle le fait quand même…

À propos de l’agenda (diairy) de la FCC diffusé sur le web, Dawoodarry a expliqué qu’il appartient à une jeune recrue qui l’avait oublié dans une maison à Goodlands, où une descente avait eu lieu, en février 2026. Descente qui avait tourné à une échauffourée nécessitant l’évacuation d’urgence des officiers de la FCC. Le diairy ne contient pas des informations liées à Josian Deelawon, a-t-il assuré, contrairement à ce qui est allégué.

Les lunettes de Kobita Jugnauth

Autre précision donnée par le DG de la FCC, Kobita Jugnauth n’avait jamais oublié ses lunettes lorsqu’elle s’était rendue à la FCC le 3 septembre 2025. La FCC, avance-t-il, n’avait besoin de Kobita Jugnauth que pour 15 minutes et il ne s’agissait pas de test ADN.

Concernant les fuites d’informations, Dawoodarry a avoué qu’un officier de la FCC a été suspendu, après une enquête menée promptement. Ce policier est soupçonné d’être lié au narcotrafic et même de contrôler tout un réseau. Il n’a pas communiqué l’identité de cette taupe et n’exclut pas, pour le moment, d’autres complicités internes.

Ces décisions, a-t-il rappelé, ont été prises en consultation avec la hiérarchie car, a-t-il souligné, il doit répondre, non à tout le board de la FCC, mais au trio composé des avocats Nitish Hurnaum et Richard Rault et de l’expert-comptable Virgine Lennon.