Les ministres et députés visitant Ramgoolam au PMO auront desormais plus d’air frais, avec le renouvellement des air-cons coûtant Rs 20 millions.


Par Jasvin Sok Appadu

Après plus de quinze heures de débats, l’examen des dotations budgétaires (Committee of Supply) des différents ministères s’est achevé vers 3 heures du matin, samedi 27 juin, avec l’adoption de l’Appropriation Bill. Un exercice souvent technique, mais qui réserve parfois quelques surprises. Car derrière les longues colonnes de chiffres se cachent des choix politiques qui en disent long sur les priorités d’un gouvernement.

Cette année, le contraste saute aux yeux. D’un côté, le gouvernement invoque la rigueur budgétaire pour justifier une réforme de la pension qui demande d’importants sacrifices aux Mauriciens. De l’autre, certaines dépenses approuvées au Parlement donnent l’impression que cette austérité ne s’applique pas avec la même rigueur lorsqu’il s’agit de l’appareil de l’État.

Rs 20 millions pour les clim du bureau du Premier ministre

Parmi les crédits votés pour le Prime Minister’s Office (PMO), une ligne budgétaire a particulièrement retenu l’attention : Rs 20 millions seront consacrées au remplacement des climatiseurs.

Interrogé sur cette dépense, le Premier ministre et ministre des Finances, Navin Ramgoolam, a expliqué que cette enveloppe permettra de remplacer l’ensemble du système de climatisation du bâtiment. Une priorité pour le moment, même en hiver? Qui décrochera ce contrat, se demande-t-on déjà.

Autre dépense significative : Rs 20 millions seront également déboursées pour régler les honoraires des avocats ayant conseillé Maurice dans le dossier des Chagos.

À cela s’ajoutent Rs 40 millions prévues sous la rubrique Hospitality and Ceremonies. Selon le Premier ministre, cette enveloppe couvre notamment les dépenses liées à la visite officielle du président français, Emmanuel Macron, à Maurice.

Autant de dépenses qui contrastent avec le discours de rigueur budgétaire défendu par le gouvernement depuis la présentation du budget.

Rs 37 millions par an pour la National Security Unit

Autre hausse budgétaire qui n’est pas passée inaperçue, celle du bureau du National Security Advisor et de son unité.

Les contribuables financeront désormais cette structure à hauteur de Rs 37 millions par an. Une unité composée en grande partie d’anciens officiers indiens, selon les informations fournies lors des débats.

Le département de l’ADSU bénéficie lui aussi d’une augmentation de ses crédits, avec Rs 14 millions destinées à l’acquisition de nouveaux pick-up trucks.

Une décision qui peut surprendre. Car c’est ce même Navin Ramgoolam qui, avant son retour au pouvoir, s’était engagé à démanteler cette unité spécialisée, conformément aux recommandations de la Commission d’enquête présidée par l’ancien juge Paul Lam Shang Leen.

La police passée sous silence, Adrien Duval demande d’y revenir

Mais les chiffres n’ont pas été les seuls à alimenter les débats. La manière dont s’est déroulé l’examen des dotations budgétaires a également provoqué de vives tensions au sein de l’hémicycle. Du moins pour le début de l’exercice.

Dès le début des travaux, plusieurs députés de l’opposition ont dû rappeler à la Speaker les règles qui encadrent cet exercice, alors qu’il avait été convenu de procéder méthodiquement, page après page. Puis est survenu l’incident.

Alors que les crédits des organismes relevant du PMO venaient d’être examinés, la Speaker, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, annonce le passage à la page 142. Pour Adrien Duval, cela revenait tout simplement à passer au vote du budget de la police ‒ à la page 139 ‒ sans que les députés n’aient pu interroger le Premier ministre sur ce département pourtant stratégique.

Le commissaire de police, Rampersad Sooroojebally, qui assistait jusque-là aux débats avec son état-major afin de répondre aux éventuelles questions techniques, avait déjà quitté l’hémicycle.

Adrien Duval explose alors de colère. Il exige que l’Assemblée revienne immédiatement sur les crédits de la police, estimant qu’il est inconcevable qu’un département d’une telle importance soit expédié de cette manière. La Speaker lui répond qu’il est désormais trop tard puisque le commissaire de police est déjà parti.

La Speaker au élus : « Personne ne boit en attendant »

Loin de se satisfaire de cette réponse, Adrien Duval poursuit sa protestation. Selon lui, si le budget de la Police n’est pas réexaminé, il n’a aucune raison de poursuivre sa participation à cet exercice parlementaire. La Speaker consulte alors ses collaborateurs avant d’assurer qu’elle n’a jamais sauté le département de la police.

« Pourtant, c’est bien vous qui avez annoncé la page 140 », lui rappelle aussitôt Adrien Duval. Face à l’impasse, Shirin Aumeeruddy-Cziffra suspend finalement les travaux pour le dîner et accepte que le budget de la police soit réexaminé à la reprise des débats. Le commissaire de police et son équipe sont rappelés afin de revenir à l’Assemblée.

Avant de lever la séance, la Speaker lance toutefois une phrase qui fera sourire plus d’un député : « We break for one hour… personne ne boit en attendant. » Une remarque qui n’est évidemment pas passée inaperçue dans l’hémicycle.

Assirvaden pique Duval : « Tonn fer zot retourne e reste, zot pa pou bliye twa la… »

À la reprise, les dotations de la police sont finalement examinées comme le réclamait l’opposition. Adrien Duval, Joe Lesjongard et Joanna Bérenger interrogent longuement le Premier ministre sur plusieurs postes budgétaires avant que la Speaker ne remercie officiellement le commissaire de police et son équipe d’avoir accepté de revenir dans l’hémicycle.

Mais la soirée ne s’arrête pas là. Alors que Rampersad Sooroojebally quitte finalement la salle, le ministre Patrick Assirvaden lance, sourire aux lèvres, une pique à Adrien Duval :

« Adrien, to finn fer zot retourne e reste… zot pa pou bliye twa, hein. » Une boutade faisant clairement référence aux procédures judiciaires auxquelles est confronté le député de l’opposition dans l’affaire de l’accident survenu sur l’autoroute de Pailles.

Entre lignes budgétaires controversées, tensions de procédure et petites phrases échangées dans l’hémicycle, cette dernière séance du Committee of Supply aura finalement été bien plus rapide que ne le laissaient présager les colonnes de chiffres.