Enfants des abris : l’Adoption Bill en souffrance aussi
Par Catherine François
D’un côté, les shelters surpeuplés où les enfants sans famille grandissent dans la tristesse et parfois dans la violence, comme ce fut le cas à l’abri Mon Destin. De l’autre, des familles qui veulent bien adopter des enfants. Au milieu, il y a les autorités qui ne facilitent pas l’adoption. Au contraire…
Le fameux Adoption Bill, censé moderniser l’adoption à Maurice, fait parler de lui, surtout depuis l’arrivée d’Arianne Navarre-Marie au ministère de l’Égalité des genres et du Bien-être de la famille. Présenté comme indispensable pour protéger les enfants vulnérables, il semble pourtant avancer à la vitesse d’un escargot, entre annonces officielles et retards à répétition.
Aujourd’hui, l’adoption repose sur les articles 343 à 370 du Code civil, héritage direct du Code Napoléon de 1804, conservé et adapté à Maurice depuis 1808. Adoption simple, plénière, légitimation par adoption… tout est prévu sur le papier. Mais dans la vraie vie, c’est un parcours du combattant : plusieurs autorités à consulter ‒ Cour suprême, services sociaux, Child Development Unit ‒, des dossiers interminables et des délais qui peuvent s’étendre sur plusieurs années.
Shelters surpeuplés
Résultat : les enfants accumulent les jours et les années dans des shelters souvent surpeuplés. Selon certains travailleurs sociaux, un dossier peut se perdre entre deux bureaux, ou rester bloqué pour des formalités mineures, transformant l’adoption en véritable marathon administratif.
Le 2 août 2025, Arianne Navarre-Marie promettait que le Child Adoption Bill permettrait de centraliser les démarches au sein d’une nouvelle autorité dédiée et de garantir plus de transparence et de sécurité juridique. Mais depuis, rien.
Des familles souhaitant adopter un enfant attendent depuis plus de trois ans. Entre réunions, documents à compléter, vérifications de domicile, certificats médicaux et enquêtes sociales, certaines finissent par abandonner, épuisées par la lenteur et la complexité du système. Du côté des enfants, certains grandissent en priant chaque jour pour qu’ils soient adoptés…
« Phase très avancée »
Le futur Adoption Bill promet de mettre un peu d’ordre : un cadre clair pour les adoptions locales, internationales et intrafamiliales, une autorité unique, une sélection plus stricte des adoptants et un suivi renforcé des enfants. Le National Adoption Council devrait veiller au respect de l’intérêt supérieur de l’enfant et privilégier les options d’adoption locale, tout en centralisant et en coordonnant les dossiers.
Le texte prévoit même de se conformer à la Convention de La Haye de 1993, histoire de prévenir les abus à l’international. Arianne Navarre-Marie, assurait en août 2025 que le projet était « dans une phase très avancée »… Pour ces enfants qui passent des années sans foyer permanent, la notion de « phase avancée » semble un concept abstrait.
Selon une source au ministère concerné, le projet de loi est actuellement au bureau de l’Égalité des genres et du Bien-être de la famille, après avoir passé un long séjour au State Law Office. Pourtant, d’autres lois ont été amendées ou mises sur pied en un rien de temps…
Adoption… de la loi en cours
Tout le monde s’accorde à dire que cette réforme est nécessaire non seulement pour le bien-être de l’enfant mais pour régler un problème aigu de la société : d’un côté des couples sans enfants ou des familles désirant adopter et, de l’autre, des enfants abandonnés dans les shelters ou ailleurs.
Le 7 septembre 2025, Arianne Navarre-Marie jurait (encore une fois) que l’Adoption Bill était en cours de finalisation, le 15 mai 2025, que le projet de loi serait bientôt présenté au Parlement…
