
Patrick Assirvaden semblait mal à l’aise avec les explications techniques, lors de sa conférence de presse du 6 octobre.
Par Narain Jasodanand
Le ministre des Services publics était, comme à son habitude, bien entouré pour sa conférence de presse du 6 octobre. Probablement pour qu’il ne se trompe pas dans les informations fournies et surtout pour que la responsabilité de ce qu’il affirme soit partagée ou portée par les personnes autour de lui.
En fait, Patrick Assirvaden réagissait, à sa manière, aux manifestations de colère de la veille des habitants de Clairfonds, Vacoas.
Une question de gravité…
Ces habitants, qui avaient subi une coupure d’eau complète pendant quatre jours, avaient fait remarquer que les autres régions étaient, elles, alimentées abondamment. Scoop.mu peut confirmer cette information et même la présence d’une plus grande alimentation que la normale et l’absence de coupures dans certaines régions, en pleine période de sécheresse. Y a-t-il eu un dérèglement dans la distribution ?
Patrick Assirvaden avait une excuse toute prête pour ces coupures : les maisons situées dans les régions basses ont été desservies en premier, grâce à la gravité, et il n’en restait plus pour les autres ! Même quand il y avait de la pression-mécanique ? L’eau n’arrivait pas dans les hauts. Est-ce normalement le cas ou juste en période de sécheresse, comme en ce moment ? On ne le sait.
Le problème c’est que Clairfonds se situe presque à la même altitude que Mesnil qui, elle, a été bien desservie en eau. Scoop.mu a été informé que certaines régions situées à un niveau plus élevé ont été gâtées par la CWA. N’est-ce pas plutôt la classe et non l’altitude des habitants qui a déterminé les coupures ?
Quoi qu’il en soit, les habitants de Clairfonds n’ont pas été plus renseignés en entendant Assirvaden.
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Y en a Mare-aux-Vacoas
Ce sont surtout les explications du ministre sur le mystère du faible taux de remplissage de notre plus gros réservoir, Mare-aux-Vacoas, qui étaient attendues. En avril, il expliquait que c’était dû au changement climatique. Si le 6 octobre, il a maintenu la thèse, ou plutôt hypothèse, il a donné une autre précision selon laquelle la pluie se déplace du sud-ouest (dans les environs de Mare-aux-Vacoas) vers le nord-est. C’est peut-être vrai, car plusieurs experts ont déjà parlé d’un mouvement spatial de la pluviométrie mais qui est aussi temporel, c.-à-d., vers la fin de l’été plutôt qu’en janvier et février.
Bien que le directeur de la météo, Raj Booneeady, ait été hier à ses côtés, Assirvaden n’a pas communiqué les chiffres de la pluviométrie.
Les arguments plutôt alambiqués du ministre ignorent toutefois que ce changement de schéma se produit sur le temps long. Pas d’une année à l’autre car, sinon, comment expliquer que le 6 octobre 2025, Mare-aux-Vacoas était à 88,6 % rempli mais à seulement 35,9 % en 2026 ? Le changement climatique, ou microclimatique selon Shiam Thannoo, s’est-il accéléré entre 2025 et 2026 ? Ce phénomème qui affecte le monde entier, comme le dit le ministre, a-t-il frappé notre pays subitement et plus brutalement après qu’Assivaden est devenu ministre ? Ni celui-ci ni les experts autour de lui n’ont évoqué El Niño. Avec raison, peut-être.
Le précédent de 2011
Personne n’a suggéré non plus que la baisse soit due à un autre phénomène exceptionnel et inexplicable, comme ce fut le cas en 2011. La sécheresse de 2011 est restée inexpliquée 15 ans après, malgré les promesses de grandes études promises à l’époque par le ministre travailliste d’alors, Rashid Beebeejaun.
Contrairement à celui-ci, Patrick Assirvaden n’a même pas fait allusions aux autres « phénomènes » bien humains : les constructions de routes, de villas et de parkings géants dans les bassins versants autour de Mare-aux-Vacoas.
Des millions et des milliards
Après les explications variantes d’Assirvaden et qui ne semblent même pas le convaincre lui-même, il n’y a donc rien d’autre à faire que de prendre de l’eau dans d’autres réservoirs – avec la connexion de Mare-Longue à La Marie, au coût de Rs 150 millions –, d’utiliser l’eau des rivières, qu’il faut filtrer à travers des Compact Pressure Filtrations achetés à coups de millions (Rs 350 millions), de forer des boreholes tout en interdisant au secteur privé d’en faire usage, de recycler et réutiliser les eaux usées et d’augmenter la flotte de camions-citernes.
Le ministre a bien sûr évoqué les projets de dessalement. Il en a tellement parlé que l’on est en droit de se demander si les coupures d’eau ne servent pas d’excuse au dessalement, même si ce projet est prévu à long terme. Tout comme le remplacement des canalisations, au coût de Rs 2,9 milliards.
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Maunthrooa épargné
Curieusement, Patrick Assirvaden a évité de blâmer l’ancienne direction de la CWA et Prakash Maunthrooa en particulier. Il a juste effleuré l’affaire des gros tuyaux en polyéthylène haute densité posés à même le sol avant 2024 sur des dizaines de kilomètres, dont 300 mètres avaient brûlé. Devant l’insistance d’un journaliste, le ministre a répondu que ce n’était pas le moment de jouer au « blame game ».
Scoop.mu avait déjà attiré l’attention sur le fait que Maunthrooa n’a pas encore été inquiété par les nouvelles autorités. Un autre « projet » à long terme ?