Le 1er décembre, le magistrat Prashant Bissoon a adroitement soutenu sa décision de refuser la demande de remise en liberté provisoire à Maminiaina ‘Mamy’ Ravatomanga et celle de l’envoyer à la prison de Melrose au lieu de la Premium Care Clinic à Phoenix. Cela, avec humour et ironie.
A noter d’abord que l’objection présentée contre le Prohibition Order (ordre d’interdiction de quitter le territoire) imposé par la Financial Crimes Commission (FCC) à Mamy a été sagement retirée par ses avocats qui ont préféré sans doute que ce dernier reste confiné à Maurice plutôt que de tomber entre les mains des geôliers malgaches. Ses avocats auront probablement réalisé que si jamais un ordre d’extradition est prononcé contre Ravatomanga, ils pourront toujours opposer un Prohibition Order qui l’empêche de quitter Maurice.
A côté de la plaque
Il y aussi eu la mauvaise position prise par les avocats de Mamy, soulignée par le magistrat : alors que la demande de la FCC était d’envoyer Ravatomanga en prison, les avocats évoquaient le risque d’infection dans une cellule policière. Cela, alors que personne ne parlait de cellule policière ! En fait, Mamy n’avait le choix, après 21 jours de ‘fausse’ détention, qu’entre la prison de Beau-Bassin et celle de Melrose.
« En fait » a fait remarquer le magistrat Bissoon, se basant sur les assurances données par l’ASP Alex Casimir, « Melrose ressemble plus à un hôpital qu’à une prison. » Tout en ajoutant sur un ton sarcastique : « il semble qu’il y ait des détenus malgaches à Melrose. Qui sait, [Mamy] pourrait en connaitre quelques-uns et bavarder avec eux dans sa langue maternelle, réduisant ainsi son stress. Cela pourrait être bénéfique à son cœur. » De plus, a-t-il dit, Melrose est tellement propre et sans cas rapporté d’infection que même son médecin Yearoo pourra lui y rendre visite.
Et de faire ressortir que lorsque quelqu’un tombe malade chez lui, une ambulance prend du temps avant de venir le récupérer pour l’emmener à l’hôpital. Alors qu’à la prison de Melrose, une ambulance y est garée, prête à transporter un détenu malade à l’hôpital. « Et si cela n’est pas assez rapide, des motards escorteront l’ambulance et lui ouvriront la voie. Quoi de mieux ! »
Médecin malgré lui ?
Mais c’est surtout le cardiologue de Ravatomanga, le Dr Mamode Aniff Khan Yearoo, qui a subi les foudres du magistrat. Il a rappelé que si le ‘malade’ Ravatomanga n’avait pas été remis le 6 novembre entre les mains de la police qui l’avait ensuite emmené d’urgence pour être promptement opéré avec succès par le Dr Ahmud Soreefan au Cardiac Centre, et si on l’avait envoyé à la Clinique Premium où le Dr Yearoo n’allait pas faire cette intervention « potentially, we would have had a calamity on our hands. Et tout le monde aurait été blâmé », y compris lui, le magistrat. Tout en révélant que même le Dr Sudesh Gungadin avait recommandé que Ravatomanga aille à la clinique Premium en raison de l’existence de risque d’infection en cellule policière.
Le magistrat Bissoon soulignera comment le Dr Yearoo avait d’abord déclaré ignorer- un comble pour un médecin ! – ce que c’est qu’une infection nosocomiale (qui se contracte lors d’un séjour dans un établissement de santé), pour ensuite dire le contraire avant d’affirmer qu’il ne traite pas ce genre d’infections. Celui-ci reconnaitra, penaud, que le risque d’infections existe aussi à la clinique.
Aussi, Prashant Bissoon trouvera bizarre que les certificats médicaux qui ont permis à Mamy de s’absenter à deux reprises du tribunal n’ont pas fait mention du besoin de repos du Malgache. Et exprimant des doutes sur ces certificats, il se demande ce qui est exactement recommandé : « continuation of treatment, observation or supervision or none ? »
Au sortir du tribunal, Me Siddhartha Hawoldar, a paru convaincu par les arguments et la décision du magistrat d’envoyer son illustre client à la prison de Melrose et a annoncé qu’il ne fera pas appel de cette décision. Il était tellement content de Melrose qu’il n’a pas perdu de temps pour adresser une demande à la FCC : que les prochains Interrogatoires aient lieu à Melrose. Pour échapper aux questions et aux caméras des journalistes ?
On ne sait si les enquêteurs de la FCC feront cette faveur à Ravatomanga (et ses avocats) en se dérangeant avec tous leurs documents et laptops pour aller interroger Mamy à Melrose. A noter que les interrogatoires qui viennent sont cruciales car concerneront surtout la rencontre de Mamy avec Junaid Fakim.
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