Nomination d’un nouveau DPM : première claque pour les sept ministres MMM…
En choisissant d’abandonner leur ancien leader pour rester au gouvernement, « selon le vœu de la base des militants », disent-ils eux-mêmes, les 16 élus du Mouvement militant mauricien (MMM), et surtout les sept ministres, avaient aussi en tête le poste de Deputy Prime Minister, laissé vacant avec le départ de Paul Bérenger.
Même dans les rangs travaillistes, certains nourrissaient des ambitions pour ce fauteuil. D’ailleurs, les premières indiscrétions ont été distillées dans une partie de la presse. Un quotidien allait jusqu’à citer des candidats potentiels au Parti travailliste. Difficile de ne pas y voir des fuites savamment orchestrées pour faire monter la pression et les candidatures.
Ainsi, le ministre Patrick Assirvaden apparaissait, dans ces couloirs, comme le mieux placé en raison de son profil ethnique. L’argument avancé : le poste devrait revenir à quelqu’un au même profil que Paul Bérenger, afin d’assurer une certaine représentation au frontbench du gouvernement. Dans le camp du ministre Shakeel Mohamed, l’espoir était tout aussi palpable : en tant que numéro 3 du gouvernement, il devait, selon son entourage, logiquement gravir un échelon supplémentaire.
Mais les plus pressés semblaient être les sept ministres du MMM. Lors de leur conférence de presse vendredi après-midi, à la suite de l’annonce officielle de la démission de Paul Bérenger comme Deputy Prime Minister, on aurait dit une surenchère : chacun tentant d’être plus critique que l’autre envers Paul et Joanna Bérenger. Une stratégie concertée ? Ou la conviction d’avoir reçu des signaux de Navin Ramgoolam leur laissant croire qu’ils pouvaient prétendre au poste ?
Dans un premier temps, Arianne Navarre-Marie semblait tenir la corde auprès des membres du MMM restés au gouvernement. Mais Rajesh Bhagwan s’est lui aussi invité dans la course, sa rencontre avec le Premier ministre ayant alimenté les spéculations. Quant à Aadil Ameer Meea, acteur clé des récents bouleversements internes, il nourrissait également des ambitions, même si celles-ci relevaient davantage de la politique-fiction.
Ramgoolam, l’éternel « pas pressé »
Si certains au MMM ont pu croire, vendredi encore, à une promesse de Navin Ramgoolam, la réalité les a rattrapés le lendemain matin. À sa sortie des célébrations de l’Eid, à Port-Louis, le Premier ministre a douché les espoirs.
À la question directe : « Eski ou ena lintansion nomm enn adzwin dan bann prosin zour? », Navin Ramgoolam a répondu sans détour : « Non pa pou le moman, nou pou atann, nou pou gete. »
Relancé : « Eski ou prosin adzwin li pou vinn depi travayis ou de…? », il coupe court : « Mo pa pou koz adzwin, mo pa’nn dir ou. Mo pa prese pou adzwin-la mwa. »
Pour plusieurs observateurs politiques, il s’agit là d’un premier revers pour les sept ministres mauves. L’affront pourrait être encore plus grand si Navin Ramgoolam venait à choisir un travailliste plutôt qu’un MMM, soutiennent-ils. D’autant plus que, comme révélé par Scoop, certains au sein du PTr poussent désormais pour démontrer que les ministres MMM ne pèsent pas lourd sans Paul Bérenger.
Mais en réalité, il existe aucune obligation constitutionnelle pour la nomination d’un remplaçant au Deputy Prime Minister, le poste n’étant pas constitutionnel.
Sur les réseaux sociaux, la réaction ne s’est pas fait attendre. Les critiques contre les ministres MMM présents face à la presse ont fusé. De nombreux internautes n’ont pas hésité à qualifier les 16 élus de « Judas », les accusant d’avoir trahi leur leader.
Paul Bérenger : plus que triste après les attaques, mais prêt à recommencer le MMM
Réagissant dans la presse samedi matin, au lendemain de la conférence des ministres MMM, Paul Bérenger s’est dit plus que triste face à la tournure des événements : « Dimounn ki finn fer bokou loner MMM pandan bokou letan degringole koumsa, bien bien trist. »
Mais l’ancien Deputy Prime Minister ne compte pas s’attarder sur l’émotion. Il annonce déjà la suite : « Ki pou arive dan bann ler ki vini nou ava kone. Antouka, mwa mo pe koumans organize apartir dime. Nou ava gete ki bann-la fer, ki zot pa fer, e si bizin rekoumans MMM, nou ava rekoumanse. »
Il affirme également percevoir, sur le terrain, une colère mêlée de dégoût envers « sa bann-la », les 16 élus du MMM, mais aussi un désir de poursuivre une « politik prop », une politique digne. « Li pou bien difisil, me se lavi. »
 
La Gauche Militante : nouvelle formation politique ?
Comment Paul Bérenger compte-t-il relancer le MMM ? La piste d’une nouvelle formation politique est désormais clairement sur la table. Interrogé sur la question lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion du comité central, il n’a pas écarté cette éventualité : « Nou va gete si bizin enn nouvo formasion politik. »
Un nom circule déjà : « La Gauche Militante ». Un compte TikTok portant cette appellation est actif depuis quelque temps, diffusant des vidéos des combats politiques de Paul Bérenger ainsi que des activités de Joanna Bérenger. Hasard ou prémices d’une stratégie déjà en marche ?
Une chose, en revanche, semble actée : Paul Bérenger ne sera pas présent à la réunion du bureau politique prévue lundi 23 mars. Il a d’ores et déjà signifié son intention de démissionner du MMM dans les jours à venir.