Le poste de police de Camp Levieux complètement ravagé lundi 12 octobre au soir.

Par Jasvin Sok Appadu

Après les tensions survenues lundi soir, le Cabinet a décrété un couvre-feu nocturne dans la plupart des régions. Dans son message à la nation, le Premier ministre évoque des renseignements sur un groupe qui serait incité par des trafiquants de drogue à provoquer des troubles. Les examens de Cambridge sont maintenus demain, mercredi 14 octobre, les autobus doivent reprendre à 6 heures, mais le métro ne fonctionnera pas. En toile de fond, un ras-le-bol citoyen alimenté par le manque d’eau, la hausse des prix et les accusations de corruption et de népotisme.

Maurice traverse une période de fortes tensions à la suite du drame de Camp-Levieux, où Élodie Thomas a été grièvement blessée par balle tirée par le sergent de police, Gautam Singh Taukoor, vendredi 9 octobre. Des obstructions routières, des postes de polices saccagés, des pneus incendiés et des dégradations ont ensuite été signalés dans plusieurs localités, poussant les autorités à prendre des mesures exceptionnelles. En ce qui concerne le secteur privé, une décision sera prise demain matin à 6 h 30.

Réuni ce mardi 13 octobre au bâtiment du Trésor, le Conseil des ministres a décidé d’instaurer un couvre-feu nocturne. La mesure est officialisée par le Curfew Order 2026, publié dans le Government Gazette de ce jour.

Les régions concernées

Le couvre-feu s’applique de 20 h 30 ce mardi 13 octobre à 6 heures mercredi 14 octobre matin dans les régions expressément énumérées dans l’ordre officiel : Port-Louis, Beau-Bassin/Rose-Hill ; Quatre-Bornes/Palma ; Vacoas/Phoenix ; Curepipe/Forest-Side ; Mahébourg/Vieux-Grand-Port ; Chemin-Grenier/Bel-Ombre ; Case-Noyale/Black-River ; Bambous; Petite-Rivière ; La Gaulette ; Flacq/Argy ; Goodlands ; Grand-Gaube ; Triolet.

Pris en vertu de l’article 13C de la Police Act, l’ordre constitue une mesure formelle émise par le commissaire de police avec l’approbation du ministre compétent.

Le PM : des renseignements sur une possible incitation aux violences

Dans son message à la nation, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a affirmé que les autorités disposaient de renseignements selon lesquels un groupe de personnes aurait été incité par des trafiquants de drogue à provoquer des troubles.

Cette déclaration place la question d’une éventuelle instrumentalisation des tensions au cœur de la réponse gouvernementale. Les renseignements évoqués devront toutefois être étayés par les éléments recueillis dans le cadre des enquêtes. Ils ne constituent pas, à eux seuls, une preuve judiciaire de la responsabilité de personnes déterminées.

L’enjeu immédiat est d’empêcher de nouveaux débordements, de protéger la population et de permettre aux forces de l’ordre d’accomplir leur mission. Mais l’adresse du chef du gouvernement ne fait pas disparaître les questions soulevées par le drame de Camp-Levieux, notamment sur les circonstances du tir policier et les responsabilités éventuelles.

Il faut également replacer ces événements dans leur contexte social. Les manifestations liées au manque d’eau ont mis en lumière l’exaspération de citoyens confrontés à des difficultés quotidiennes. À cette frustration s’ajoutent la hausse du coût de la vie, les accusations de corruption et les interrogations sur le népotisme et certaines nominations.

Ces préoccupations ne justifient ni les agressions ni les pillages. Elles constituent néanmoins une partie du contexte dans lequel les tensions ont éclaté. La crise pose donc deux questions distinctes : comment rétablir l’ordre public et comment répondre aux causes profondes du mécontentement ?

Qui peut circuler pendant le couvre-feu ?

L’ordre prévoit des exceptions pour certaines catégories de personnes, notamment celles disposant d’un permis délivré conformément à l’article 13C(2) de la Police Act et celles expressément exemptées par le texte.

Sont notamment concernés, les services essentiels : les personnels indispensables au fonctionnement des hôpitaux, aux soins d’urgence, à l’approvisionnement en médicaments et aux autres activités essentielles autorisées.

Les forces de l’ordre et les secours : les personnes nécessaires aux opérations de sécurité et aux interventions d’urgence.

Les urgences médicales : les déplacements nécessaires pour recevoir des soins, obtenir des médicaments ou répondre à un besoin indispensable de subsistance, dans les conditions prévues par l’ordre.

Les professionnels de santé : notamment les médecins, pharmaciens et employés concernés, pour les déplacements autorisés par le texte.

Les tribunaux et les avocats : les magistrats, personnels judiciaires et avocats relevant des exemptions prévues.

Les infrastructures indispensables : certains employés des stations-service, du port, de l’aéroport, des services de nettoyage, de collecte des déchets et de sécurité.

Les déplacements vers l’aéroport ou le port : les passagers, conducteurs et accompagnateurs concernés, selon les conditions fixées par l’ordre.

Ces exceptions ne signifient pas que tous les déplacements professionnels ou personnels sont autorisés. Les personnes concernées doivent vérifier les dispositions applicables et les éventuelles exigences de permis.

Examens de Cambridge maintenus mercredi

Les examens de Cambridge prévus ce mercredi 14 octobre sont maintenus. Les candidats doivent donc prendre leurs dispositions pour se présenter à leurs épreuves.

Les élèves et leurs parents sont invités à suivre les communications du ministère de l’Éducation et de leurs établissements concernant les horaires et les modalités pratiques. Ceux qui jugent qu’ils ne pourront arriver à temps peuvent se diriger vers les collèges les plus proches de leur localité où se tiennent les examens. En cas de problème, les parents et élèves doivent appeler sur le 59448400/ 4038400.

Autobus à 6 heures, métro à l’arrêt

Les autobus publics doivent reprendre leurs opérations à partir de 6 heures, à la fin du couvre-feu. En revanche, le métro ne fonctionnera pas demain. Les usagers qui comptaient sur le Metro Express devront prévoir une autre solution de transport et vérifier les informations officielles concernant les services disponibles.

La reprise des autobus ne garantit pas que toutes les lignes retrouveront immédiatement leur fonctionnement habituel. D’éventuelles perturbations restent possibles selon l’évolution de la situation. Mais les enfants arrivant en retard auront toutes les chances de commencer leur examen.

Quelles sanctions en cas d’infraction ?

Le Curfew Order 2026 prévoit des sanctions en cas de violation de ses dispositions ou de non-respect des conditions attachées à un permis délivré en vertu de l’article 13C(2) de la Police Act.

En cas de condamnation, les peines peuvent atteindre une amende de Rs 50 000 et cinq ans d’emprisonnement. Il s’agit des sanctions maximales prévues, et non de peines automatiquement appliquées à chaque infraction.

Rétablir le calme et répondre aux inquiétudes

Le couvre-feu vise à contenir les débordements et à réduire les risques de nouvelles violences. Dans l’immédiat, les habitants des zones concernées doivent respecter les restrictions, vérifier les consignes officielles et éviter de relayer des informations non vérifiées.

Mais le retour au calme ne suffira pas à effacer les interrogations suscitées par le drame de Camp-Levieux, ni les frustrations liées au manque d’eau, au pouvoir d’achat et à la gestion publique. Les autorités devront faire la lumière sur les circonstances du tir policier, établir les responsabilités éventuelles et apporter des réponses aux préoccupations citoyennes.