
Le Forest-Side Secondary College, qui vient de bénéficier du statut de « Grant-Aided », se situe dans le même bâtiment que l’OCEP College, une première dans l’histoire de la PSEA.
Par Jasvin Sok Appadu
En matière d’éducation, les règles sont censées être les mêmes pour tous. Pourtant, dans le dossier du Forest-Side Secondary College, certaines portes semblent s’ouvrir au moment où d’autres établissements se heurtent aux contraintes administratives et financières.
Le 12 août, dans une circulaire adressée aux chefs de sections de la Private Secondary Education Authority (PSEA), sa directrice, Amita Boolauky, annonce que le Forest-Side Secondary College, situé à Dalais Street, Forest-Side, et dont Reza Mohamed Saumtally est le manager, bénéficie du statut de Grant-Aided, avec effet au 5 août.
Sept jours entre la date d’effet et la circulaire. Mais surtout, un changement de statut qui ouvre la perspective d’un financement public pour un établissement lié à un député du Parti travailliste.
Depuis 1976, le Grant-in-Aid Scheme accompagne la politique d’éducation gratuite. Les collèges privés non payant et éligibles peuvent bénéficier de fonds publics pour couvrir notamment les salaires, la gestion et les infrastructures. Les collèges privés payants, eux, fonctionnent selon un autre modèle.
L’OCEP College de Forest-Side, dirigé par Reza Saumtally, était précisément connu comme un établissement payant. Aujourd’hui, sa branche secondaire apparaît sous une nouvelle identité : Forest-Side Secondary College. Et avec cette nouvelle identité vient un statut financier qui soulève des questions.
Deux collèges sous le même toit : simple coïncidence ?
Voici l’élément qui mérite une explication urgente : le Forest-Side Secondary College se trouve à la même adresse et dans le même bâtiment que l’OCEP.
Selon les éléments de notre dossier, aucun permis d’opération n’aurait auparavant été accordé à un nouveau collège installé dans les mêmes locaux qu’un établissement secondaire existant. Si cette absence de précédent est confirmée, la PSEA doit expliquer ce qui rend cette configuration acceptable dans le cas présent.
Lorsqu’un nouvel établissement sollicite un permis, l’espace disponible, les infrastructures et les capacités d’accueil sont des éléments essentiels de l’évaluation. Comment deux collèges distincts peuvent-ils cohabiter dans le même bâtiment ? Les salles de classe sont-elles séparées ? Les installations sont-elles partagées ? Quelles inspections ont été réalisées et quels critères ont été appliqués ?
Le problème ne se limite pas à une question d’adresse. Il concerne le passage d’un modèle payant à un régime ouvrant la voie au financement public.
Dans un entretien accordé au Défi, Reza Saumtally explique que les élèves déjà inscrits à l’OCEP seront transférés vers le nouveau collège et que les opérations de ce dernier débuteront en janvier 2027.
Voilà qui rend le dossier encore plus intrigant. Si les élèves de l’OCEP doivent rejoindre le Forest-Side Secondary College, qu’est-ce qui distingue réellement les deux structures sur le plan administratif, pédagogique et matériel ?
Faut-il y voir une simple réorganisation ou un moyen de contourner les limites du régime applicable aux collèges privés payants ? La question est incontournable : la création du Forest-Side Secondary College aurait-elle permis de faire accéder indirectement à des subventions publiques une activité secondaire jusque-là exercée par l’OCEP ?
Il ne s’agit pas de présenter un contournement comme un fait établi, mais d’exiger des réponses sur une configuration qui paraît, à tout le moins, inhabituelle. Si tout a été fait dans les règles, la PSEA doit pouvoir démontrer pourquoi elle a accepté cette formule. Un changement d’enseigne ne saurait, à lui seul, tenir lieu de justification réglementaire.
Les 150 élèves : un seuil à géométrie variable ?
La PSEA affirme qu’aucune subvention n’a encore été versée et que les paiements interviendront lorsque le collège aura atteint le seuil de 150 élèves.
Cette précision doit être prise en compte. Mais elle appelle une question supplémentaire : quel texte fixe exactement ce seuil et comment sera-t-il appliqué aux élèves transférés de l’OCEP ?
Les éléments du dossier soulignent une distinction importante : le seuil de 150 élèves est présenté comme un critère de viabilité, dont le non-respect peut conduire à recommander la fermeture d’un collège, plutôt que comme une condition générale d’enregistrement.
La PSEA doit donc préciser le fondement réglementaire de sa position, les modalités de calcul des effectifs et les contrôles prévus.
Car si le nouveau collège doit atteindre 150 élèves grâce au transfert de collégiens déjà inscrits dans l’établissement payant, comment l’autorité distingue-t-elle la création d’une nouvelle structure de la simple réorganisation d’une activité existante ?
Jusqu’à Rs 1 million par mois : l’argent des contribuables
L’enjeu financier est loin d’être négligeable. Selon les chiffres rapportés dans le dossier, le Forest-Side Secondary College pourrait prétendre à des allocations allant jusqu’à Rs 1 million par mois, selon l’évaluation de la PSEA et les conditions applicables.
À titre de comparaison, certains collèges, dont St Esprit, Doha Secondary, Hindu Girls et Imperial College, sont cités comme bénéficiant de Rs 600 000 mensuellement pour l’utilisation de leurs infrastructures. Le collège de Lorette de Port-Louis toucherait Rs 750 000 pour ses locaux, pour un total d’allocations mensuelles de Rs 1 287 184.
Un nouveau collège alors que d’autres ferment
Le paradoxe est d’autant plus frappant que le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad, a lui-même alerté sur la baisse de la population estudiantine et l’avenir des collèges privés.
Forest-Side dispose déjà de deux collèges d’État, Forest-Side SSS Boys et Forest-Side SSS Girls. Imperial College se trouve également dans la région, tandis que plusieurs établissements de Curepipe attirent les élèves des environs.
Les résultats scolaires de l’OCEP en 2025 méritent aussi des explications. Selon les statistiques du Mauritius Examinations Syndicate citées dans le dossier, le collège aurait enregistré 9,09 % de réussite au School Certificate, sur 132 candidats, et 8,77 % au Higher School Certificate, sur 114 candidats.
Le député-manager et les règles communes
Reza Saumtally affirme que tout a été fait dans le respect de la loi. Cette déclaration doit être entendue, mais elle ne dispense ni la PSEA ni le député de fournir des explications précises.
La nature de sa rémunération éventuelle en tant que manager, les modalités de gestion des deux structures et les garanties relatives aux conflits d’intérêts méritent d’être clarifiées. Les gestionnaires d’autres collèges privés payants sont également en droit de demander quels critères distinguent leur situation de celle du Forest-Side Secondary College.
La PSEA soutient qu’aucune subvention n’a encore été versée. Très bien. Mais l’absence de paiement ne répond pas à la question essentielle : pourquoi ce collège a-t-il obtenu ce statut, dans cette configuration particulière ?
Si la procédure est irréprochable, il appartient à l’autorité de publier les critères appliqués, les évaluations effectuées et les justifications de sa décision. Au fond, cette affaire dépasse le seul cas de Reza Saumtally. Elle concerne l’égalité devant les règles administratives et l’utilisation de l’argent public.
Le Forest-Side Secondary College est-il véritablement un nouvel établissement ou la porte dérobée par laquelle l’OCEP pourrait accéder au financement public ? À la PSEA de répondre. Car lorsqu’un même toit semble abriter deux statuts et deux régimes financiers, les citoyens sont en droit de demander qui a ouvert la porte et selon quelles règles.