
Elodie Thomas, 27 ans, blessée par balle par un sergent de police, est entre la vie et la mort.
Par Doris Félix
Elle s’appelle Elodie Thomas. 27 ans. Caissière à temps partiel au Winners de Trianon. Mère d’un bébé de deux ans. Une travailleuse. Une de ces Mauriciennes modestes qui se lèvent tôt, qui portent des caddies, qui comptent les heures supplémentaires pour payer le lait de leur enfant.
Vendredi soir, 9 octobre, vers 23 h 30. Elle rentre du travail. Fatiguée. Dans un minibus qui ramène les employés chez eux, à Plaisance. Elle n’a rien fait. Elle n’a rien dit. Elle voulait juste rentrer embrasser son bébé.
Arrivée à Camp Levieux, la route est bloquée. Il y a des débris. Depuis deux jours, les habitants crient parce qu’ils n’ont plus d’eau. Ils sont en souffrance.
Le minibus s’arrête. Un policier s’approche. Il y a une altercation verbale avec le chauffeur. Le chauffeur dit « laissez-nous passer, on ramène les filles qui travaillent ».
Et là, l’impensable.
Le sergent sort son arme de service. Il vise. Il tire. Pas en l’air. Pas pour faire peur. Il tire dans le minibus. Vers l’arrière. Là où sont assises les femmes.
La balle traverse. Elle frappe Elodie à la joue et au cou. Elle s’effondre.
Savez-vous ce que font les policiers présents, selon le témoignage de son époux Jonathan Thomas ? Ils regagnent leurs véhicules. Sans porter secours. C’est le chauffeur, en panique, qui a dû conduire lui-même la jeune femme ensanglantée à l’hôpital.
Aujourd’hui, Elodie est entre la vie et la mort. En soins intensifs à Candos. Sous respirateur. En semi-coma. Son bébé de deux ans ne comprend pas pourquoi maman ne rentre pas. Son mari Jonathan est inconsolable.
Des médecins de l’Inde sont attendus lundi matin pour tenter une opération désespérée. IBL avait proposé un transfert à La Réunion, mais jugé trop risqué.
Comment en est-on arrivé là ?
Comment un policier assermenté pour protéger peut tirer gratuitement sur un véhicule de travailleurs ?
Quelle formation a reçu ce sergent ? À l’école de police de Beau-Bassin, on apprend quoi ? À tirer d’abord et à réfléchir après ? On apprend les Police Standing Orders ou on apprend à faire peur ?
On nous parle de « Possession of firearm with intent to endanger life ». C’est tout ? C’est ça l’accusation du policier ? Tentative de meurtre sur une mère de famille qui rentre du travail, c’est juste « possession d’arme » ?
Même le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a dit qu’il n’était pas satisfait de ce chef d’accusation. L’Attorney General va devoir revoir cela. Il a assuré qu’il n’y aurait pas de cover-up.
Avant-hier, c’était un garde-côte de la National Coast Guard qui tabassait un étranger. Aujourd’hui, c’est un sergent qui tire sur une caissière. Demain, ce sera qui ?
Qu’est-ce qui se passe dans la tête de nos hommes en uniforme ? Stress ? Manque de formation psychologique ? Sentiment d’impunité totale ?
La police va-t-elle enquêter sur la police ?
Voilà la vraie question que toute l’île Maurice se pose.
Il faut une enquête indépendante. Il faut que l’Independent Police Complaints Commission se saisisse immédiatement du dossier. Il faut des caméras piétons obligatoires.
Et il faut que le gouvernement prenne ses responsabilités. Ce n’est pas qu’une affaire de tir. C’est le symptôme d’un pays à bout. Un quartier qui n’a pas d’eau pendant des jours, des travailleurs exploités qui rentrent à minuit, et une police qui a perdu le lien avec le peuple.
Scoop.mu ce soir est de tout cœur avec Elodie, avec son bébé de deux ans qui attend sa maman, avec son époux Jonathan, avec ses collègues de Winners, et avec tous les habitants de Camp Levieux, déjà en souffrance, déjà assoiffés, et qui aujourd’hui doivent en plus pleurer le sang d’une des leurs.
Nous demandons justice. Pas vengeance. Justice.